La démocratie dans un forum comme celui
des Cahiers de doléances

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Xavier Maury xmaury@club-internet.fr

06-11-99


Ce texte tient compte de l'expérience de son auteur en tant que webmestre des Cahiers de Doléances et Projets, le seul Forum de ce type et de cette importance fonctionnant en France (...ou dans le monde, qui sait?). L'article complète utilement celui de  Hervé Le Crosnier. Baquiast

Une réflexion sur ce qui se passe "ici et maintenant" dans les Cahiers de Doléances.

Comment "faire avancer" les choses, dégager des consensus qui permettent d'aller plus loin que l'expression d'opinions?

A mon avis, rien n'est possible sans une "ligne éditoriale" extrêmement forte, réaffirmée en pratique quotidienne dans les diverses parties du forum et aussi dans les relations "one to one" (téléphone, courrier, etc.) avec de nombreux intervenants sur les Cahiers.

Cette "ligne éditoriale", doit être assurée par une "équipe de rédaction" (cooptation .... quel autre moyen, au moins au début, sans dépenser une énergie énorme).

Elle se traduit de façon éthique (ne pas faire prévaloir ses propres opinions, travailler à faire surgir l'opinion constructive "commune" ou "variée" - et classée - des contributeurs). Animation, synthèse, écoute... et en même temps volonté de faire participer davantage de (bénévoles) à ces tâches délicates (Nota : la prochaine "lettre aux internautes des Cahiers" proposera plus précisément aux contributeurs des Cahiers des modalités de participation).

Elle se traduit aussi de façon idéologique dans la "téléologie" du projet (en l'occurence : un Etat réellement au service de tous). Cette téléologie est le "ciment" qui permet à chacun d'apporter sa brique (toutes couleurs, sortes, tailles de briques ...).

Outils et organisation

Outre une forte implication humaine, le dialogue sur le Net demande des outils et une organisation. Les outils "forum", par exemple, sont encore techniquement insuffisants pour permettre une organisation facilement façonnable par l'équipe d'animation / édition.

Il faudrait pouvoir présenter / explorer le contenu d'un forum par des interfaces nouvelles. Par exemple, recherche par concepts, pas seulement par mots-clefs. Ceci suppose des "thésaurus" et des "cartes géographiques" de présentations variées ("à la demande") des informations.

Il faudrait pouvoir automatiquement, résumer, traduire ... Il faudrait aussi disposer de nombreux autres outils côté utilisateur.

Par exemple avant de poster "définitivement" une contribution, il faudrait que le contributeur puisse se rendre compte que les concepts ou le contenu ont déjà été postés sur le forum : éviter le "me-too" ("moi aussi"...) générateur de bruit et de fatigue.

Côté administrateur, il faudrait aussi de nombreux outils à "intégrer" dans une gestion de forums : gestionnaires d'annotations, de "votes" - ce mot est entre guillemets, il s'agit en fait d'instruments de mesure d'approbation / désapprobation - , etc.

Bref, les usages du Net sont encore dans la première enfance, les outils aussi, et, comme le note très justement Hervé Le Crosnier, la relation entre "ce qui se passe sur le Net" et "ce qui se passe dans la vie physique" est encore balbutiante.

Moyens de l'efficacité

Les interrogations sur les outils et les usages n'épuisent pas les questions sur "Internet et démocratie". Aurait on les meilleurs outils et la meilleure organisation permettant les meilleurs usages, reste la question de la "masse critique", autrement dit, de la fréquentation (en quantité brute, en qualité représentative). L'expérience des Cahiers démontre la limite de l'exercice bénévole :manque de moyens (budgets, personnel qualifié, etc.) pour assurer la promotion du site. De plus, si, par miracle (le sujet est quand même austère ...), la fréquentation des Cahiers avait été "très importante" (plusieurs dizaines ou centaines de contributions / jour), la simple réorganisation (classement, etc) des messages, ou le contact "one to one" avec les contributeurs, aurait de beaucoup dépassé les facultés bénévoles des organisateurs. Mesurer la "quantité de logistique humaine" est difficile, mais un ratio de 1 modérateur à temps complet pour 20 à 30 messages reçus / jour, semble assez réaliste pour assurer la qualité de service nécessaire.

Les Cahiers sont une expérience. Poursuivre l'expérience, pour une plus grande efficacité, demande une réflexion sur les moyens nécessaires. Une des pistes, à mon avis, est de faire reconnaître les Cahiers (et autres lieux) comme des partenaires* indispensables des institutions "officielles", et donc de leur faire attribuer des moyens payés par la collectivité (sous forme par exemple de sponsoring, subvention, contrat d'études ...).

* Le "partenariat" avec les institutions officielles n'est évidemment pas un "auxiliariat". Les Cahiers ne remplacent pas les institutions, ils aident, à leur façon (critiquer / proposer), ces institutions à remplir leur rôle.

http://www.admiroutes.asso.fr/action/theme/democratie/doleance.htm