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Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr
Christophe Jacquemin christophe.jacquemin@admiroutes.asso.fr

N° 2000
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Virtuel et démocratie :
La Chronique de Jean-Paul Baquiast


Un peu de futurologie: Réforme de l'Etat et processus adaptatifs

Nous sommes en 20**. Les individus de la vieille Europe, même les plus démunis, sont dorénavant systématiquement acteurs au sein des super-réseaux de la création et de l'intelligence collective. De ce fait, ils sont informés et conscients des exigences de la vie en société comme jamais personne ne l'avait encore été. En contrepartie, ils exigent de plus en plus d'être traités en véritables citoyens. Ceci veut dire qu'ils refusent désormais d'être manipulés au sein de différents statuts que des pouvoirs archaïques veulent continuer à leur imposer : consommateur, administré, électeur… statuts au sein desquels ils n'ont que le droit d'exécuter ce que d'autres ont prévu pour eux.

Ils ne veulent plus non plus relever de constitutions ou d'organisations datant des siècles derniers, avec des contraintes qui s'imposaient lorsque les Etats étaient en état de guerre ouverte ou larvée avec leurs voisins, mais qui n'ont plus lieu d'être. La figure tutélaire, de l'Etat souverain, du Président, du député leur devient difficilement supportable. Ils se veulent citoyens simultanément de leur région, de l'Europe et du monde. Or ces vieilles institutions les désespèrent car, par souci de conserver leurs anciens privilèges, leurs représentants refusent tout changement de statut. Plus personne ne croit à des réformes venues d'en haut, promises avant chaque élection et jamais réalisées.

Enfin, et nous nous arrêterons là, nos modernes citoyens s'exaspèrent de voir que face aux grandes menaces qui pèsent de plus en plus sur l'environnement terrestre et l'humanité elle-même, face à la gestion libérale déplorable des ressources collectives, aucune prise de conscience collective, aucune discipline n'est encouragé par les vieux pouvoirs et les " élites " ou experts officiels, dont le seul souci est d'afficher un optimisme de façade afin de " ne pas inquiéter l'opinion ".

Certaines personnes ont été tentées par une sorte d'anarchisme moderne, en se mettant hors des lois de la cité dont elles ne perçoivent plus que les contraintes inutiles. Mais d'autres n'ont pas voulu courir le risque d'un abandon brutal des règles de droit, générateur d'un vide toujours dangereux face aux violences et dérèglements latents. Les citoyens les plus imaginatifs se sont donc regroupés dans un mouvement dit des Réseaux fédératifs transeuropéens (RFT), rassemblant des groupes ou collectivités acceptant de discuter, expérimenter et mettre en pratique entre membres de nouvelles règles juridiques et d'organisation susceptibles de se superposer aux anciennes règles, sur la base du volontariat progressif et de l'adaptation compétitive.

Le système est simple. Chacun de ces réseaux étudie les règles qui lui paraissent les mieux adaptées, en utilisant les bases de données, les outils de simulation et les moyens de consultation et votation disponibles au plan collectif, grâce aux nouvelles technologies de la connaissance. Les membres des réseaux ne s'obligent pas à rechercher entre eux des solutions uniformes. Au contraire ils acceptent la diversité des choix et la " mise en concurrence " des solutions, quitte à abandonner leurs propres options pour celles des voisins si celles-ci se révèlent plus efficaces.

Les autorités publiques traditionnelles, face à tout ce bouillonnement, ont préféré négocié plutôt que s'opposer. Il a été convenu par un ensemble de lois constitutionnelles que, chaque fois qu'un groupe ou un réseau décidait à la majorité d'adopter une règle commune nouvelle, répondant à quelques critères sélectifs généraux indiscutables (par exemple le respect des droits de l'homme ou celui d'un certain nombre de règles éthiques), un contrat serait passé entre les Etats et la collectivité en question autorisant celle-ci à fonctionner en fonction des règles qu'elle se serait elle-même données.

C'est ainsi que l'Europe est devenu une vaste mosaïque de solutions adaptatives relativement différentes. Les citoyens qui veulent changer de systèmes de références peuvent le faire souplement, grâce aux technologies facilitant les interfaces entre individus et collectivités. Jamais les lois protectrices - car il en reste, évidemment - n'ont jamais été aussi bien obéies, car chacun peut, en participant librement à leur élaboration et à leur mise à jour, se persuader de leur nécessité.


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