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Les automates intelligents
robotique, vie artificielle, réalité virtuelle


information, réflexion, discussion

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Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr
Christophe Jacquemin christophe.jacquemin@admiroutes.asso.fr

Revue n° 38
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Actualités


Les nouveaux progressistes
JPB 29/11/02

Le livre de Daniel Lindenberg, Le rappel à l'ordre - Enquête sur les nouveaux réactionnaires (Seuil) fait beaucoup parler de lui. Joignons-nous au concert. Il ne s'agit pas de défendre le progressisme des Houellebecq, Muray, Finkielkraut, Gauchet et Debray. En revanche, on doit poser une question trop rapidement laissée sans réponse par l'auteur et par ses commentateurs : qui sont aujourd'hui les nouveaux modernes, les nouveaux progressistes ?

Pour nous, la réponse ne fait aucun doute. Ce sont les scientifiques, les philosophes et tous autres qui, dans la ligne de Darwin, défendent toutes les mutations et méta-mutations actuellement en cours : la bio-informatique, la conscience artificielle, la cosmologie évolutionnaire (Lee Smolin). Il ne s'agit pas de revenir à Mai 68, mais, dans l'esprit contestataire d'alors, d'attaquer avec de nouveaux arguments toutes les théologies, tous les fixismes qui pour défendre des intérêts matériels très précis, prêchent les vérités révélées et les dogmes imposant l'idée que rien ne doit bouger et que le futur est dans le passé.

Tant pis pour l'anti-américanisme, mais il faut bien admettre que le cœur de cette nouvelle évolution se trouve non pas en France, mais chez quelques minorités d'intellectuels américains, scientifiques ou philosophes laïcs, ceux à qui nous sommes heureux de donner chaque fois que possible la parole ici.


Vernor Vinge et la singularité
JPB 28/11/02

Courverture de "A Fire  upon Depp", de Vernor VingeNous avons signalé plusieurs fois ici les travaux de Ray Kurzweil et de Hans Moravec extrapolant, à partir du développement exponentiel des moyens de calcul, l'arrivée de super-intelligences dans un délai de 20 à 30 ans. Mais un des pères de cette réflexion fut sans conteste Vernor Vinge, auteur de science-fiction et professeur (aujourd'hui retraité) de mathématiques  et d'informatique à l'Université de San Diego, USA. Vinge estimait, dans un article de 1993, que l'émergence de ces super-intelligence créerait un changement brutal dans l'évolution de l'humanité, qu'il nomma la Singularité - nom repris depuis par de nombreux auteurs. Mais pour lui, les super-intelligences mettraient l'humanité en danger, et celle-ci devrait s'exiler de la Terre dans des stations spatiales géantes.

On peut penser que ces perspectives sont un peu fantaisistes, mais il n'est pas mauvais de relire Vinge, d'autant plus que des scientifiques sont en train de proposer des modèles pour de telles stations spatiales. Il s'agit notamment du Lifeboat project, défendu par la Lifeboat Foundation. Grâce à elles, nous échapperions non seulement aux super-intelligences, mais aux nanotechnologies et aux biotechnologies en folie. On pourrait aussi s'en servir pour échapper aux terroristes. On se demande seulement quels seraient les bénéficiaires de ces canots de sauvetage cosmiques, et pourquoi les super-intelligences nous laisseraient partir sans s'y opposer -sans parler des terroristes. Personnellement je ne mettrais pas trop d'argent dans la Fondation.

Pour en savoir plus
Vernor Vinge. The Coming Technological Singularity: How to Survive in the Post-Human Era, 1993 : http://www-rohan.sdsu.edu/faculty/vinge/misc/singularity.html.
Voir aussi : http://www.ugcs.caltech.edu/~phoenix/vinge/
Livres de Vinge : http://www.non.com/books/Vinge_Vernor_cc.html
Lifeboat Foundation : http://lifeboat.com/ex/  Voir aussi : http://press.lifeboat.com/ex/cbs


La gravitation quantique en lacets plus dynamique que jamais
JPB  28/11/02

Markopoulo KalamaraCompte-tenu du succès médiatique de la théorie des cordes, l'autre façon d'approcher la gravitation quantique, dite Loop Quantum Gravity (LQG) ou gravitation quantique en lacets, semblait un peu sur la défensive. Dans notre recension du livre d'un des pères de la LQG, Lee Smolin, nous avions indiqué que ladite LQG n'avait pas dit son dernier mot. Ceci semble se confirmer puisque Fotini Markopoulou Kalamara, jeune physicienne Italienne, vient de rejoindre l'équipe travaillant avec Lee Smolin, Abhay Ashtekar du Pennsylvania State University et Carlo Rovelli du Centre de physique théorique de Marseille.
Cette chercheuse produit des hypothèses qui semblent très fécondes. Un article du Scientific Américan de décembre 2002 lui est consacré.

On constatera que l'Europe, et plus particulièrement l'Italie, est très présente dans l'exploration de ce domaine passionnant de la physique théorique.

Pour en savoir plus
Article de S.A.: http://www.sciam.com/article.cfm?articleID=0007E95C-9597-1DC9-AF71809EC588EEDF&catID=2
Notre article sur Lee Smolin : http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2002/oct/smolin.html


Les nanosciences face aux défenseurs de...de quoi au fait?
JPB 28/11/02

Cela n'a pas tardé. Les nanosciences et nanotechnologies suscitent des militants activistes qui veulent faire arrêter les recherches. Ils se sont déjà exprimés à Johannesburg. Tous les arguments y passent - certains à prendre en considération comme le risque qu'il y aurait à inhaler des nanotubes - mais d'autres fantasmatiques ou intégristes (ne pas toucher à l'organisation des molécules établie par Dieu).
Bill Joy, industriel de l'informatique s'étant déjà illustré en mettant en garde l'humanité contre l'intelligence artificielle, semble trouver là un nouveau cheval de bataille. Les gens des nanosciences souhaitent évidemment que l'opinion toujours prête à s'inquiéter n'oblige pas les politiques à décréter des moratoires. A quand le José Bové de la destruction des laboratoires trempant dans le nano ?
Il y a là une belle opportunité de carrière à saisir.


Stephen Wolfram: dernières nouvelles
JPB 28/11/02

Selon la revue électronique News.com du 20 novembre 2002, Stephen Wolfram n'est pas refroidi par l'accueil mitigé fait à son livre A New Kind of Science. Mais plutôt qu'essayer de convaincre les physiciens qui restent très réticents, il a décidé de s'adresser aux informaticiens. Il espère intéresser aussi les biologistes, plus attentifs que les tenants des sciences dures et des mathématiques aux possibilités des simples programmes pour créer de la complexité.

Il vient donc d'expliquer au Comdex 2002 de Las Vegas comment selon lui le cosmos ne s'est pas créé à partir de particules et d'ondes, mais suite au déroulement de myriades d'algorithmes simples. Même des organismes aussi complexes que l'homme en ont résultés. Il y a dans la nature des systèmes simples qui font des computations aussi complexes que celles correspondant à l'intelligence humaine.

Il faut absolument découvrir d'urgence ces algorithmes, pour non seulement comprendre le monde, mais le refaire autrement, si nécessaire. Ce sera le cas, par exemple, avec la réalisation de modèles computationnels intéressant la formation des cellules et des tissus. A partir de ces modèles, des médicaments plus efficaces pourront être réalisés.

Reste évidemment à découvrir ces règles simples. Wolfram n'explique pas très bien comment y arriver. Clairement, les automates cellulaires sur lesquels il a travaillé ne paraissent pas offrir une voie aisée (fast track) dans cette direction. Mais il faut continuer à chercher, sans en revenir à la séduction trompeuse des modèles.

Pour en savoir plus
Notre dossier : A New Kind of Science


Craig Venter et le programme du DoE
JPB 27/11/02

Craig VenterOn dispose maintenant de plus d'informations sur le programme de 3 millions de dollars que le Department of Energy vient de confier à l'impétueux Craig Venter.
Pourquoi le DoE ? Parce que l'objectif est de réaliser des organismes vivants de synthèse pouvant offrir des formes d'énergies alternatives. Le programme est soutenu par l'IBEA (Institute for Biologic Energy Alternative) crée récemment par Venter à son usage, ainsi que par le prix Nobel de médecine Harry Smith, spécialiste des enzymes de restriction. A partir du chromosome du Mycoplasma Genitalium (dont certains messieurs ont gardé de douloureux souvenirs), déshabillé d'un certain nombre de "gènes inutiles ou dangereux", on construira une bactérie artificielle capable de fabriquer de grandes quantités d'hydrogène ou de piéger le gaz carbonique. Pour cela, de nouveaux gènes seront introduits, déjà identifiés dans d'autres cellules comme correspondants à des fonctions de synthèse et de décomposition recherchées.

L'approche traditionnelle des généticiens consiste à insérer des gènes provenant d'autres espèces dans les bactéries dont ils veulent obtenir des comportements nouveaux. Venter a entrepris, comme nous venons de le dire, d'enlever au génome déjà très simple (quelque 500 gènes) de M. Génitalium l'essentiel de ses gènes, afin véritablement de le détruire et de le remplacer par un chromosome synthétique. Il reste à vérifier l'aptitude de la cellule à supporter cette opération et utiliser le nouveau chromosome comme base de sa réplication ultérieure.  

Compte-tenu de la réputation de Craig Venter et de son Institute for Génomic Research, certains biologistes, notamment en France, se disent dubitatifs ou inquiets. Mais n'expriment-ils pas des préjugés bien implantés chez nous selon lesquels tous ces travaux relèvent du bien connu et néanmoins mythique apprenti sorcier. D'autres sont plus confiants.

On ne comprendrait pas en effet que ce domaine encore mal compris de la génomique ne soit pas exploré, avec la prudence nécessaire et à condition, à nouveau, de ne pas produire de chimères brevetées qui donneraient aux firmes de puissants moyens de monopoliser l'avenir à leur profit. Comme ces recherches sont financées par le contribuable américain, il serait bon de connaître les termes du contrat liant l'administration fédérale et Craig Venter.

Pour en savoir plus
Article de Libération : http://www.liberation.fr/page.php?Article=68849
DoE : http://www.energy.gov/


Systèmes d'aide à la décision en cas de crise
JPB 24/11/02

On se souvient que nous avions proposé un dossier (http://www.automatesintelligents.com/labo/2001/nov/dossier.html) décrivant notamment un système auto-adaptatif d'aide à la décision à base d'Intelligence Artificielle Répartie, permettant aux responsables des secours (et particulièrement les préfets) de disposer d'un minimum d'outils modernes.
Le système avait été développé par le Pr Alain Cardon et 3 thésards. Ce dossier n'a évidemment, bien que nous l'ayons présenté à diverses autorités, éveillé le moindre intérêt, non plus d'ailleurs que le concept. Il semble que le téléphone soit encore considéré comme le meilleur moyen de liaison entre intervenants.

Heureusement pour eux, les chercheurs du laboratoire Sandia ne nous ont pas attendus et viennent de développer un premier système de commandement permettant de faire face à des attaques terroristes graves et étendues, de type chimique ou biologique. C'est le WMD-DAC (Weapons of Mass Destruction Decision Analysis Center). Encore jugé fruste, il intègre pourtant en temps réel de nombreuses données de toutes sortes, provenant de la zone attaquée ou des gestionnaires de secours et de soins.

Il ne semble pas cependant que le système comporte actuellement beaucoup d'IA répartie

Pour en savoir plus
Article de Wired : http://www.wired.com/news/technology/0,1282,55932,00.html
Sandia. Collaboration avec l'administration :  http://www.ca.sandia.gov/casite/


Drones robotisés et droit des citoyens
JPB 24/11/02

La revue Robots.Net a posé à ses lecteurs la question de savoir s'il était conforme aux droits du citoyen ou de la guerre de détruire les terroristes (ou supposés tels) avec des drones plus ou moins intelligents, comme cela s'est fait récemment au Yémen (Missile Hellfire-C tiré d'un Predator RQ-1A UAV).
Certains organismes, tels Amnesty International et World Socialist News, émettent des doutes. La plupart des lecteurs au contraire s'en félicitent. Robots.Net estime que la question se posera de plus en plus, au fur et à mesure du développement de robots militaires de plus en plus intelligents. Cela devrait être le cas, notamment, du futur X-45 UCAV (Unmanned Combat Air Vehicle) développé par la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA). Ceci est à relier avec l'article ci-dessous .

Nous serions curieux de connaître les positions de nos propres lecteurs. A l'occasion de cette question, ils pourront découvrir, si ce n'est pas fait, le site Robots-Net http://robots.net/, regorgeant d'informations théoriques et pratiques sur les robots et les problèmes sous-jacents.

Pour en savoir plus
L'article de Robots-Net : http://www.robots.net/article/638.html
L'article du Web de World Socialist News : http://www.wsws.org/articles/2002/nov2002/yem-n09.shtml
Le Boeing X-45 UCAV : http://www.boeing.com/phantom/ucav.html Voir aussi la présentation de FAS, Military Analysis Network : http://www.fas.org/man/dod-101/sys/ac/ucav.htm  et de la NASA : http://www.dfrc.nasa.gov/gallery/photo/X-45A/HTML/EC01-0292-9.html


Automates conscients. De la DARPA à la NASA
JPB 24/11/02

Selon un article de Kathleen Melymuka, dans Computerworld du 11 novembre 2002, la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) sollicite actuellement des offres pour la réalisation d'un premier système conscient de son environnement et de lui-même. Il s'agirait d'un "cognitive system" qui raisonnerait de façon autonome dans de nombreuses situations, s'enrichirait par l'expérience et s'adapterait rapidement à l'imprévu. Il serait conscient de son comportement et se l'expliquerait à lui-même et aux autres. Il pourrait élaborer des scénarios et des prévisions, ainsi qu'une planification stratégique.

Pour les militaires, un tel système aurait l'avantage de donner aux systèmes d'armes une meilleure responsabilité, notamment en ménageant la vie des hommes déployés sur le terrain. Mais il pourrait avoir de nombreuses applications civiles, comme on le devine.

On sait que la réalisation d'un robot conscient est sérieusement envisagée par la NASA pour anticiper l'arrivée encore hypothétique de l'homme sur Mars. Un robot ordinaire, faiblement autonome, serait vite perdu dans un milieu complexe et mal étudié.

De même, la relance des visions du futur à laquelle se livre actuellement l'Agence, dans le cadre de l'équipe NEXT (Nasa Exploration Team) dirigé par Gary Martin, envisage la mise en place aux points Lagrangiens (points situés en équilibre gravitationnel entre la Terre, la Lune et même le Soleil, de télescope de nouvelle génération puis de stations orbitales de grande taille (à 380.000 km au lieu des 400 km de l'actuelle Station Spatiale Internationale). Ces stations serviraient à localiser des instruments ou à permettre le lancement de diverses missions d'exploration, notamment vers Mars.

Or toutes ces opérations ne pourraient pas être confiées à des hommes pour le moment, vu l'ignorance des effets à long terme de l'absence de gravité et, plus gravement, des rayons cosmiques dont la magnétosphère de la Terre, très affaiblie à ces distances ne protégerait plus. La seule solution actuellement envisageable consistera à confier toutes les tâches de montage, de maintenance et d'expérimentation à des robots. Mais ceux-ci devraient être aussi intelligents et conscients que des humains, pour mener à bien de telles missions (NewScientist, 26 oct. 2002)

La Nasa ne manque pas d'autres projets plus ambitieux les uns que les autres. Elle semble vouloir se donner la lourde tâche et l'honneur de porter les espoirs de l'humanité dans l'exploration du cosmos, en proposant après des années de silence son ambitieuse "vision du futur". Le Dr. Richard Terrile, scientifique affecté au programme Mars du Jet Propulsion Laboratory, a ainsi présenté aux Etats-Unis, les 21 et 22 novembre, un exposé intitulé "Rise of the machine. Intelligent Robots and Space Exploration" qui recense les différents systèmes et robots intelligents capables d'explorer le système solaire, dans les prochaines années ou à plus long terme.
Une édition de l'exposé peut être téléchargée à partir du site de la NASA http://www.jpl.nasa.gov/events/lectures/nov02.html.

Malheureusement, même aux Etats-Unis, les visions de la Nasa sont loin d'avoir encore acquis une crédibilité budgétaire. Ne parlons pas de l'Europe, où des projets de même nature (nous pensons en particulier à ceux d'Alain Cardon - ouvrage à paraître) risquent de rester longtemps à l'état de prototypes. Une nouvelle fois, ce seraient les militaires américains qui tireraient la recherche fondamentale en avant.

Pour en savoir plus
Article : http://www.computerworld.com/softwaretopics/software/appdev/story/0,10801,75728,00.html
Commentaire de Ray Kurzweil : http://www.kurzweilai.net/news/frame.html?main=/news/news_single.html?id%3D1376
Ronald J. Brachman, directeur du DARPA's Information Processing Technology Office à Arlington, responsable du projet Cognitive System : http://www.darpa.mil/ipto/personnel/rbrachman.html
Gary Martin de l'Advanced Program Office, NASA : http://hedsadvprograms.nasa.gov/personnel_gmartin.html


Biologie computationnelle et bio-informatique
JPB 16/11/02

L'European Bioinformatics Institute (EBI)Sous le titre Breaking the code, la revue The NewScientist du 9/11/02 consacre un article à la bioinformatique.
Il s'agit d'utiliser, pour éventuellement découvrir des secrets encore cachés de ce qui fait la vie, les innombrables données génétiques qui affluent en permanence suite aux travaux de décryptage des génomes poursuivis actuellement un peu partout dans le monde.
Suite au mouvement d'opinion qui s'était fait aux Etats-Unis pour empêcher l'appropriation privée et commerciale des données du génome humain, le NCBI (National Center for Biotechnology Information) a été chargé de collecter et de mettre à disposition publiquement les séquences d'ADN résultant du travail réalisé dans le cadre du Human Genome Project : c'est l'International Nucleotide Sequence Database (INSD). Le NCBI partage cette responsabilité avec l'EBI (European Bioinformatics Institute, EK) et le DNA Databank au Japon.
Contrairement au principe selon lequel le secteur privé ne doit pas s'approprier les sources du vivant, ce dispositif public imposant n'interdit pas aux firmes génomiques de conserver des génomes non humains résultant de leurs travaux. Quoi qu'il en soit, et outre celui de l'homme, le NCBI et ses homologues stockent actuellement plus d'une centaine de génomes complets d'autres espèces et des séquences génétiques partielles intéressant plus de 100.000 espèces jugées intéressantes à des titres divers. Ce nombre va s'accroître rapidement.

La question posée, outre celle du classement et de la recherche dans ces bases de données, qui nécessite de gros moyens informatiques, concerne ce que la bio-informatique et les réseaux de recherche pourraient en tirer pour mieux comprendre la vie. Les chercheurs soupçonnent qu'à l'aide d'hypothèses révolutionnaires encore à inventer, ainsi que de recherches croisées entre génomes, protéomes et articles déjà publiés, de nombreux laboratoires pourraient mieux coopérer et faire émerger des "secrets de la vie' encore enfouis dans les bases de données. Tant que ce travail d'investigation intelligente, à l'aide de moyens informatiques de plus en plus puissants, ne sera pas entrepris, l'arrivée incessante de nouvelles séquences dans les bases créera plus de désordre que de lumière.

La puissance de calcul ne croît pas assez vite, car la loi de Moore est dépassée par la croissance exponentielle des données génétiques à traiter, ainsi que des données concernant de multiples autres bases intéressant d'autres aspects de la biologie et de la biochimie. Une solution, en attendant, déjà envisagée en physique fondamentale, sera d'utiliser des réseaux répartis sur le mode du Grid. En l'espèce, on parle du @home approach. Mais ceci ne suffira pas. Il faudra mettre en place des super-calculateurs dans un certain nombre de centres, disposant en propre de l'ensemble des bases afin de travailler sur celles-ci. Il faudra aussi recruter des centaines de chercheurs joignant les compétences biologiques, informatiques et statistiques. Data mining et Text mining deviennent les clefs du succès pour le rapprochement des connaissances. Il faut également standardiser les références et les formats, comme l'entreprend le Interoperable Informatics Infrastructure Consortium.

Mais, encore plus important, il faudra réaliser des méthodes automatiques intelligentes permettant de gérer toutes ces informations, de faire apparaître les "saillances" non suspectées (c'est-à-dire des faits nouveaux pouvant amener à modifier les théories) et, plus pratiquement, proposer des modèles viables pour le génie génétique du futur.

Dans le domaine des molécules, le problème est le même, les modéliser en plusieurs dimensions incluant le temps et mettre les recherches en relation. Aux Etats-Unis, les National Institutes of Health ainsi que le National Institute of General Medical Sciences, s'y investissent en coopération avec les généticiens

Il était inévitable que dans ces nouvelles perspectives, les firmes privées s'estiment aussi bien placées que les laboratoires publics. C'est le cas de Craig Venter, ancien patron de Celera, patron du Center for Advancement of Genomics à Rockville, ainsi que d'autres instituts de recherche. Dans la mesure où les résultats obtenus peuvent, outre de nombreuses applications de grande importance, faire apparaître des éléments essentiels de connaissance, cela posera une nouvelle fois la question de savoir si le secret d'entreprise et les brevets peuvent être opposés à la libre publication.

Dans le même temps, par décision du 13 novembre 2002, sur requête de l' "Association alliance pour les droits de la vie ", le Conseil d'Etat vient de suspendre pour quatre mois l'exécution d'une décision du ministre de la recherche en date du 30 avril 2002, qui autorisait le Centre national de la recherche scientifique à importer d'Australie deux lignées de cellules souches pluripotentes humaines d'origine embryonnaire et à procéder à des recherches sur ces cellules. Dans cette affaire, l'association requérante demandait au Conseil d'Etat, juge de cassation, d'annuler l'ordonnance en date du 18 juin 2002 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Paris avait d'abord rejeté sa demande de suspension. No comment. http://www.conseil-etat.fr/ce/actual/index_ac_lc0208.shtml

Pour en savoir plus
National Human Genome Research Institute : http://www.genome.gov/
NCBI : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/
EBI : http://www.ebi.ac.uk
Gene Ontology Consortium : http://www.genontology.org
Interoperable Informatics Infrastructure Consortium :  http://www.i3c.org
National Institute of General Medical Sciences : http://www.nigms.nih.gov/
Cytoscape : http://www.cytoscape.org
Center for Advancement of Genomics : http://www.tcag.com
J. Craig Venter. Biographie : http://www.applera.com/corpinfo/bioventer.html
Sur Craig Venter, voir aussi notre brève ci-dessus.


Sauvez Gemplus

Nous rediffusons avec empressement ce message de Infoguerre.com

Lettre ouverte à la famille Quandt

Nous nous adressons à la famille Quandt qui détient les clés de l’avenir de la société Gemplus. Le 21 novembre prochain aura lieu une assemblée générale des actionnaires de Gemplus. Cette réunion va décider si Gemplus devient américaine ou reste européenne. Les enjeux technologiques de Gemplus sont énormes pour l’avenir du patrimoine technologique de l’Europe. Vous êtes les seuls à pouvoir empêcher la prise de contrôle de Gemplus par les Américains. Vous devez donc choisir entre faire du business ou participer à la construction de l’Europe industrielle de demain. Au cas où vous refuseriez d’aider Gemplus à rester une société européenne, comptez sur nous pour faire la publicité de votre décision : Quandt choisi l’Amérique et non l’Europe

Pour un comité de défense des intérêts européens, INFOGUERRE.COM.

INFOGUERRE.COM a décidé avec votre aide de mobiliser les pouvoirs publics et l’opinion sur l’enjeu vital que représente le maintien de cette société dans le patrimoine économique européen.

Si vous souhaitez aider GEMPLUS envoyez un email à l’adresse suivante save-gemplus@infoguerre.com ainsi qu’à la famille Quandt h-quandt-stiftung@altana.de avec vos noms, prénoms ainsi qu’une adresse email valable. Cette démarche peut aboutir, il y a des précédents : souvenez-vous de la campagne de déstabilisation de Greenpeace contre Shell, souvenez vous du retrait de l’accord multilatéral sur l’investissement grâce une démarche de mobilisation via Internet, souvenez vous de l’affaire Etoys.

Pour en savoir plus lire l’article sur l’affaire GEMPLUS : « Il faut sauver le soldat GEMPLUS » http://www.infoguerre.com/article.php?sid=425&mode=threaded&order=0

Le sort de GEMPLUS, leader mondial de la carte à puces, est scellé dit-on dans les milieux bien informés. L’entreprise française est en train de passer aux mains des Américains du fonds TPG, soutenus par leurs alliés allemands de la famille Quandt. L’affaire Gemplus est plus qu’une histoire d’entreprise qui tourne mal, c’est une part essentielle de la richesse future de la France qui vient de nous être dérobée sous nos yeux. Comment en est-on arrivé à ce triste bilan d’incapacité à faire front devant la menace ?


Artie-fract
JPB 12/11/02

Emmanuel Cayla emmanuel.cayla@inria.fr nous invite à visiter le nouveau site du projet de l'INRIA Artie-fract, où vous verrez ses dessins en noir et blanc assez impressionnants.http://www-rocq.inria.fr/fractales/Staff/jchapuis/ et http://www-rocq.inria.fr/fractales/Staff/jchapuis/more-ArtiE-Fract.html


Décès de René Thom

René ThomRené Thom, mathématicien et philosophe est mort le 25 octobre à l'âge de 79 ans.

René Thom a suivi un parcours de grand mathématicien, de l'Ecole normale supérieure (1943-1946) à l'obtention de la médaille Fields, équivalent du prix Nobel dans cette discipline. Il fut professeur permanent à l'Institut des hautes études scientifiques (IHES) de 1963 à 1988, puis professeur émérite

Mathématicien, René Thom est sorti des sentiers battus. Il reste dans l'opinion comme l'inventeur de la  théorie des catastrophes ou des discontinuités. "La théorie des catastrophes consiste à dire qu'un phénomène discontinu peut émerger en quelque sorte spontanément à partir d'un milieu continu" . L'exemple souvent cité est celui de la transition de phase, permettant à la glace d 'apparaître à un certain moment dans une eau progressivement refroidie. Mais un tel phénomène est beaucoup plus courant qu'il ne semble. Il n'intéresse pas seulement la physique. Tous les phénomènes sociaux, notamment, sont susceptibles de changer brutalement de forme, une manifestation se transformant par exemple en révolution. Stephen Wolfram en a fait un de ses thèmes favoris.

La théorie des catastrophes rejoint celle du chaos. Pas plus que cette dernière, si elle constitue un outil indispensable de compréhension des phénomènes passés, elle ne donne d'outils fiables pour prédire le futur.

Vers la fin de sa vie, dans Prédire n'est pas expliquer, notamment, René Thom a reproché aux sciences de s'enfermer dans l'expérimentation et de manquer de grandes hypothèses, susceptibles de donner naissance à de grandes théories. La critique demeure très valable aujourd'hui, mais là encore, la recette permettant à un chercheur d'émettre une hypothèse de grande envergure n'est pas évidente. Faut-il faire appel à la philosophie, à l'art ou, plus simplement, à l'interdisciplinarité ?

Pour en savoir plus
L'oeuvre de René Thom : http://www.utqueant.org/Thom.html
Quelques ouvrages de René Thom : Stabilité structurelle et morphogenèse (10/18) ; Prédire n'est pas Expliquer, Eshel, 1991 ; Paraboles& Catastrophes, Champs Flammarion ; Théorie des catastrophes et biologie (1979).
L'hommage de The Economist : http://www.economist.com/people/displayStory.cfm?story_id=1441693


Décès de Pierre Aigrain
Hommage de Benoît Eurin, président de l'université Paris 7 - Denis Diderot

Pierre AigrinPierre Aigrain, âgé de 78 ans, est décédé le 30 octobre 2002. Appelé par Yves Rocard à créer à l'ENS, en 1949, une équipe qui deviendra plus tard le Groupe de Physique des Solides, désormais un des plus importants laboratoires de notre université, il a été professeur à la faculté des sciences, puis opta avec détermination pour l'université Paris 7 où il enseigna jusqu'en 1978. Il a joué un rôle important dans la création de notre université.

Pierre Aigrain prit ensuite de hautes responsabilités dans la politique scientifique : directeur scientifique de la DRME, directeur des Enseignements supérieurs, puis délégué général à la Recherche scientifique et technique. Il fut Secrétaire d'État à la Recherche scientifique et technique de 1978 à 1981. Il devint alors directeur scientifique général du Groupe Thompson CSF. Il fut élu à l'Académie des Sciences en 1998. Son influence fut déterminante dans la mise sur pied d'une politique de recherche européenne.

Il a initié, en France, la recherche sur les semi-conducteurs conduisant aux développements (transistors, lasers, circuits intégrés) qui sont à la base de l'informatique et de l'électronique qui façonnent désormais notre vie quotidienne.

Sa grande culture scientifique, son imagination féconde, son enthousiasme, son énergie et sa générosité ont laissé une profonde influence sur ceux qui ont travaillé avec lui. Pour ses élèves, il était, plus qu'un maître, un ami toujours attentif et disponible.

L'université s'associe à la peine de sa famille et de ses amis.


La locomotion chez les robots
JPB 04/11/02

Image :  Bob FullLa lettre d'information Vie artificielle (www.vieartificielle.com) signale un article de Tom McNicol publié par Wired sur le thème de la locomotion des robots au regard des solutions adoptées par les organismes vivants.
Il illustre la règle essentielle de l'approche bionique, que le chercheur Robert Full applique avec succès: " THERE'S NO REASON WE CAN'T IMPROVE UPON NATURE. FIRST OBSERVE, THEN THINK SIDEWAYS " (on peut améliorer la nature. Il faut d'abord observer ce qu'elle fait puis penser autrement).

Pour en savoir plus :
Article de Wired : http://www.wired.com/wired/archive/10.11/bots.html


La Mémétique de plus en plus présente dans les publications scientifiques
JPB 04/11/02

La mémétique ne semble pas encore reconnue au sein de l'Université française comme thème de recherche, publication et enseignement.
Certains de nos lecteurs nous indiquent qu'ayant proposé ce thème à des directeurs de mémoire ou de thèse, ils se sont fait vivement conseiller de chercher d'autres sujets.  
Il n'en est pas de même dans d'autres pays, notamment en Grande Bretagne. On trouvera ici la référence d'un article très documenté du chercheur anglais Derek Gatherer dgatherer2002@yahoo.co.uk, publié par le Journal of Artificial Societies and Social Simulation. http://jasss.soc.surrey.ac.uk/5/4/5.html

L'article unit de façon très opportune les données sociales, les thèmes mémétiques et le traitement informatique évolué des populations d'agents. Nous aimerions cependant que l'auteur en donne une version accessible au grand public.
Le risque est grand que ce travail de valeur n'ait pas la portée qu'il mérite, du fait de sa technicité.


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