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La Revue mensuelle n° 65
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

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Présentation et commentaires
de la note d'Alain Cardon:
Réalisation d'un système de comportement intelligent, intentionnel et autonome avec production d'émotions destiné à divers types de robots
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
23 juillet 2005

Les lecteurs souhaitant réagir à ces deux textes sont invités à utiliser pour cela le Blog dont Automates-Intelligents dispose grâce au journal Le Monde http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/automatesintelligent/2005/07/ralisation_dun_.html

Dès sa création, en 2000, notre revue, Automates-Intelligents, avait mis en exergue l'intérêt stratégique de plus en plus grand lié au développement de robots autonomes. Par ce terme, entendu au sens le plus ambitieux, nous désignions des robots physiques ou virtuels (sur le web) capables de se comporter de façon non seulement intelligente, mais aussi émotionnelle, c'est-à-dire finalement consciente. Certes, en 2000, il ne s'agissait alors que de voies de recherche isolées (les cognitive systems dans la terminologie américaine), mais depuis de telles recherches ont pris, aux Etats-Unis pour la défense et au Japon pour la robotique civile et de loisirs, une importance considérable. La note d'Alain Cardon, que nous présentons ici, en donne quelques références.

Nous avions dès le début aussi attiré l'attention de nos lecteurs sur l'importance que prenaient de telles voies de recherche en terme de vecteurs capables d'entraîner de grands progrès dans de très nombreuses sciences et technologies (y compris dans les sciences sociales et humaines). Pour cela, il suffisait que ces sciences et technologies introduisent la robotique autonome dans leurs perspectives de développement. Cela n'est pas toujours facile compte tenu des frontières existant entre disciplines, tant au plan académique que dans le domaine industriel, mais c'est indispensable. Tous les pays à bonne culture scientifique l'ont compris (voir par exemple notre éditorial du 8 avril 2005 http://www.automatesintelligents.com/edito/2005/mai/edito2.html).

Enfin et surtout, nous avions montré, grâce aux nombreuses références que nous obtenions sans difficulté sur le web, que les programmes étrangers dans ces domaines prenaient sur ce qui était fait en Europe, comme aussi malheureusement en France, une avance considérable. Dans le colloque consacré en avril 2004, conjointement par Paneurope France et Automates-Intelligents, au thème de l'indépendance scientifique et technologique de l'Europe, nous n'avions pu que constater l'indifférence quasi générale des décideurs politiques et scientifiques européens à ces questions et enjeux. Il ne serait pas difficile pourtant d'envisager un grand programme européen intégrateur sur ce thème, comme le montre le dossier que nous avons rédigé à cette fin et soumis (sans échos notables) à l'Association française d'intelligence artificielle et à différentes autorités http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/62/machpens.htm.

Aujourd'hui, pour ce qui concerne la France tout au moins, on ne constate malheureusement aucun progrès (voir notamment http://www.newzy.fr/dossier11.3.html). La robotique, même relativement fruste, n'est plus l'objet de financements spécifiques nouveaux. La plupart des laboratoires que nous avions identifiés procédant à des recherches fondamentales sur ce thème sont amenés à cesser leurs travaux. A plus forte raison ne faut-il pas parler d'émotions et de consciences artificielles incorporées dans des robots autonomes. Le terme même suscite l'ironie ou une sorte de crainte religieuse.

Les travaux d'Alain Cardon

Il serait cependant injuste de dire que rien en France ne subsiste dans ce domaine essentiel. Notre pays dispose d'une compétence de niveau international en matière de conscience artificielle. Il s'agit de celle du Professeur des universités Alain Cardon, du Laboratoire d'informatique de Paris 6 et de l'université du Havre. Il a pu, depuis au moins 10 ans, dans de nombreux ouvrages et articles théoriques dont nous avons rendu compte en leur temps, mais aussi en encadrant les travaux et les thèses de plusieurs étudiants dont certaines applications pratiques ont pu être réalisées, acquérir un corpus impressionnant de connaissances visant aussi bien le domaine de la recherche fondamentale que celui des implémentations sur machines informatiques et robotiques.

Malheureusement, à nouveau, nous avons été obligé de constater que les recherches d'Alain Cardon ne suscitaient qu'un intérêt poli de ses tutelles universitaires. Les thésards qu'il avait pu former s'exilaient à l'étranger, notamment au Japon, sans que personne ne s'en inquiète. Alain Cardon s'est donc trouvé obligé, s'il ne voulait pas renoncer à ces voies de recherche qui avaient justifié l'essentiel de sa vie professionnelle, de développer à ses frais, avec quelques étudiants acceptant de faire le pari avec lui, un système de robot conscient susceptible de trouver des applications pratiques dans divers domaines importants. C'est ce qu'il a décidé. Aujourd'hui, son projet, entrepris depuis environ 6 mois, devrait aboutir à un premier noyau valorisable au début de l'automne.

Mais se pose la question de ce que Alain Cardon et ses étudiants pourront faire d'un tel produit. Aujourd'hui encore, le CNRS ne semble pas décidé à financer la suite du projet. Il faudrait donc s'adresser à des donneurs d'ordre extérieurs.

Nous avons donc encouragé Alain Cardon à faire publiquement appel à la collectivité industrielle et économique en publiant la note que nous présentons ici. La démarche n'est pas courante mais n'a rien à notre sens de critiquable. Nous espérons que les nouvelles instances mises récemment en place par le gouvernement pour soutenir les projets innovants à portée stratégique pourront s'y intéresser, dans un contexte de compétition féroce qui s'exerce sur les scientifiques et les acteurs économiques français.

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