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Article
Les effets pervers du système d’échange des crédits de carbone ("offset credit system")
par Jean-Paul Baquiast 23/03/07

Celui qui ne se plonge pas dans l'énorme littérature et dans les débats entourant l'application du Protocole de Kyoto et autres mesures de réduction de la production des gaz à effet de serre (GES) ne soupçonne pas les considérables conflits d'intérêt déjà engagés. Malheureusement, ces conflits cachent des entreprises qui, se disant vertueuses, c'est-à-dire offrant des solutions pour faire réaliser des économies d'énergie et créer des "puits de carbone", ne sont pas loin de l'escroquerie pure et simple.

Le système d'échange des crédits de carbone ("offset credit system") permet en effet, potentiellement, tous les abus. Prenons un exemple. Vous venez de faire un peu de tourisme à Tahiti, ce qui a produit un certain nombre de kilos ou tonnes de CO2. Votre conscience vous impose alors de verser une certaine somme à une entreprise qui vous garantira la plantation de forêts quelque part dans le monde afin de récupérer le carbone produit. En fait, vous avez toutes les chances, soit d'enrichir un escroc, soit d'engager une opération sans suite sinon plus dangereuse à terme que la production de CO2 dont vous avez été responsable. Ou bien en effet la dite entreprise ne plantera rien du tout, et vous n'irez pas vérifier ce qu'elle fait. Ou bien elle vous fera payer très cher une opération de façade sans avenir. Ou bien elle ira déposséder d'honnêtes cultivateurs du tiers-monde pour mettre à la place de leurs cultures des productions d'oléagineux industriels... qui eux-mêmes péricliteront faute d'eau et de soins. Si on vous propose d'autres méthodes mirifiques faisant appel à la séquestration du CO2, à d'hypothétiques énergies renouvelables ou à toutes autres solutions à la mode, vous risquez là encore de vous faire durement exploiter, en achetant... du vent..

Ceci d'ailleurs quel que soit votre poids économique, que vous soyez un citoyen lambda, une association ou même une grande entreprise. Il n'existera pas avant longtemps une évaluation indépendante et fiable de ceux que l'on appelle les "offsetters", de leurs méthodes, de leurs tarifs et de leur pérennité. Les "offsetters" pourront être particulièrement malfaisants s'ils s'arrangent avec les entreprises productrices de carbone pour leur procurer de faux certificats de création de puits ou de sources d'énergie renouvelable. Comme tout ceci se négocie au niveau international, hors de tout contrôle des Etats et de l'ONU, les pires trafics peuvent se développer. Beaucoup de soi-disant associations écologistes qui se créeront pour "contrôler les abus" seront elles-mêmes des nids d'escrocs.

Des permis à polluer trop libéraux ?

Cette situation conduit aujourd'hui beaucoup d'experts à penser que le système des échanges de crédits de carbone, dit aussi système des permis à polluer, représente une concession dangereuse aux secteurs économiques polluants. Ceci peut en effet signifier "dump, burn and offset", c'est-à-dire "créer des décharges d'ordures, brûlez des combustibles fossiles et obtenez des bons d'échange de carbone". Le mieux serait de ne pas produire de rejet ou tout au moins d'imposer des taux d'amendes si élevés à ceux qui persisteraient à les produire qu'ils changeraient de comportement rapidement. On en est évidemment pas là. Faut-il admettre en ce cas que le mieux serait l'ennemi du bien ?

 

L'empreinte écologique individuelle des Européens

Selon une étude britannique (NewScientist, 19 mars 2997, p. 41), l'empreinte écologique individuelle (écological footprint) du citoyen du Royaume Uni, estimée en production annuelle de tonnes de CO2, est de 11,1 tonnes. Elle se décompose en :
- biens et services concernant la consommation courante, hors nourriture et énergie: 4,68 t.
- nourriture (production et transport) 3,25 t.
- habitat: 0,48 t.
- consommation électrique 0,42 t.
- gaz naturel 0,79 t.
- déplacements automobiles 1,03 t.
- déplacements par avion 0, 36 t.

On sera peut-être étonné de savoir que pour compenser cette dépense, il suffirait d'installer environ 85 m2de panneaux solaires, 1m2 de panneau pouvant économiser grâce à l'électricité produite environ 130 kg de CO2 par an. 85 m22, c'est beaucoup, mais ce n'est pas inabordable.

 

Si le protocole de Kyoto et les systèmes laborieusement élaborés pour le rendre applicable étaient rejetés, on en arriverait évidemment à ce que persistent à demander les gouvernements américain et australien, c'est-à-dire ne rien faire du tout.

Tout le monde d'ailleurs n'est pas forcément corrompu et l'on trouvera sans doute des offsetters honnêtes. Il n'y a pas encore beaucoup de conseils à ce sujet de la part d'organismes français, mais on pourra prendre modèle sur une organisation du New Hampshire, Clean Air-Cool Planet.

Cela ne suffira pas. Il faudra d'urgence mettre en place des réglementations protectrices et des services chargés de les faire appliquer, comme vient de le demander le ministre britannique de l'environnement David Miliband. Voici une raison de plus pour penser que la lutte contre la grande crise climatique est définitivement incompatible avec le libéralisme.

Pour en savoir plus
Clean Air-Cool Planet : http://www.cleanair-coolplanet.org/
Un offsetteur parmi d'autres, Carbon Neutral http://www.carbonneutral.com/. Cette entreprise a été accusée par des activistes de créer des rideaux de fumée derrière lesquels les pollueurs continueront à polluer. Elle s'en défend vivement, évidemment.
Rappelons notre article "Peut-on calculer scientifiquement un coefficient d'empreinte écologique individuel ?
http://www.automatesintelligents.com/echanges/2007/fev/monbiot.html

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