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Article
Le processus de création
Par Jean-Paul Baquiast 10/12/2009

 


Vaste plaine sous un grand ciel, au soleil couchant, vers 1849, par Eugène Delacroix

Nous préférons le terme de processus de création à celui de création, qui peut laisser croire à une création ex nihilo supposant l'intervention d'un créateur situé en dehors du monde matériel. Nous pensons au contraire que ce processus est à la source même de l'évolution du monde matériel, non seulement dans les domaines biologiques et culturels, mais aussi sans doute au niveau des systèmes physiques. Le processus de création est constamment évoqué et encouragé aujourd'hui, dans les trois grands champs de la création artistique, de la création technologique et de la création scientifique. Mais ceux qui s'y réfèrent le font souvent en termes différents, qui masquent l'unité fondamentale du processus. Il paraît utile au contraire de faire apparaître des lignes communes, permettant l'analyse en profondeur d'un mécanisme aussi fondamental. C'est ce que nous allons essayer de faire dans cet article.

Nous comptions évoquer cette question en présentant un ouvrage collectif récent, dont le titre paraissait couvrir notre sujet : « La création. Définitions et défis contemporains ». L'Harmattan 2009. Malheureusement, malgré quelques contributions intéressantes, ce livre ne nous paraît pas aborder le fond du problème. Il rassemble beaucoup de constatations certes utiles mais souvent superficielles, voire dépassées, tout au moins pour les lecteurs de notre revue dont les exigences scientifiques et épistémologiques risquent de n'être pas satisfaites par cette lecture. On peut certes lire le livre. Nous ferons nous-mêmes quelques allusions à certains de ses passages. Mais il ne faut pas considérer le présent article comme une recension de l'ouvrage, analogue à celles que nous avons faites de nombreuses fois précédentes en présentant des écrits autrement plus substantiels.(1)

Le modèle de référence, l'évolution biologique

Il n'y a guère de gens sérieux aujourd'hui pour contester que l'ensemble du monde vivant actuel ait résulté de l'apparition il y a quelques milliards d'années de molécules dotées de capacités d'auto-réplication sur le mode darwinien dit de la mutation aléatoire suivie de sélection par le milieu. Ainsi a été mis en place un processus de création absolument général, que l'on peut retrouver à la base de toutes les autres sortes de création.

Le concept de mutation aléatoire ou stochastique (considéré généralement comme du déterminisme non élucidé) ne se limite pas à des erreurs de réplication pouvant survenir au niveau de l'ADN lors de la reproduction cellulaire. La théorie de l'ontophylogenèse présentée par Jean-Jacques Kupiec, à laquelle nous nous référons sur ce site, montre que de nombreux processus peuvent intervenir parallèlement ou en complément les uns des autres pour modifier aussi bien les génotypes que les phénotypes, entraînant l'apparition de nouvelles formes et par conséquence de nouveaux comportements au sein du vivant. Il y a véritablement création au sens propre du terme, puisque les produits de cette évolution n'existaient pas avant d'apparaître, et qu'ils incorporent généralement des solutions mieux adaptées aux exigences de la survie que celles utilisées par leurs prédécesseurs.

La seule difficulté intéresse la question des origines. Comment des éléments physico-chimiques jusque là incapables de se combiner en composés réplicatifs ont pu, il y a plus de 4 milliards d'années, construire sur Terre des organismes moléculaires capables de se distinguer du milieu ambiant, produire leur propre énergie et s'engager dans le processus de la reproduction, mutation et sélection. Il s'agit d'un processus néguentropique, générateur de complexité par emprunt-captation d'énergie à partir d'un univers soumis par ailleurs à la dégradation entropique. Pour les spiritualistes, là se trouve principalement la justification de la croyance en l'intervention d'une force créatrice extérieure. Mais il devient possible aujourd'hui d'envisager l'existence de processus créateurs naturels capables d'expliquer l'apparition de la vie. Une version de la biologie dite aussi parfois exobiologie présente différentes hypothèses à ce sujet. Elle est relayée par des modèles informatiques simulant les processus vitaux à partir de populations d'agents artificiels, autrement plus puissants d'ailleurs que les automates cellulaires décrits par Jean-Claude Heudin dans le livre.

La diversification des solutions par lesquelles les organisations biologiques s'adaptent aux contraintes de leur environnement est pour elles indispensable. Qui ne change pas, dans un monde où tout change, disparaît. En ont résulté des processus encourageant différentes formes de mutations et changements sélectionnés par l'évolution. On les observe d'abord au niveau des groupes. Si l'exploration systématique des nouveaux territoires caractérise l'ensemble des espèces, de la bactérie à l'homme, ce n'est pas seulement sous la pression de la nécessité, trouver par exemple de nouvelles sources de nourriture alors que les anciennes sont en voie d'épuisement. C'est aussi parce que le développement par cycles, du type des cycles dits en économie cycles de Kondratiev, semble caractériser l'ensemble des sociétés biologiques. A la phase de croissance, puis de stabilisation, succèdent très vite des phases de surexploitation des ressources suivies d'effondrement. Les survivants de la crise sont alors prêts à prendre un nouveau départ, sur des bases généralement différentes et mieux adaptées. Le fait très répandu que les jeunes individus manifestent dès la naissance le besoin d'explorer le monde, sur le mode des essais et erreurs, n'a sans doute rien à voir avec ce que l'on attribue à des jeux sans conséquences. Ce mécanisme permet vraisemblablement de préparer de nouveaux départs lorsque le crash sera venu. Howard Bloom a consacré l'essentiel de son dernier ouvrage, «The Genius of the Beast» à multiplier les exemples de tels comportements créateurs selon les cycles dits de « booms and crashes », à tous les niveaux du vivant. .

Dans le même esprit, on pourra montrer que de nombreux comportements déterminés de façon assez stricte par l'hérédité génétique poursuivent deux objectifs contradictoires, qui se révèlent également nécessaires à la survie. C'est le cas des comportements liés à l'exercice de la sexualité. Celle-ci, en général, permet d'établir des relations stables entre géniteurs indispensables à l'éducation des jeunes, mais à l'opposé elle encourage l'ouverture à d'autres partenaires afin d'assurer le renouvellement des souches génétiques. Il n'y a pas que la sexualité pour jouer ce rôle. Howard Bloom, là encore, dans un ouvrage précédent (« Global Brain »), avait rappelé ce qui est d'ailleurs une évidence trop facilement oubliée : comment les groupes en compétition darwinienne font appel à des comportements, biologiques ou culturels, ayant simultanément pour effet de consolider les solutions existantes et de les détruire grâce à des « générateurs de diversification ». Ainsi le repli sur soi et parallèlement l'ouverture à l'étranger ont toujours caractérisé les sociétés humaines. D'où l'ambiguïté des appels à l'identité nationale qu'un gouvernement opportuniste s'efforce aujourd'hui de réactiver en France. Ils semblent ne privilégier que le repli sur soi.

Extension du modèle de la création découlant de l'approche darwiniste.

Les évolutionnistes, dont nous sommes, trouvent dans le modèle de l'évolution darwiniste appliquée à la biologie une référence susceptible d'intéresser toutes les autres formes de création au sein des sociétés animales et humaines, notamment les innovations comportementales, langagières, artistiques autrement dit culturelles, multiples qui caractérisent ces sociétés. Certes, au cas par cas, les processus de détail sont spécifiques, mais leur logique générale, suivant le cycle reproduction, mutation aléatoire (ou stochastique) et sélection sont les mêmes. On ne comprendrait donc pas grand-chose à la logique des différents modes de création évoqués dans le livre en oubliant ce fondement essentiel.

Avant de s'interroger sur le pourquoi des innovations apparaissant dans telle ou telle forme de culture, par exemple dans le domaine de la musique, il faut rappeler ces bases, ce que n'a pas cherché à faire le livre.. Ce ne sera qu'à partir d'elles qu'il sera possible d'affiner la recherche des causes et les hypothèses sur le devenir. On sait que la science dite mémétique, qui a pleinement intégré la puissance explicative de l'algorithme darwinien, y fait appel pour décrire et tenter d'expliquer les innovations culturelles. Ses analyses ne sont pas toujours convaincantes, car elles ont du mal à saisir tous les facteurs intervenant dans les déterminismes évolutionnaires. Pourquoi tel milieu, voire tel individu, est-il réceptif à la contamination par certains mèmes, et non d'autres milieux ou individus apparemment très proches ? L'étude fine du terrain serait indispensable pour comprendre ces différences de résistance, comme elle l'est en immunologie. Mais l'investissement de recherche serait considérable et par conséquent inabordable. Il vaut mieux cependant, lorsqu'on le peut, s'y essayer, plutôt que se livrer à des supputations sans bases méthodologiques suffisantes, telles celles de Marc Ferro, cité dans le livre, concernant l'apparition de nouveaux thèmes de référence dans les "grands récits" historiques.

C'est évidemment dans les sciences et les technologies, caractérisées par des cycles d'innovation et de destruction de plus en plus accélérés, que les processus de création sur le modèle darwinien s'imposent, à condition de prendre en compte les transpositions nécessaires, liées au poids des investissements industriels et de recherche ou des intérêts financiers et commerciaux. Peu abordés dans le livre, hormis le chapitre consacré à la découverte par Pierre Schaeffer, en 1970 (avec 20 ans de retard sur les Etats-Unis), des « machines à communiquer » et celui portant sur la génétique en médecine, ces processus sont essentiels à comprendre, du fait notamment de leur influence, favorable ou éventuellement catastrophique, sur l'évolution actuelle du monde.

Qu'est-ce qui a poussé certaines sociétés humaines à innover dans les domaines de la technologie et des sciences, plutôt que s'enfermer pendant des siècles sinon des millénaires dans la répétition de pratiques traditionnelles ? Est-ce la raréfaction des ressources, le goût du pouvoir résultant de l'exploitation par les dominants du travail de leurs esclaves, un besoin irraisonné de découverte ? Les hypothèses à cet égard sont multiples et plus ou moins acceptables, opposant ce que l'on appelait du temps de Lévi-Strauss les sociétés chaudes et les sociétés froides. Il n'est pas question de les aborder ici. Notre propre hypothèse est que l'on perd un peu son temps à évoquer des facteurs circonstanciels, tenant par exemple au poids du modèle capitaliste protestant s'opposant aux attitudes plus conservatrices des sociétés soumises à des religions contemplatives. Ce ne sont pas des humains ou des groupes plus ou moins intelligents et créateurs qui font évoluer les technologies et les connaissances scientifiques. Il s'agit là encore de processus très profondément inscrits dans les mécanismes évolutionnaires des entités dont ces individus ne sont que de simples agents, plus ou moins proactifs certes, mais cependant incapables à eux seuls d'impulser les changements et de faire émerger les innovations.

Comme indiqué dans de nombreux autres articles sur ce site, nous pensons pour notre part pouvoir montrer que les entités darwiniennes en compétition pour produire ces innovations ne sont pas des sociétés humaines au sens strict mais des superorganismes associant sur un mode symbiotique des organismes humains et des techniques à fort potentiel évolutionnaire. Nous les avons baptisés du nom d'organismes anthropotechniques. Il n'est pas véritablement facile de les décrire de l'extérieur, du fait que l'observateur est profondément inclus dans plusieurs de ces organismes et n'est donc pas à même d'en proposer un modèle objectif. Néanmoins, nous pensons possible de faire des hypothèses à leur égard. Ces hypothèses, comme toutes les hypothèses scientifiques, entreront dans le processus plus général de sélection par l'ensemble des connaissances scientifiques en réseau constituant l'amorce d'un système cognitif global résultant de la compétition darwinienne entre les grands organismes anthropotechniques. L'avenir dira comment ces hypothèses seront reçues. On pourra lire à ce sujet notre essai (à paraître début 2010) intitulé « Le paradoxe du sapiens » . Il n'est donc pas nécessaire de s'y appesantir prématurément.

Les processus de création dans le domaine artistique

On peut isoler, pour être mieux compris du lecteur, la création artistique des autres modes de création, biologique et technologique, évoqués ici. Mais en fait, selon nous, il s'agit de formes de création dont les sources sont très voisines des autres, et dont les modalités peuvent également être proches. Au cours de l'évolution biologique et anthropologique d'ailleurs, ce que l'on qualifie aujourd'hui de création artistique relevait de ce que nous avons nommé plus haut des comportements exploratoires par essais et erreurs sur le mode pré-cognitif, pré-langagier, pré-manufacturier et finalement pré-scientifique. Ce qui différenciait par contre, et continue à différencier, les créations artistiques, dans quelque domaine des arts qu'il s'agisse, des autres types de création, ce fut la spécificité (d'ailleurs toute relative) des outils et des comportements créateurs ou utilisateurs propres à ces activités.

Nous avons proposé précédemment ici une série d'articles s'efforçant de replacer les arts modernes, notamment la peinture, figurative ou abstraite, dans cette tradition. Aujourd'hui malheureusement, rares sont les scientifiques s'intéressant à la création artistique contemporaine, pour en comprendre les tenants et les aboutissants. Les seuls un peu pertinents sont les psychologues, psychanalystes et aliénistes, espérant par l'interprétation des symboles manifestes approcher les modes encore obscurs par lesquels s'exprime le cerveau et le corps tant des créateurs que du public.

Il faut dire que la façon dont les spéculateurs se sont emparés de la commercialisation et en amont de la production des œuvres dites d'art décourage les biologistes et les anthropologistes évolutionnaires d'observer ce domaine. Ils tendent à en laisser l'étude aux spécialistes de la bourse et de l'économie. Ils ont tort cependant car l'explosion contemporaine des technologies du virtuel en réseau fait un large appel à des créateurs de plus en plus authentiques. Ceci oblige à faire de la création artistique une forme de plus en plus disséminée et « contagieuse » au bon sens du terme, des technologies de l'information et de la cognition. Un tel phénomène par contrecoup nous oblige à nous interroger sur ce qui différencie le créateur du simple consommateur, que ce soit en matière artistique, scientifique ou plus généralement sociétale, dans un univers communicationnel où les rôles s'échangent en permanence. Les hypothèses de la mémétique ne suffisent pas, car précisément le créateur fait plus que reproduire, à quelques " erreurs de réplication " près, ce qu'il trouve avant lui et qu'il répercute. Pour comprendre sa véritable valeur ajoutée, il faut entrer, si l'on peut dire, dans son cerveau.

Dans le cerveau du créateur

Le seul article du livre susceptible de justifier le titre de celui-ci et d'éclairer notre propos est celui écrit par le biologiste et philosophe Georges Chapouthier, dont nos lecteurs avaient pu apprécier il y a quelques mois les propos. Ce scientifique porte un grand intérêt aux méthodes modernes d'exploration fonctionnelle du cerveau et plus généralement du système nerveux, observés chez des animaux et des humains en état de création. On retrouvera donc avec intérêt les hypothèses des neurosciences contemporaines, qu'il rappelle à cet égard, par exemple celles faisant appel au dialogue entre le cerveau droit et le cerveau gauche dans l'acte de création. Nous pensons cependant que ces hypothèses ne vont pas assez loin.

Elles devraient pour bien faire rencontrer celles que formule un chercheur comme Alain Cardon, qui a mis au point un modèle très complet de ce qu'il appelle un Générateur de pensées artificielles. Ce n'est pas en accumulant des millions de processeurs même reliés par des milliards de synapses que l'on obtiendra la formulation d'une pensée. De même, ce ne sera pas en plaçant sur une assiette et en activant un cerveau de 100 milliards de neurones (the brain in the dish) que l'on obtiendra une pensée. Moins encore un acte de création artistique. Qu'est-ce qui me pousse à penser au lieu de rester inerte ? Plus exactement qu'est-ce qui me pousse à formuler une pensée originale au lieu de répéter les lieux communs circulant autour de moi ? Dans le même esprit, quel est le tracassin qui me saisit, face à une scène quelconque du monde dont je suis témoin, contemplée par des milliers de personnes passives, pour en donner une version différente de celle que les convenances et les propagandes m'obligent à adopter ?

Les explications de type culturel pourront être retenues. Je pense parce que je suis plongé dans un milieu intellectuel. Je crée une œuvre dite artistique parce que le milieu où je vis m'encourage à le faire, en privilégiant l'originalité au lieu de la répétition. Mais ces explications ne suffisent pas. Tout créateur sent intuitivement que, lorsqu'il se met à exprimer une pensée ou à produire un acte original, il est en proie à un mécanisme spécifique découlant de l'architecture même de son cerveau et de son corps en relation avec le monde. Nous avons signalé dans un article de ce même numéro (Esprit, es tu là ?) les efforts que font en collaboration l'informaticien Alain Cardon et le neuropsychiatre Pierre Marchais pour donner des modèles applicables à la fois à l'intelligence artificielle et à la clinique pour explorer certaines formes, dites sans doute à tort pathologiques, de la création sur le mode hallucinatoire. On pourrait être tenté de dire que tout créateur opère nécessairement sur un mode d'hallucination passagère. Beaucoup d'entre les artistes l'ont d'ailleurs compris et abusent des hallucinogènes pour renouveler une inspiration qui leur fait défaut.

Mais même ce terme d'hallucination ne suffit pas pour comprendre le phénomène de la génération de pensées et de la génération de créations en général. Il faut aller plus loin dans l'exploration fonctionnelle du cerveau. Plusieurs neuroscientifiques dont nous avons cité les travaux sur ce site, Gérald Edelman en tout premier lieu(2), Lionel Naccache et d'autres, semblent lier les processus de création sur le mode hallucinatoire à la génération par le cerveau d'une hallucination d'une bien plus grande ampleur. Il s'agit de l'existence ressentie comme « réelle » par chacun d'entre nous (tout au moins dans la tradition occidentale), d'un Moi doté d'une conscience volontaire et capable d'interpréter comme il le juge bon les messages reçus des sens. Gerald Edelman a raison de dire qu'il serait imprudent de dire qu'il s'agit là d'une procédure superfétatoire. Si elle a été conservée et encouragée par l'évolution, c'est parce qu'elle sert à quelque chose. Il emploie pour la nommer le terme anglais de « boot-strap » ou tire bottes, c'est-à-dire l'outil qui vous tire du « réel » pour aller vers l'imaginaire, afin de construire un nouveau réel. Celui-ci d'ailleurs, pas plus tôt construit, sera déconstruit à son tour par de nouveaux cycles de boot-stapping. On peut penser que Freud ne rejetterait pas cette vision du Moi s'il pouvait aujourd'hui l'intégrer à ses propres constructions.

L'illusion ou si l'on préfère l'hallucination qui se produit dans mon cerveau lorsque je me sens inspiré par l'esprit de création est sans doute ce qui a permis aux homo sapiens de se différencier de leurs congénères d'espèces voisines, il y a quelques deux cent mille ans. Face aux vastes plaines qui s'étendaient à l'Est de l'Afrique, à l'aube du " 2e out of Africa " , certains shamans de chez eux ont peut-être eu, à la suite d'un processus hallucinatoire en boot-strap permis par une mutation insignifiante au niveau de leurs bases neurales, la vision qu'il émanait de ces espaces un appel immense, auquel il n'était pas possible de ne pas obéir. Ceux qui aujourd'hui encore acceptent de mourir pour leurs idées ou leur art sont de la même trempe. Ainsi va l'esprit.

Note
(1) A la réflexion, nous avons quelque remords à paraître exécuter un ouvrage qui a du mérite, vu la difficulté du thème et la volonté des promoteurs d'y associer des contributeurs différents, lesquels ne sont pas nécessairement des scientifiques. Aborder la création sous toutes ses facettes est plus complexe que rédiger seul, comme nous l'avons fait ici, un article à qui l'auteur peut proposer une ligne directrice. La conclusion qui s'impose est qu'il faut lire le livre....
(2) Lire Gerald M. Edelman. Biologie de la conscience, Odile Jacob 2008 non encore présenté sur ce site.

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