Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 111
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubriques)

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).

 

 

Science, technologie et politique
Les conséquences néfastes de la pauvreté sur les embryons
Jean-Paul Baquiast 05/10/2010


Le médecin britannique David Barker avait en 1989 publié des statistiques montrant que la malnutrition maternelle pouvait entrainer des maladies cardiaques des années plus tard chez leurs enfants. Cette hypothèse avait été très généralement rejetée, principalement compte tenu de la fragilité des observations montrant des relations de cause à effet entre l'état de la mère au moment de la grossesse et les troubles susceptibles de survenir chez les enfants.

Mais on peut penser qu'elle allait aussi à contre-courant d'un certain nombre de préjugés de type idéologique. Le premier, que l'on retrouve aujourd'hui encore très vivace quand on discute de l'influence des gènes sur la descendance, relève de l'illusion culturelle (dite aussi de la page blanche): il ne faut pas attribuer aux facteurs biologiques d'effet notable sur la détermination des comportements individuels. Ceux-ci sont définis par la société et le milieu culturel où a vécu et grandi l'enfant. Admettre qu'un enfant héritera obligatoirement de tels caractères, normaux ou pathologiques, propres aux parents, serait nier le fait que l'enfant, tel une page blanche, s'imprégnera d'abord de ce que la société où il grandira lui permettra d'acquérir.

Il serait certainement dangereux et injuste de considérer comme des handicapés à vie les enfants dont la mère avait été soumise, pendant sa gestation, à des malnutritions ou intoxications diverses. A l'inverse, il serait tout aussi dangereux et injuste de prendre à la légère les carences et traumatismes divers dont souffrent les mères, notamment dans le tiers-monde, au prétexte que les embryons sont protégés, par la barrière du placenta ou par tout autre mécanisme miracle, de l'influence délétère de ces privations. Etudier au contraire avec précision les conséquences que peuvent avoir sur les embryons puis chez les enfants telles ou telles agressions imposées soit par le comportement à risques de la mère, soit par le milieu ou vit celle-ci, peut permettre d'engager très tôt d'éventuels traitements réparateurs, non seulement chez le nouveau né, mais chez la mère, dans la perspective de ses futures grossesses.

On notera que la littérature médicale ou sociale du 19e siècle et de la première moitié du 20e siècle avait abondamment commenté les dégats, souvent présentés comme héréditaires, provoqués chez les enfants du fait de la misère des mères. Mais le sujet avait été par la suite un peu oublié. A tort.

Aujourd'ui, les études récentes tendent à montrer que l'obésité, les diabètes et certains troubles mentaux chez les adultes peuvent être liés, d'une certaine façon, à ce qui leur était arrivé lorsque, embryons, ils étaient encore dans l'utérus de leur mère. On peut en tirer des conclusions lourdes de conséquences politiques. Si les maux associés à la pauvreté se reproduisent de génération en génération, ce serait parce que les mères pauvres seraient plus exposées que les autres à l'anxiété, la dépression, les empoisonnements par l'air et l'eau, ceci malgré toute leur bonne volonté et les efforts que font certaines pour échapper à la drogue, le tabac et l'alcool.

Il en résulte que leurs enfants, dès la naissance, sont moins armées que les autres pour résister aux stress sociétaux. Les soins dispensés par les dispensaires ou l'école pour compenser ces désavantages arrivent souvent trop tard.

Répétons le, il ne faudrait pas condamner d'avance les enfants issus de milieux très défavorisés, où les mères ont subi d'intenses privations. Mais il ne faudrait pas à l'inverse ne rien faire pour améliorer la situation sanitaire dans les milieux très pauvres, tels que par exemple les bidonvilles et favellas, en se disant que la société réparera, des années plus tard, chez les adolescents et adultes, les dégâts qu'ils auront subis au stade prénatal.

Le programme anti-pauvreté le plus efficace sera celui qui s'exercera dès avant la naissance, écrit Annie Murphy Paul dans un livre important “Origins: How the Nine Months Before Birth Shape the Rest of Our Lives.” Mais dans cet esprit, ce ne serait pas seulement les mères des milieux pauvres qu'il faudrait protéger. Il faudrait mieux faire comprendre à tous les parents, y compris ceux disposant de revenus élevés, les risques qu'ils font courir aux foetus lorsque les mères enceintes s'exposent aux toxines, rayonnements, pesticides divers, sans mentionner des médicaments pris sans prudence – pour ne pas citer alcool, tabac et drogues déjà mentionnés.

On ajoutera que, selon l'hypothèse de l'ontophylogenèse due au biologiste Jean-Jacques Kupiec, l'expression des gènes des parents perturbée par des toxines pourra éventuellement se répercuter dans le génome et le protéome des descendants, de génération en génération. D'où, là encore, la reproduction de certains comportements associés à la pauvreté. La seule efficace façon de lutter contre eux serait de diminuer la pauvreté, en répartissant plus égalitairement les contributions sociales.

On peut lire un commentaire détaillé du livre de Annie Murphy Paul « Origins » dans un article du New York Times à la signature de Jerome Groopman, professeur de médecine à Harvard http://www.nytimes.com/2010/10/03/books/review/Groopman-t.html

 

Retour au sommaire