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Du côté des Labos
Le robot professeur
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 25/10/2010

Appelons "robot professeur" un robot utilisé pour assister ou, le cas échéant, remplacer un professeur dans des tâches d'enseignement. Le concept peut susciter immédiatement un fort rejet, soit de la part des enseignants, soit de celle des parents. On parlera de déshumanisation. Pour en juger concrètement, il faudrait que soient organisées des expérimentations en vraie grandeur. Ce n'est pas envisageable en France actuellement : la robotique n'y reçoit finalement qu'un très faible appui des institutions. A défaut, on peut essayer d'évaluer les réalisations ayant cours au Japon et en Corée, deux pays pour qui la robotique est considérée comme une voie d'avenir très prometteuse.

Rappelons que le Japon a toujours fortement encouragé les développements de ce que l'on nomme "les robots de compagnie" destinés à assister les handicapés ou les personnes âgées, accomplir des tâches domestiques et assurer l'accueil.

Le gouvernement nippon a récemment investi plusieurs dizaines de millions d'euros dans ce secteur et voudrait que les robots entrent dans les foyers japonais d'ici à 2015. Aussi bien certaines études considèrent que dans 10 ans, le Japon comptera 1 robot pour 10 japonais, tous robots compris (industriels, scientifiques ou domestiques).

Initialement encouragée pour remédier au vieillissement de la population et prévenir le recours à l'immigration, la robotique est désormais considérée comme d'intérêt stratégique, compte-tenu de l'avenir que tous les experts lui prédisent dans les prochaines décennies. Le marché intérieur est autant visé que l'exportation. Le robot à l'école est dès lors considéré au Japon comme une bonne façon d'habituer les jeunes à ce que sera la société de demain, afin qu'ils puissent en exploiter toutes les possibilités.

La Corée suit en tout point l'exemple japonais, pour les mêmes raisons et aussi pour ne pas prendre de retard sur le Japon dans la conquête des marchés extérieurs. Les Etats-Unis financent de leur côté de nombreux projets, avec beaucoup moins de publicité. Leurs investissements robotiques sont essentiellement destinés à des usages militaires ou de sécurité civile.

Des expériences concrètes

La presse occidentale a mentionné deux projets qui mériteraient dès maintenant l'attention du corps professoral, y compris en France, au regard des enseignements de toutes sortes qui pourraient en découler.

Pour en discuter avec pertinence, il faut avoir en l'esprit les capacités actuelles des robots humanoïdes dits autonomes, c'est-à-dire qu'ils sont capable de faire preuve par eux-mêmes de mobilité, de capacités d'adaptation et de comportements de type intelligent. Ces robots disposent par ailleurs d'"organes sensoriels et moteurs" qui leur permettent de s'insérer avec une grande souplesse dans les sociétés humaines. Nous ne pouvons pas en discuter dans le cadre de cet article.

On doit également tenir compte du perfectionnement très rapide des technologies. La contrepartie en est le coût. Les prototypes ne sont généralement pas abordables par les administrations civiles, sauf à être très largement financés par des entreprises ou des fondations.

Au Japon


L'expérimentation, dont on a beaucoup parlé depuis déjà trois ans, a pris le visage de la professeure robotique baptisée "Saya". Saya a été mise au point il y une quinzaine d'années par Hiroshi Koyabashi et une équipe de l'Université de Tokyo. Présentée en 2005 dans des fonctions de réceptionniste. elle est à l'essai depuis 2008 dans une école primaire de Tokyo. .

Disposant d'un masque en latex animés par 18 moteurs, ce professeur manifeste une palette d'humeurs, comme le ferait une institutrice en chair et en os. Si les adultes se disent initialement un peu réservés, il semble au contraire que les enfants se sentent immédiatement à l'aise, sans pour autant manipuler la machine au risque de la mettre en panne.

Bien entendu, pour le moment, un enseignant humain supervise l'expérience et prend note des conclusions à en tirer. Comme de nombreux autres robots, Saya dispose d'une intelligence artificielle développée qui lui permet la compréhension et la synthèse de l'image et de la parole, ainsi que les mimiques appropriées. Une base de connaissance lui est reliée grâce à laquelle elle peut retransmettre un nombre non limité d'informations, un peu sur le mode des centres d'appels..

En Corée du Sud

D'ici deux ans, 400 écoles primaires de Corée seront équipées d'un robot peu différent de Saya, mais moins esthétique. Sous sa forme actuelle, le robot se présente comme une machine à roues à tête de canard. Aucun effort n'a encore été fait pour lui donner une forme humaine agréable. Cela d'ailleurs ne semble pas troubler les élèves.

Le robot ne prendra pas en charge une classe mais sera capable de faire la lecture, de donner des cours d'anglais y compris de prononciation et pourra intégrer de nombreux exercices interactifs. Par son intermédiaire, les parents pourront visualiser la classe à distance et envoyer des messages à leurs enfants.

Si cet assistant se révèle utile, ce seront 8000 robots de ce type qui équiperont des écoles coréennes dès 2013. Le scientifique principalement en charge de ce programme est M. Mun Sang Kim, directeur du centre de robotique intelligente  à l’Institut coréen des sciences et de la technologie. Il dispose d'une équipe de 300 personnes et d'un budget principalement gouvernemental de 100 millions de dollars. L'objectif est prioritairement d'enseigner l'anglais, vu le manque de professeurs d'anglais compétents. La présence de l'enseignant humain est encore de règle, mais des essais sont faits actuellement pour assurer une téléprésence par Internet.

Conclusion

Pour ce qui concerne la France, nous l'avons dit, la robotique autonome ne dispose encore d'aucune aide officielle sérieuse. Mais nous pensons que lancer dans une ou plusieurs académies pilotes des expériences faisant appel à des robots présenterait un grand intérêt, d'une part pour la pédagogie elle-même, d'autre part pour la robotique.

Il serait possible pour cela de tirer parti de l'expérience de Frédéric Giamarchi, qui encourage la construction par ses élèves de petits robots mobiles (voir notre article).

Frédéric Giamarchi vient de nous adresser le message suivant, que nous nous faisons un plaisir de retransmettre:

«  J'organise à nouveau un tournoi sur ma région en partenariat avec un prestigieux lycée de Nîmes.
Nous espérons accueillir quelques personnalités scientifiques comme Gérard Berry, membre du collège de France et organiser des ateliers robotiques et scientifiques autour du thème des sciences du numérique. Je cherche d'autres conférenciers sur les thèmes de la robotique du
futur et de l'intelligence artificielle. Parmi les ateliers, nos étudiants présenteront notre petit satellite réalisé par les étudiants de l'université de Montpellier pour le CNES.
Par ailleurs, je termine un nouveau livre consacré aux robots de compétition.»

www.geii.iut-nimes.fr/fg
www.robot-sumo.fr

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