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Sciences, technologies et politique
Petits pas européens vers l'autonomie spatiale
Jean-Paul Baquiast- 22/06//2011

 

Nous avons signalé ici, à la date du 20/06, les bons services rendus par l'ATV de l'Esa en tant que véhicule de liaison avec la plateforme internationale http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2011/119/actualite.htm#actu4. Le 4e du nom est en préparation et sera baptisé Albert Einstein. Nous y regrettons aussi dans cet article le manque d'ambition des Européens, qui pourraient faire de ce produit une plateforme pour développer un véhicule plus pleinement autonome, capable notamment de réentrée. Ainsi non seulement serait-il récupérable mais pourrait-il servir ultérieurement de capsule pour des équipages humains, en vols suborbitaux ou interplanétaires.

Aujourd'hui un début de réponse à ce besoin pourrait être apporté par l'annonce faire au Salon du Bourget le 22 juin 2011. L'Esa et Thales Alenia Space Italie ont fait connaître leur accord pour commencer la construction d'un véhicule spatial dit IXV Intermediate eXperimental Vehicle qui pourrait réaliser une première mission expérimentale en 2013.

L'idée n'est pas nouvelle. L' Intermediate eXperimental Vehicle (IXV), anciennement dénommé Pre-X, est un projet de véhicule spatial initialement développé par le Centre national d'études spatiales (CNES). Le projet est désormais rattaché au Future Launcher Preparatory Program (FLPP) de l'Agence spatiale européenne, destiné à préparer les nouvelles générations de lanceurs et de véhicules européens à l'horizon 2015-2020.

Le IXV aura pour but de valider les technologies de rentrée atmosphérique pour le futur lanceur européen réutilisable dans le cadre du programme FLPP. Les études sont déjà en cours de longue date puisque l'ESA bénéficie de programmes communautaires antérieurs comme AREV (Atmospheric Reentry Experimental Vehicle) ou de programmes nationaux comme le Pre-X du CNES, initié dès 2005 par l'agence spatiale française, à l'origine de l'actuelle forme aérodynamique du IXV. Le 16 juin 2009 avait déjà été signé l'accord entre l'Esa et Thales Alenia Space pour le développement d'un démonstrateur de rentrée atmosphérique IXV.1

Le IXV sera doté de meilleurs capacités manœuvrières et d'emport que son prédécesseur. Son poids sera de 2t. Il sera lancé par la nouvelle petite fusée européenne Vega depuis le Centre spatial guyanais en orbite basse, à l'altitude d'environ 450 km. Il procédera à une réentrée analogue à celle d'un retour de mission spatiale. Ainsi pourront être testés les céramiques de protection thermique et l'ensemble des équipements nécessaires à cette phase critique d'un voyage dans l'espace, notamment les moteurs de correction de trajectoire (thrusters) et les ailerons (flaps) aérodynamiques

La rentrée se fera par parachute dans l'océan Pacifique, où il sera récupéré. Un centre de contrôle à terre sera par ailleurs mis au point, comportant les éléments nécessaires à la télémétrie, la réception par antennes et le réseau global de télécommunication.

L'approbation officielle du contrat devrait être donnée très prochainement par le Comité de politique industrielle de l'Esa.

La future Ariane et ses moteurs

D'autres annonces intéressantes viennent d'être faites au Salon du Bourget. Le 23 juin, l'Esa a rendu publique la signature d'un contrat avec un consortium industriel européen visant à développer de nouveaux propulseurs pour le lanceur qui succédera à l'actuelle Ariane 5. Ce lanceur actuellement nommé le NGL ou Next-Generation Launcher est étudié sous l'égide du Future Launchers Preparatory Programme (FLPP). Il devrait permettre à l'Esa de répondre aux besoins institutionnels et commerciaux de la prochaine décennie et au delà.

Plusieurs configurations sont à l'étude, comportant 2 ou 3 étages. Il en est de même des moteurs, combinant selon les cas des propulseurs solides et liquides, ainsi que des solutions dites cryogéniques utilisant de l'oxygène et de l'hydrogène liquéfiés.

Un des contrats annoncé intéresse un consortium d'industriels regroupés sous le concept de Joint Propulsion Team, Astrium GmbH, Avio SpA et Snecma (Safran Group). Son montant est de 60 millions. Il prend la suite de contrats décidés en 2007 pour un montant de 100 millions visant à intégrer les compétences de 14 sociétés appartenant à 9 pays.

L'un des projets candidats, le démonstrateur d'un nouveau moteur à carburant liquide dit High-Thrust Engine (HTE), devrait pouvoir être testé à partir de 2012-2014, en vue d'une mise en service à bord du lanceur de nouvelle génération vers 2025 ou même avant.

Vu l'importance du rôle des lanceurs dans tous les cycles des applications spatiales, nous pouvons considérer cette annonce comme une bonne nouvelle. Elle répond à un besoin souvent exprimé, en face duquel le long silence de l'Esa et des gouvernements impliqués pouvait paraître inquiétant.

Bien mais peut mieux faire

L'Esa et les spécialistes européens de l'espace se félicitent de ces contrats renforçant les capacités de l'Esa et pouvant s'agréger ultérieurement à des missions plus ambitieuses.

Bonne nouvelle donc. Nous en revenons cependant à nos constatations chroniques. L'Europe montre par ces réalisations encore modestes qu'elle pourrait avoir toutes les capacités nécessaires à une ambitieuse politique spatiale, la mettant à même de faire jeu égal avec la Chine et ce qui restera des programes spatiaux américains. Il serait souhaitable par ailleurs que la Russie y participe.

Or la volonté politique nécessaire manque encore aux Etats européens. A une époque où l'on recherche les occasions de créer des emplois qualifiés en Europe, dans un domaine aux débouchés futurs considérables, il est vraiment dommage que personne ne s'en avise, tant dans les majorités au pouvoir que dans les oppositions.

Si la Banque centrale européenne devait proposer, comme il parait aujourd'hui indispensable de le faire, des outils lui permettant de financer à long terme les investissements stratégiques européens, que ne s'intéresse-t-elle pas à l'Espace? Même M. Trichet pourrait comprendre cela.