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Nouvelle approche des rêves .
L’ENACTION COGNITIVE ONIRIQUE. CLINIQUE DE LA CREATIVITE DES RÊVES
Frédéric Paulus, île de la Réunion, le 24/05/2012
courriel : paulus.fred at orange.fr

CEVOI, Centre d’Etudes du Vivant de l’Océan Indien,
79, rue Labourdonnais, 97490 Saint-Denis, la Réunion, Port : 06.92.29.65.69

« Freud met sous le nez des sciences cognitives un objet dont il est inconcevable qu'elles continuent longtemps encore de le tenir à distance respectueuse : le rêve », « L'inconscient et autres oublis », D. Andler, in Actualité des modèles freudiens, Puf, (1995).

Généralement l’esprit conscient occulte la dimension inconsciente dans la prise de décision lors d’évènements survenant dans la vie quotidienne. De notre point de vue, cette occultation serait due au fait que l’inconscient (freudien) a été pathologisé en relevant ainsi de thérapeutes. Les neurosciences, par A. Damasion (1), F. Varela (2), P. Picq (3) notamment déconstruisent les dogmes psychanalytiques et réhabilitent ce que l’on pourrait appeler l’intelligence de l’inconscient. Notre hypothèse devrait envisager une certaine positivité en soi-même émanent de l’inconscient. Encore faudrait-il préalablement préciser de quel inconscient il s’agit ? Limitons-nous pour l’instant à la question.

1) La méthode :

Dans un premier temps, il s’agit de se libérer d’une conception freudienne qui transmet indéniablement un pessimisme marqué par la conception d’un trauma exagérément avancé a priori ou (et) d’une conception figée de la notion de représentation (4). Pour Varela, « La prodigieuse plasticité du système nerveux ne réside pas dans sa production « d’engrammes » ou de représentations de choses du monde. Elle réside plutôt dans sa transformation continue en accord avec les transformations de l’environnement, et résulte de la manière dont chaque interaction l’affecte » (2). Avec sa représentation de thanatos, Freud théoricien de la pulsion de mort dont on cherche toujours son ancrage objectif au sein du vivant, est mort dans des conditions désolantes au moment où il pouvait diffuser ses découvertes par des conférences. Il eut un cancer du maxillaire inférieur qui l’empêchait de parler.

Nous pourrions accepter l’idée de « psychisme sain » (5) cohabitant chez toute personne névrosée. Le psychisme sain serait nécessairement ancré dans la biologie (dans le génotype). C'est un postulat qui paraît incontournable et auquel Antonio Damasio (notamment) a recours en évoquant le « protosoi » dans « L’autre moi-même » (2010).

Nous faisons appel à la notion de « processus d'individuation psychologique » dans un second temps telle que C.G Jung (6) a cherché à la rendre rationnelle, cela reviendrait à considérer que chaque être humain chercherait à devenir lui-même. « Devient ce que tu es » disait F. Nietzche. Ce processus qui semble sous-jacent à la personnalité se manifesterait par des synchronicités, (de surprenantes coïncidences) et notamment par des rêves. Il se manifesterait également par le travail de l’inconscient sain générateur d’information qui en arrive à présenter, énacter dirait Varela (énaction angl., to enact, faire émerger) (2, 5 et 11), des compensations, des perspectives d’avenir, une prospection imaginative tournée vers l’avenir…

L’individuation sur le plan génétique s’assimile à l’ontogenèse qui désigne le développement progressif d'un organisme depuis sa conception jusqu'à sa forme  mûre, voire jusqu'à sa mort. En biologie du développement, ce terme s'applique aussi bien aux êtres vivants non-humains qu'aux êtres humains. Ce terme désigne les transformations structurelles observées dans un système vivant qui lui donne son organisation et sa forme finale. Du point de vue fonctionnel et thérapeutique, le travail inconscient du rêve compenserait des tendances comportementales liées à des perturbations récurrentes de l’environnement, à l’origine d’une pathogénie du « moi », (utilisons pour l’instant cette terminologie) alors que celui-ci serait plus ou moins inhibé épigénétiquement dans des complexes psychologiques, sa dimension névrosée générant un faux self (faux moi) du fait de la plasticité organique, fonctionnerait en contrariant ainsi les dispositions génétiques initiales. Sur ce point, nous devons tenir compte de la thèse très affirmée de Michel Jouvet (7). Il plaide en faveur de l’hypothèse qu’une programmation génétique cérébrale surviendrait au cours du sommeil paradoxal, où les rêves sont les plus intenses et fréquents. « Pourquoi, dit-il, « ne pas concevoir alors que certains programmes génétiques ne puissent être renforcées périodiquement (programmation itérative) afin d’établir et de maintenir fonctionnels les circuits synaptiques responsables de l’hérédité psychologique ? (8) Ce mécanisme pourrait ainsi interagir avec l’environnement en rétablissant certains circuits qui auraient pu être altérés par les évènements épigénétiques ou, au contraire, en en supprimant d’autres », p 174, 1992). L’hérédité signifie la conservation, à travers les générations, de tout aspect structurel dans une lignée d’unités historiquement connectées comme nous le sommes, nous, humains. Et l’hérédité psychologique, elle, me différencie de mon voisin et l’on verra que le rêve contribue à cette différenciation.

Dimension saine et dimension névrosée du psychisme cohabiteraient, alors que le sommeil dans sa phase de rêve serait, selon Jouvet « le gardien de l’individuation psychologique ». Nous devrions donner quelques exemple de rêves où l’environnement dans la réalité quotidienne énacterait des rêves informant le rêveur de perturbations psychologiques, (qui ne le désorganisent pas structurellement !) en suggérant une alternative. Si l’on admet, qu’un rêve peut anticiper une prise de décision, ou réguler une perturbation alors on pourrait valider l’hypothèse d’une fonction cognitive inconsciente, anticipatrice du rêve. Nous retrouverions le bon sens de l’expression populaire : « la nuit porte conseil ». D’autres exemples devraient être avancés.

2) Les rêves dans leurs fonctions...

Sur le plan théorique et hypothétique, on envisage donc les rêves dans leurs fonctions de régulation comme produisant des messages fiables qui viseraient un objectif : rendre la personne plus consciente d’elle-même actualisant des potentialités génétiques (la différenciant de son voisin), instaurant une homéostasie psychique (5). Evoquons à ce propos l’omniprésence d’images motrices dans les rêves où le rêveur semble se confronter à des situations inédites qui sembleraient lever quelques inhibitions et énacter des images potentiellement porteuses de dynamisme. H. Laborit qui nous influence dans cette hypothèse affirmait que « le cerveau n’est pas fait pour penser, il est fait pour agir. La pensée en second lieu permet de renforcer l’action » (9). Le rêve serait une perception endogène qui serait déjà proposition d’action.

Lorsque l’on rêve, on est à la fois, sujet et objet, producteur (metteur en scène) et spectateur, destinataire du rêve. Donc, sur le plan de l’individu envisager un sens du « scénario » onirique, une orientation, un dynamisme au rêve, c'est s'introspecter simultanément pour évaluer les intuitions, sensations et sentiments qui pourraient émerger de l'acte de questionnement à propos de ses rêves constitués d’images. Cependant, ne sommes-nous pas handicapés sur ce thème de l’auto-interprétation de ses propres rêves du fait que nous baignons dans une culture à forte dominante extravertie ? De plus, n’avons-nous pas entendu de savants propos assimilant les rêves à des bizarreries, pire en les comparants à des états psychiatriques, voire schizophréniques (10). Auto-analyser ses propres rêves n'est possible que si une empathie particulière nous relie à la source sensualiste de notre savoir sur nous-mêmes avec celui qui peut émerger de l’étude de ses propres rêves. Ce savoir se manifeste ainsi : « soudain je comprends que, ou il me semble que…». Les scénarios oniriques susciteraient de nouveaux « chemins » qui se créeraient en incitant le rêveur à les emprunter, ils se créeraient alors en marchant. L’énaction onirique inaugurerait de nouvelles dispositions cognitives incitant le rêveur à se libérer d’empreintes inhibantes épigénétiquement. La théorie de l'acte de connaissance sur soi qui nous guide se fie à ce que le corps ressent en réciprocité avec son corps-psychisme en co-développement et co-émergence avec l’intelligence cognitive incarnée et réflexive du rêveur. On réfléchit avec son corps tout entier.

Le travail sur les rêves dans le laboratoire du psychothérapeute qui circonscrit un espace de liberté permet l’accueil du matériel onirique. Le patient est amené à relater en première lecture les images présentées dans son rêve, il rapporte une présentation. Elle permet d’extérioriser une dimension inconsciente et entraîne sa mise « à distance ». C’est le rêveur qui appréhende ses images d’une manière sensualiste, en évaluant leur valeur énergétique et sémantique. Il s’effectue ainsi une sorte de lecture empathique de l’image considérée dans ses dimensions énergétique et symbolique. Le travail d’interprétation incombe au rêveur-analysant qui sait préalablement qu’un rêve émerge très souvent en fonction de la vie quotidienne du rêveur. Celui-ci contextualise alors son rêve. La validité de l’interprétation est évaluée par lui. Le thérapeute accompagne ce travail sans en modifier le processus qui permet la prise de conscience. Celui-ci peut aussi se référer à une théorie préexistante, les enseignements de Jung, en ce qui nous concerne, sans en perdre toutefois son sens critique. En l’occurrence, voyons quelle valeur le psychanalyste suisse accorde-t-il à l’image onirique ? « L’image est donc à la fois une expression de la situation momentanée du conscient et de l’inconscient. On ne peut par conséquent l’interpréter ni par l’un ni par l’autre pris séparément, mais uniquement en tenant compte de leur rapport réciproque ». (11)

L’analysant devient quant à lui autonome car c’est lui qui évalue la pertinence de ses analyses. Le thérapeute peut suggérer des pistes de réflexion en ayant pris soin de marquer son humilité car, la vérité dans ce domaine est subjective, parce que incarnée (2), et doit donc transiter par l’assentiment du rêveur. Une porte devrait s’ouvrir vers son autre « soi-même » qui frapperait chaque nuit au seuil (de sa) de notre conscience.
Sans que nous en soyons conscients, les rêves nous influenceraient très souvent à notre avantage adaptatif. Ils auraient été sélectionnés pour nous aider dans notre quotidienneté tout en restaurant notre identité. Freud, ne disait-il pas : « Nous pouvons espérer parvenir, par l’analyse des rêves, à connaître l’héritage archaïque de l’homme, à découvrir ce qui est psychiquement inné », (13), (1900), p. 467.
… /…

Eléments de bibliographie :


(1) Damasio A, L’autre soi-même, Odile Jacob, 2010.
(2) Varela J. F, Thompson. E, et Rosch. E, L'inscription corporelle de l'esprit, Seuil, 1993.
(3) Picq P, Darwin, Freud et l’évolution, p 36 à 49, « Psychanalyse : les dessous du divan », in Sciences… et pseudo-sciences, N° 293, Hors-série, Décembre 2010.
(4) Roy J-M sous la dir, Peut-on se passer des représentations en sciences cognitives ? Ed de boeck, 2011.
(5) Paulus F, « Individuation, Enaction, émergences et régulations bio-psycho- -sociologiques du psychisme », Paris 7. Thèse de Doctorat dde psychologie soutenue le 30 juin 2000, voir (12) son introduction.
(6) Jung.C.G, L'Homme à la découverte de son âme, Ed du Mont-Blanc. 1962, Ed Payot, 1972.
(7) Jouvet.M, Le sommeil et le rêve, O.Jacob, 1992.
(8) Il nous faudrait préciser ce que l’on peut entendre par « hérédité psychologique », nous laisserons de côté pour l’instant cette question.
(9) Laborit.H, L'inhibition de l'action, Masson, 1981.
(10) Gottesmann C, « Une schizophrénie quotidienne ? A la recherche du dénominateur commun entre rêve et délire », p 96-97, in « Le sommeil et le rêve », La Recherche Hors série, n°3 avril 2000.
(11) Jung C.G, Types psychologiques, Georg, 1983, p. 433.
(12) http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2001/juin/paulus.html
(13) Freud S, L’interprétation des rêves, Puf, 1967-1987.


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