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Sciences, Technologies et politique
L'Amérique de plus en plus offensive dans la cyber-guerre
Jean-Paul Baquiast 07/10/2012

Dans un article du 2 octobre, le chroniqueur politique américain généralement considéré comme « modéré » Arnaud de Borchgrave attire l'attention sur ce qu'il nomme un cyber-Pearl Harbour qui menacerait l'Amérique.

Il fait allusion à des informations publiées par le Seattle Times selon lesquelles des hackers provenant du Moyen-Orient auraient récemment perturbé les opérations des plus importantes institutions financières américaines. Un groupe s'intitulant Izz ad-Din al-Qassam Cyber Fighters aurait ainsi bloqué pendant plusieurs heures les transactions locales et relations-clients de l'U.S. Bancorp and Bank of America

Cela n'est pas nouveau, rappelle Arnaud de Borchgrave. Il y a cinq ans déjà, le responsable pour la technologie de Goldman Sachs aurait signalé avoir déjoué plus d'un millions d'intrusions dans ses fichiers en un seul jour. Aujourd'hui, le Pentagone, selon un expert s'exprimant à titre officieux, recenserait plus de 6 millions de telles intrusions pas jour. Le réseau de communication interne du Pentagone aurait même été paralysé pendant 48 h. Des activistes islamiques auraient promis que ces attaques continueraient tant que les Etats-Unis n'auraient pas retiré du web le film controversé L'innocence des Musulmans. Ceci est évidemment impossible puisque ce dernier est devenu viral.

Ces chiffres paraissent considérables. Il est difficile de juger de leur validité car les sources sont classifiés, tant en ce qui concerne les attaques déjouées que celles ayant réussi. On peut penser cependant que le développement continu des opérations en ligne et plus généralement des réseaux internationaux générera quasi spontanément des attaques aussi diverses que pouvant être génératrices de graves dégâts. Toutes les infrastructures civiles liés au fonctionnement même des sociétés modernes sont devenus fragiles; télécommunications, énergie, trafic aérien... L'anonymat des auteurs peut d'ailleurs susciter des manipulations d'origine interne. Il est inévitable que du sein même des sociétés développées, des oppositions se développent sous la forme, non seulement de divers piratages « anonymous », mais du cyber-terrorisme. Le Moyen-Orient n'en sera pas la seule origine possible.

Un "surge offensif "

Mais les Etats-Unis et Israêl, sans le reconnaitre officiellement, ont de leur côté engagé depuis plusieurs mois une cyber-guerre offensive. Ce fut notamment contre l'Iran, cible de plusieurs virus très agressifs (Flame et Stuxnet), qui retardèrent les opérations d'enrichissement de l'uranium menées par ce pays. Ils contaminèrent à l'occasion d'autres utilisateurs. On peut supposer que bien d'autres virus ont été diffusés ou sont en préparation. Plus généralement, comme nous l'avons montré dans divers articles, tous les réseaux internet civils non américains, notamment en Europe, sont régulièrement enregistrés et analysés afin de dresser des listes de cibles pouvant intéresser la sécurité nationale et, tout autant sinon davantage, l'espionnage économique. S'il ne s'agit pas de guerre offensive, on peut difficilement qualifier de telles opérations d'amicales. Les autres pays, grands ou petits, font évidemment de même.

La mobilisation américaine ne fera que se renforcer. Récemment, s'exprimant au Woodrow Wilson International Center lors d'une conférence consacrée aux cyber-menaces, le Gal d'armée Keith B. Alexander, chef de l'U.S. Cyber Command (et aussi directeur de la National Security Agency), a mis en garde contre des attaques visant dorénavant non seulement à espionner ou perturber des réseaux vitaux, mais à les détruire. Il a dressé une liste impressionnante de tous les centres nerveux qui pourraient désormais se trouver neutralisés, à commencer par ceux des banques et bourses d'échange. De plus, selon la sénatrice Collins, précédemment présidente du Homeland Security Committee, de telles attaques ne seraient que le sommet de l'iceberg. Ce serait en fait toutes les informations techniques et commerciales des entreprises et des services publics qui seraient pénétrées.

Les avocats américains de la cyber-guerre mettent en balance les $trillions de dépenses civiles et militaires consacrés à des opérations sans issues en Irak et en Afghanistan et le peu de moyens dédiés aux réarmements nécessaires dans le domaine des réseaux. Il est vrai qu'un nombre croissant de start-up très influentes veulent bénéficier ainsi de crédits fédéraux qui n'iront plus aux industriels classiques de l'armement. Ils espèrent que le prochain président des Etats-Unis orchestrera un massif « surge » dans ce secteur pour compenser les retards prétendus pris par l'Amérique. Obama a déjà fait connaître son soutien à ces demandes

La Darpa quant à elle n'a pas attendu et vient de lancer une vaste plate-forme permettant d'élaborer des capacités offensives dans le cyber-espace.

Les Européens, tant dans les secteurs de la défense et de l'espace que pour ce qui concerne leurs capacités industrielles, doivent en conséquence s'attendre à une aggravation massive du retard qu'ils ont déjà accumulé dans ce domaine. Tout laisse présager qu'ils seront les premières victimes du « surge offensif » qui se prépare outre-atlantique. En sont-ils bien conscients? On peut en douter