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Sciences, Technologies et politique. Israël et le Moyen-Orient dans la guerre des missiles
Jean-Paul Baquiast, Maurice Ronai 29/11/2012




L'image ci-dessus représente assez bien l'avenir qui attend Israël, tel qu'un certain nombre d'experts militaires de l'Etat hébreu commencent à l'envisager. Les Etats voisins d'Israël sont en train de se doter de missiles beaucoup plus efficaces et nombreux que ceux utilisés jusqu'à présent.

Il s'agit d'abord de l'Iran avec ses missiles balistiques Shehab-3 en passe d'être remplacés par une version améliorée, les Sejjil-2. Les Palestiniens semblent par ailleurs être en mesure de lancer en quelques minutes des centaines de roquettes de moyenne portée du type Grad et Fajr-5s (iraniens), ainsi que de Fateh 110 et Zelzal, à partir de Gaza et des autres frontières. Le Hezbollah en acquiert constamment de nouveaux exemplaires, aux performances améliorées. Apparemment les Palestiniens ne rencontrent aucun problème d'approvisionnement ni de financement.

Les Israéliens se sont félicité du succès rencontré lors de la dernière offensive par leur système anti-missiles dit Iron Dome. Certains observateurs ont contesté l'efficacité de celui-ci, au vu du petit nombre de roquettes effectivement interceptées. Mais les Israéliens répondent que, pour des raisons d'économie, ils n'ont effectivement détruit en vol que ceux représentant un risque immédiat. Ils ont laissé les autres se perdre en mer ou au dessus du désert. Les 1.500 roquettes palestiniennes "n'ont tué que 3 Israéliens". Iron Dome n'a été obligé de n'en détruire que 421.

Iron Dome est produit par la firme israélienne Rafael Advanced Defense Systems de Haifa, avec un soutien technique et logistique de Washington. Le gouvernement présente le système comme un Game changer, un élément modifiant à son profit le jeu stratégique. Mais il faut bien voir que, comme toujours en matière de guerre de 4e génération, les roquettes palestiniennes sont bon marché et faciles à utiliser, ce qui n'est pas le cas des anti-missiles de Iron Dome.

De plus, les nouvelles générations de missiles palestiniens qui seront importées d'Iran, de Syrie ou de Russie obligent Israël à mettre en place une version beaucoup plus efficace de barrage, baptisée du nom de David Sling. Mais celui-ci ne sera pas pleinement opérationnel avant 3 ans. Il nécessitera une assistance technique américaine beaucoup plus étendue, notamment de Raytheon. Ceci fait sans doute l'affaire du lobby militaro-industriel outre Atlantique, mais pas nécessairement du budget fédéral US. De plus, que se passera-t-il dans l'intervalle, notamment si l'Iran, se jugeant menacée ou éventuellement attaquée, entrait dans la danse?

Ces divers éléments laissent penser, contrairement aux prétentions des faucons (hawks) conseillant le gouvernement israélien, que la guerre des missiles, c'est-à-dire la course en ce domaine à des armements de plus en plus perfectionnés et nombreux, ne sera pas forcément gagnée par Tel Aviv. Il s'agit d'un point que les diplomaties européennes ne devraient pas sous-estimer. D'autant plus que les Européens continuent à subir les pressions américaines pour se doter (à leurs frais) du BMDE (ballistic missile defense in Europe) dont d'ores et déjà l'efficacité future est contestée.

Jean-Paul Baquiast


La question posée à Israël nous éclaire sur les limites d'une réponse militaire et technologique (les batteries anti-roquettes) à un problème qui reste fondamentalement politique.

1. On voit clairemment l'impasse dans laquelle se trouve Israël face à la chute des coûts des roquettes, sur fond d'amélioration progressive de leurs performances.

Dés lors que le Hamas dispose de roquettes, Israel a le choix entre trois réponses, toutes désastreuses:

- des représailles aériennes, avec dégâts collatéraux pour les populations civiles.

- des interventions au sol pour détruire les lance-roquettes (par ailleurs très mobiles et faciles à cacher). Mais le coût politique en est élevé, sans pour autant tarir la source iranienne d'approvisionnement des roquettes. Il faut répéter régulièrement ces interventions, ce que les Israéliens nomment " tondre la pelouse".

- des batteries antiroquettes, mais pour un coût croissant: le tir de deux missiles Tamir destiné à abattre une roquette coûterait environ 100.000 dollars alors qu’une roquette ne coûte que quelques centaines de dollars.

2. Cette asymétrie roquettes/antiroquettes n'est pas sans enseignements pour nous, Européens. Et pour la France, singulièrement, qui avait fait le choix de la dissuasion.

Ce qui se passe autour des roquettes préfigure ce qui se risque de se produire, technologiquement, autour des missiles balistiques : chute des coûts et montée en performance.

La France avait longtemps refusé de s'engager, à la suite des Etats-Unis, dans la course aux technologies antimissiles.
Depuis qu'elle est retournée dans le Commandement Intégré de l'OTAN, elle s'implique, de plus en plus, dans la mise en place d'un bouclier anti-missiles.
(Sans que Thales, bénéficie, en retour, de contrats, comme le note le Rapport Védrine )
http://fr.slideshare.net/Atlantico_fr/rapport-vdrine

3. Lorsque Reagan avait lancé le programme Guerre des Etoiles, les scientifiques (et les écrivains de science-fiction) américains avaient formulé deux objections:

- "On n'y arrivera jamais" : Or ils ont peut être surestimé les problèmes posés.: il semble bien qu'un grand nombre de difficultés techniques aient été surmontées.

- "même si on y arrive, il sera toujours possible pour une nuée de missiles de saturer les capacités de réponse du bouclier". Or cette seconde objection semble toujours valide.


Maurice Ronai

 

 

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