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Editorial. Pour un gouvernement qui en aurait, il serait encore temps
de nationaliser Mittal en France

07/12/2012 Par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

Ou bien l'actuel gouvernement français est ce que beaucoup le soupçonnent d'être, une caution de gauche pour les intérêts financiers internationaux qui veulent tuer ce qui demeure en France d'interventionnisme économique, ou bien il voulait sincèrement négocier avec Mittal pour sauver l'outil industriel.

Dans ce cas, il serait encore temps pour lui de reconnaître qu'il s'est fait "enfumer", selon les termes des syndicalistes. Il serait encore temps pour lui de revenir sur l'"accord" avec Mittal et remettre en selle les perspectives de développement de la filière acier que les bons connaisseurs du secteur avaient étudiées et qui supposent une nationalisation, au moins temporaire des aciéries.

Les arguments pour une reprise de l'offensive sont de plus en plus nombreux, comme le montrent les discussions ayant suivi la capitulation honteuse devant Mittal.
Résumons les principaux :

- l'acier est et sera de plus en plus à l'avenir un secteur porteur de nombreux développements rentables, soit à l'état brut (nous avons évoqué ici précédemment les futurs besoins en équipement contre la montée des eaux à prévoir dans la décennie, ou pour le bâtiment), soit sous la forme des nombreuses améliorations, applications et sous-produits étudiés par les laboratoires, à une époque où les plastiques ne pourront plus tout faire ;

- la proximité de la mer pour l'importation des minerais n'est pas une condition indispensable au bon fonctionnement d'un site existant, disposant d'une main-d'oeuvre et de l'activité économique locale associées. Les coûts de transport terrestres sont finalement mineurs par rapport aux coûts d'une désindustrialisation ;

- s'il s'avérait possible de développer une séquestration du CO2 dans le cadre d'une politique européenne, ce serait très bien, mais il ne faut pas y voir dans l'immédiat une condition indispensable à la survie de l'acier français ;

- le débat sur les repreneurs n'est pas déterminant. Sans doute ceux envisagés par Arnaud Montebourg seraient-il intéressants et intéressés, mais si l'Etat français décidait d'investir et de développer le secteur, les repreneurs ne manqueraient pas. On pourrait même envisager une démarche coopérative ;

- contrairement aux affirmations des idéologues du patronat, la décision de nationaliser aurait des retombées politiques très fortes en Europe, y compris au sein des institutions européennes soi-disant acquises au néo-libéralisme. Elle donnerait à tous les industriels et tous les syndicats, ici et dans le reste de l'Union, l'assurance qu'en cas de difficultés dues non à leur mauvaise gestion éventuelle, mais à la capitulation devant la mondialisation, les Etats ne les abandonneraient pas.

- enfin, quant aux coûts imposés aux budgets publics, et prétendument aux futures générations françaises, il s'agit d'une véritable plaisanterie, ou plutôt d'une escroquerie intellectuelle délibérée. Le coût des investissements sera marginal, il pourra être en quelques années remboursé par les futurs retours sur investissements et les économies résultant de ne plus avoir à financer les dégâts de la désindustrialisation (surtout s'il bénéficie d'avances à taux zéro de la Banque centrale européenne). Plus généralement, il est temps maintenant, dans toute l'Europe, de se poser la question: abandonnerons-nous toutes activités productrices, y compris l'agriculture ou la recherche, sous prétexte que des aventuriers comme Mittal ou des fonds chinois prétendraient pouvoir les mener à moindre coût ailleurs ou même chez nous en faisant appel à la main d'oeuvre asiatique. Garder nos atouts industriels vaut bien d'accepter quelques différentiels de coûts ;

- mais pour que de telles stratégies réussissent en France, il faudrait une vraie révolution sociologique, au niveau même des services publics et de l'administration. Il serait nécessaire, par exemple, de ne pas laisser agir sans contrôle populaire ceux qui dans les Grands Corps prétendent tout savoir et en profitent pour se créer des rentes indues. Ainsi l'un des signataires du présent article, ancien élève de Science Po Paris, est par exemple attéré de voir ce qu'en quelques années ont fait de cette Ecole des incompétents et profiteurs venant du coeur même de l'Etat. Si ce devait être à de tels gens que l'on confierait l'avenir d'une sidérurgie française nationalisée, il vaudrait mieux laisser opérer Mittal.