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Sciences et politiques.

La rouille, un nouveau producteur d'énergie renouvelable ?
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 01/02/2013


Un

Un nombre croissant de travaux scientifiques visent à proposer des méthodes économiques et facilement généralisables, y compris dans le tiers-monde, pour utiliser la lumière solaire comme source d'énergie principale. Mais pourquoi ne sont-ils pas encouragés par les pouvoirs publics, dispensateurs principaux des crédits de recherche ? Parce que, en amont des pouvoirs publics, s'exerce la pression infatigable des intérêts industriels, sociologiques et finalement politiques visant à conserver sans changements la production et la consommation des énergies fossiles.

Les représentants des intérêts pétroliers et gaziers ont beau jeu de faire valoir qu'aucune des méthodes aujourd'hui mises en oeuvre et proposées pour produire de l'énergie renouvelable à partir du solaire n'ont une efficacité suffisante pour remplacer charbon, pétrole et gaz dans leurs différents usages. Tout au plus couvriront-elles à terme une petite moitié de la consommation actuelle. C'est exact dans l'immédiat, mais qu'en serait-il dans quelques années si nos sociétés faisaient ce qui est de leur devoir, encourager les scientifiques qui développent actuellement des solutions susceptibles de renvoyer rapidement charbon et pétrole au musée de l'histoire des techniques ?

Plusieurs équipes se sont attaquées à ce problème et mettent en démonstration des solutions. L'une des plus prometteuses consiste à utiliser un matériel universellement répandu, l'oxyde de fer, autrement dit la rouille, pour servir de photorécepteur. Etalée en fines couches sur de grandes surfaces, la rouille peut produire à partir des photons lumineux un flux suffisant d'électrons. Ceux-ci électrolyseront de l'eau afin d'obtenir de l'hydrogène (l'oxygène étant un sous produit de l'opération). Restera à recueillir cet hydrogène pour l'affecter aux multiples usages que l'industrie lui destine déjà. Comme le décrit l'article du NewScientist cité en référence ci-dessous, ce processus qui paraît simple nécessite encore de nombreuses recherches pour produire suffisamment d'énergie à des coûts compétitifs. Il a pour atout majeur le coût insignifiant de la rouille.

On notera avec intérêt que les organismes qui explorent ce domaine ne sont pas financés par les grands groupes pétroliers. Ils sont marginaux dans le domaine de l'énergie. Faut-il s'en étonner. Citons notamment l'Institute of Chemical Sciences and Engineering, Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne et le Department of Materials Science and Engineering, Technion, Israel Institute of Technology, Haifa. Il est évident que si ces chercheurs disposaient de crédits plus importants et d'un minimum de soutien politique, leurs travaux pourraient progresser plus vite et l'énergie solaire non photosyntétique pourrait rapidement devenir une réalité mondiale.

Un monde ossifié

Mais ceci ne se fera sans doute pas... que les fanatiques du pétrole et du charbon se rassurent. Les intérêts de toutes sortes liés à ces sources d'énergie traditionnelles sont si puissants, si liés à l'organisation même de nos sociétés, qu'ils continueront encore longtemps, peut-être jusqu'à l'effondrement final, à imposer leurs pratiques. Les écologistes américains en donnent un exemple. Selon eux, Barack Obama serait sur le point d'autoriser - et malgré les risques - la mise en place du pipeline intercontinental qui permettra de transporter vers le golfe du Mexique l'un des pétroles les plus polluants qui soit, celui extrait des schistes bitumineux de l'Alberta. Ceci coûtera des centaines de millions de dollars, sans compter les risques majeur pouvant provenir de la pollution d'un des plus grands aquifère du continent, l'Ogallala, approvisionnant en eau plusieurs Etats américains souffrant de sécheresse chronique.

Le professeur allemand Hans Schellnhuber, directeur du Postdam Institute for Climate Impact Research a consacré une étude sur l'ossification de la société résultant du refus de toute évolution qu'impose les intérêts industriels et financiers dominants (PNAS, DOI: 10.1073/pnas.1219791110) Il compare cette lock-in dominance à la sclérose qui affecte certains cerveaux vieillissants. Pour faire évoluer ces blocages catastrophiques, il propose que leurs conséquences en matière d'environnement soient imputées en totalité aux actionnaires des compagnies coupables. Il ne croit guère à l'intervention de politiques publiques plus générales. Mais qui décidera de poursuivre les actionnaires, sinon les parlements ou gouvernements capables d'émettre les lois nécessaires. On peut douter qu'ils le fassent jamais, car ils sont eux-mêmes tout à la fois artisans et objets du blocage.

Sources
* New Scientist : Naomi Lubick, Midnight sun
* Nature photonics : Highly efficient water splitting by a dual-absorber tandem cell
* Nature : Resonant light trapping in ultrathin films for water splitting
* Environmentalresearchweb :
PNAS Shareholder responsibility could spur shift to sustainable energy