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Sciences humaines. L'étrange cas du patient D. Essai d'approche scientifique.
Texte en discussion
Jean-Paul Baquiast 05/03/2013

Introduction

En matière de sciences humaines, sociologie et psychologie notamment, le concept de science est difficile à définir. Il l'est bien plus que dans les sciences dites exactes. Vu cependant la prolifération des propos et des écrits s'autorisant d'une approche scientifique à propos des pratiques sociales et des comportements individuels au sein de ces pratiques, un minimum de scientificité devrait être demandé à tout auteur voulant faire des hypothèses dans ces domaines.

Que serait en ce cas une approche méritant d'être considérée comme scientifique. Nous n'avons évidemment pas ici de titres pour en décider souverainement. Tout doit être discuté. Bornons nous à proposer les critères suivants, que nous essayons de respecter dans d'autres études publiées sur ce site:

* S'appuyer sur les principes de la science expérimentale telle que mise en oeuvre (non sans difficultés) depuis au moins un siècle dans les sociétés européennes: critique permanente des faits dits d'observation et des hypothèses qui en sont tirées, prudence dans l'élaboration de lois ou règles dites « objectives » censées organiser ces hypothèses dans des ensembles de connaissances générales, effort pour relier ces ensembles à toutes les connaissances déjà disponibles dans les milieux scientifiques concernés, organisation enfin de débats sur les propositions élaborées. Ces débats, malgré les difficultés pratiques, doivent être ouverts non seulement aux scientifiques et experts mais au grand public A cet égard, l'Internet, malgré ses défauts, doit être utilisé sans hésitation.

* Jouer au maximum le jeu de l'objectivité de l'observation. Nous sommes de ceux qui pensent que nul observateur n'a de titre à se prétendre complètement objectif, particulièrement dans les sciences humaines qui l'impliquent plus qu'il ne croit souvent lui-même. Se prétendre objectif, autrement dit se prétendre capable de décrire un réel existant en tant que tel, sans mettre de soi dans cette description, est de plus en plus refusé par l'ensemble des sciences, depuis la mécanique quantique et la physique macroscopique jusqu'aux sciences de la vie et aux sciences humaines. Le "réalisme" puisqu'il s'agit de lui, est une prise de pouvoir, consciente ou inconsciente, sur les esprits qui condamne tout progrès scientifique.

L'observateur peut et doit cependant préciser qui il est, quels sont ses motifs, quelles sont ses méthodes. Plus précisément encore, il devra s'efforcer de préciser ce qu'il estime être, selon l'expression juridique, son intérêt à agir. Tous ces préalables, convenablement remplis, devraient lui permettre lui d'organiser un consensus dit intersubjectif autour de ses hypothèses et propositions. Comme bien évidemment ce regard de l'observateur sur lui-même sera nécessairement biaisé, le devoir de scientificité imposera à ce même observateur de faire connaître et si possible faire discuter les raisons l'autorisant à émettre des propositions ayant un caractère quelque peu général.

* Avoir, si ces conditions sont satisfaites, le courage de ses opinions. Autrement dit, ne pas céder, quels qu'en soient les risques encourus, au terrorisme intellectuel (terrorisme politique, dans certaines sociétés) imposant une pensée dite officielle, que ce soit pour des raisons religieuses ou de convenance sociale. Il conviendra seulement de respecter en formulant ses opinions, le cadre légal en vigueur dans la société civile à laquelle on appartient.

Tous les documents ou témoignages ne paraissant pas respecter les caractères de l'approche scientifique que nous venons de proposer doivent-ils être rejetés? Évidemment non. Mais il faut les considérer comme ce qu'ils sont: des éléments (on pourra parler de faits d'observation) méritant d'être recueillis et critiqués. Ils pourront servir de matériaux dans la construction d'hypothèses susceptibles d'être élaborées par tous ceux s'efforçant de proposer des vues plus scientifiques de la société ou des personnes auxquelles font référence les auteurs de ces documents et témoignages.

Premières remarques concernant le cas du patient D

Venons en maintenant à ce que nous pourrions écrire à propos de ce que nous appelons ici le cas du patient D, qui est aussi en fait le cas de la docteur MI, auteure d'un diagnostic qui a beaucoup fait parler. Pourquoi d'abord ces initiales ? Parce que, s'agissant d'un domaine où sévit une procédure déchaînée, nous voulons préserver notre liberté d'auteur. D et MI sont pour nous de simples artefacts à rôle pédagogique. Que ceci soit bien clair.

Maintenant, précisons notre intérêt à agir, conformément à ce que nous avons demandé ci-dessus à tout auteur se voulant scientifique. Les deux cas, D et MI sont deux d'une grande richesse. Un Freud en aurait tiré des volumes. Bien que n'étant pas Freud, nous avons suffisamment de bases scientifiques pour espérer en dire un peu plus qu'un éditorialiste de la grande presse – ceci d'autant plus que ces éditorialistes ont paru jusqu'à ce jour se désintéresser de toute approche pouvant se rattacher aux sciences humaines et sociales. Dans l'intérêt, sinon de la science avec un grand S, du moins d'un minimum de scientificité, telle que définie en introduction, nous pensons donc utile de présenter sur ce site quelques commentaires comblant les manques de la critique actuelle.

Bien évidemment, ce faisant, nous essaierons de donner de nous une bonne opinion, en tant qu'auteur et éditeur. Pas d'intérêt, pas d'action. Mais ce faisant, nous n'avons pas d'intérêt commercial, puisque nous publions nos textes en libre-accès gratuit et sans publicité. Nous chercherons donc seulement à rester conformes à la modeste réputation de scientificité acquise par notre site, en n'esquivant pas un sujet qui paraît relever de l'analyse scientifique, tout autant que, par exemple, d'éventuelles modifications de la gravité au sein de certains galaxies.

Le cas D.

Le cas D est suffisamment connu pour justifier notre intérêt. Qu'est-ce qui a poussé ce sujet D à agir comme il est réputé l'avoir fait? Malheureusement, au delà des explications un peu faciles, un besoin d'ascension sociale et de pouvoir politique conjugué avec un désir compulsif de s'affirmer à l'égard de certaines femmes, nous n'avons guère d'éléments pour approfondir ses motivations. Ne l'ayant jamais approché, n'ayant jamais bénéficié de ses confidences, à supposer qu'il ait eu la clairvoyance de s'être confié de façon utilisable à certaines personnes, nous ne pouvons pas en dire grand chose. Faut-il cependant ne rien dire? Certainement pas.

Il convient en effet de signaler que son cas mériterait d'être approfondi car il est révélateur de phénomènes dont chaque citoyen subit les conséquences sans arguments pour les comprendre. Comment le besoin addictif de dominer les femmes retentit-il sur la vie sexuelle et sociale de beaucoup d'hommes, leur interdisant toute reconnaissance, de facto sinon de jure, de l'égalité des droits entre les sexes? Quelles frustrations présentes ou anciennes ce désir de dominer est-il censé combler? Comment se reproduit-il à travers les médias? Quels risques le sujet est-il prêt à courir pour satisfaire ce besoin? Ces questions présentent, outre l'aspect anthropologique, un intérêt politique non négligeable. Comment l'exercice du pouvoir politique par un homme d'influence est-il modifié, souvent à l'insu des électeurs, par de telles addictions? Peut-on confier un mandat représentatif important à des individus ainsi fragilisés?

En termes d'éducation collective ces questions doivent également être posées. Tout devrait être fait aujourd'hui, dans les sociétés européennes démocratiques et se voulant féministes, pour éradiquer les traditions religieuses ou sociétales qui institutionnalisent le « droit divin » des hommes à dominer sur tous les plans les femmes. Considérer avec indulgence le comportement d'un sujet socialement en vue tel que D, qui obéit sans être capable de se contrôler à ses pulsions dominatrices, voire qui les revendique, est devenu socialement inacceptable. Même si le droit en vigueur ne permet pas de réprimer de tels comportements, un minimum de responsabilité sociale imposerait aux hommes et aux femmes disposant d'une certaine capacité d'expression de les condamner moralement. Il va de soi que divers pratiques s'en inspirant, telles en premier lieu la prostitution, devraient faire l'objet du même rejet. N'en disons pas plus ici car le thème est déjà suffisamment discuté aujourd'hui.

Il est évident que, lorsque l'on s'intéresse, tel l'auteur de ces lignes, à la sexualité, la sienne et celle des autres, on aimerait en connaître davantage sur celle, vécue et imaginaire, d'un personnage ayant défrayé la chronique. Mais pour cela, il faudrait se mettre dans le rôle d'un psychologue consultant, auquel D accepterait de se confier. Ceci n'étant pas possible, il faut se rabattre sur les confidences de tierces personnes, telles que MI ou d'autres femmes l'ayant approché intimement. Malheureusement, là encore, nous en resterons sur notre faim.

L'étonnnant diagnostic de la docteure MI.

On pouvait espérer que la « docteure » MI, qui fait profession de philosophe, aurait pu profiter de son intimité avec le « patient » D pour proposer à son propos un minimum de diagnostic scientifique. La lecture de l'essai à lui consacré est malheureusement décevante, tout au moins en ce qui concerne le cas D. Il est beaucoup plus riche par contre en perspectives sur le cas de MI elle-même.

Concernant D, nul ne peut distinguer entre des observations relativement objectives et des affabulations. Ce mélange est d'abord évident concernant les rares descriptions de rapports sexuels, se terminant par le cannibalisme de l'oreille. Cette scène, si elle était vraie, mériterait plus de commentaires que ceux consentis par l'auteur. L'évoquer comme en passant est véritablement se moquer du lecteur y compris du citoyen qui aurait pu, à quelques jours près, élire un personnage capable de telles voies de fait. Mais si elle était fantasmée, prétenduement symbolique, la scène devrait interdire à MI toute prétention à une analyse quelque peu objective.

Les féministes, auxquelles nous avons toujours souhaité nous associer, devraient de la même façon prendre leurs distances avec l'image que la docteure MI donne d'elle-même, tout au cours de son entreprise exploratoire. Elle se décrit comme passant au gré des évènements et sans vraies justifications, de la passion la plus totale, la soumission la plus complète, l'adoration la plus béate, au rejet le plus radical. Si toutes les femmes étaient comme elle, une suite d'impulsions imprévisibles, on comprendrait que les hommes s'en méfiassent, tant dans la vie privée que dans la vie publique. Heureusement, les femmes font montre, à notre connaissance tout au moins, de plus de caractère. De plus, le désir qu'a l'auteure de faire parler d'elle, de se vendre, quitte à contrefaire le minimum de vérité sur elle-même qu'elle est capable de percevoir, contribue à gêner beaucoup de femmes qui font, dans leur métier ou dans leur vie privée, profession de rigueur et de droiture.

Ajoutons pour terminer, qu'en tant que défenseurs des animaux, déjà trop accablés par les humains dans nos sociétés, nous ne pouvons laisser sans réagir les propos répétitifs par lesquels l'auteure de l'essai assimile le patient D à un porc – ou à un cochon, selon les chapitres. Le portrait symbolique qui est fait de cet animal est non seulement faux, mais dangereux tant pour les porcs que pour les humains qui s'identifieraient à ce portrait. Les scientifiques le savent, les représentant de la race porcine, Sus scrofa domesticus, sont des animaux aussi nobles que les autres, aussi nobles particulièrement que les sangliers, avec lesquels ils aiment à se croiser. L'auteur ne s'absout pas en se traitant elle-même de truie. Elle diffame ce faisant la truie et la femme.

Voilà donc toute une cuisine qui, on le voit, n'attire en rien notre sympathie.