Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 134
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubriques)

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).

 

Sciences politiques. Adrar des Ifoghas, un nom qui restera peut-être dans l'histoire.
Jean-Paul Baquiast 03/03/2013

Faut-il emboucher la trompette des détracteurs de tout, et plus particulièrement de ceux qui critiquent en permanence le gouvernement français (comme l'a fait récemment le bien mal inspiré Jean-Christophe Ruffin dans Le Point, déçu sans doute de ne plus être aux premières lignes).

Que disent-ils? Qu'il fallait (peut-être et à la rigueur) empêcher la prise de Bamako par les islamistes d'AQMI, mais qu'il fallait s'en tenir là, et ne pas aller les relancer dans le nord Mali. On les aurait prié bien gentiment de rester au sein du bastion qu'ils s'étaient construit dans cette zone, d'où ils auraient pu rayonner dans tout le Sahel et l'Afrique du Nord. Toujours selon le même Ruffin, François Hollande aurait eu tort de laisser faire les militaires français, qui eux voulaient pousser la reconquête précisément jusqu'au cœur des massifs du Nord, les Adrars. Tout ceci ne mènera, selon l'expression dont se gargarisent ces mêmes détracteurs, qu'à l'enlisement.

Mais enlisement dans quoi et comment? Pour le moment, les Français et les Européens découvrent avec stupéfaction une armée française capable de mener une campagne éclair, avec quelques milliers d'hommes et un peu de matériel, certes très efficace mais dont l'emploi impose des tours de force logistiques. Non seulement ces troupes ne se limitent pas au facile, c'est-à-dire courser des pick-up en zone découverte, mais elles vont au contact dans des zones particulièrement difficiles, où la résistance avait été de longue date préparée. La mort ce jour du caporal Charenton, que nous saluons, montre qu'il ne s'agit pas de promenades de santé. En contrepartie, présentement, les résultats sont là.

La France, de plus et c'est le plus important, n'intervient pas seule. Elle opère en liaison avec des troupes maliennes reconstituées mais aussi avec des alliés précieux et inespérés, les forces tchadiennes. Le président Idriss Deby (photo) du Tchad était peu connu en France. Il se révèle un grand homme d'Etat. Pas seulement parce qu'il soutient la France mais parce que, bien que musulman, il prêche chez lui la coopération entre toutes les religions et au delà la réconciliation et la paix civile. Souhaitons qu'il ne soit pas déçu, et qu'il ne nous déçoive pas.

Comme l'écrit l'agence Ecofin: "Ceux qui s’interrogeaient sur ce que le chef de l’Etat tchadien avait bien pu faire de l’argent du pétrole ont aujourd’hui un début de réponse : il a équipé son pays d’une armée redoutable qui, non seulement, le met à l’abri de mauvais coups extérieurs, mais qui vient également de prouver qu’elle est capable de contribuer efficacement à la sécurité du continent. Alors que la Cédéao tergiverse encore pour secourir un de ses membres, c’est le Tchad, membre de la CEEAC, qui a, non seulement répondu présent sans délai, mais qui s’est également exposé aux premières lignes, accusant des pertes humaines conséquentes ".

Les Français pour leur part, s'ils ont conservé un minimum de mémoire, savent tout ce que les Forces Françaises Libres ont reçu du Tchad et de la fraternité d'armes entre métropolitains et Tchadiens. En témoigne l'histoire glorieuse d'une unité mécanisée de l'Armée de terre française., appartenant aux troupes de marine, le régiment de marche du Tchad.

Aujourd'hui, c'est un peu de cette histoire qui paraît en train de revivre dans le Nord-Mali. Français et Tchadiens ont désormais des morts dans un même combat. Cele ne s'oublie pas. Nous voyons, avec sans doute un excès de naïveté, s'esquisser là, dans le Adrar des Ifoghas, ce qui pourrait être un grand projet de civilisation partagée entre l'Afrique et la France. Ajoutons, comme nous l'avions précédemment rappelé, que dans ce projet, face à un monde en crise, l'Algérie compte comme un point très fort. Lors d'un séjour malheureusement peu commenté en France, François Hollande avait affirmé que désormais le temps de l'amitié est venu. Le président Bouteflika a répondu sans ambages, et pas seulement en autorisant le passage des avions français au dessus de son territoire.

Souhaitons qu'un nouvel ensemble géopolitique puisse ainsi apparaître, rééquilibrant vers le sud de la Méditerranée et les sables sahariens, qui n'appartiennent pas aux seuls islamistes fanatiques, une Europe encore trop empêtrée dans son atlantisme.