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Sciences économiques. A quoi sert le G8?
Jean-Paul Baquiast 19/06/2013

 

En dehors du plaisir d'être ensemble, plaisir visiblement ressenti par le président Poutine, les Chefs d'Etat composant le G8, États-Unis, Russie, Japon, France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni et Canada, n'ont pas donné l'impression de prendre conscience de la nouvelle crise qui se prépare.

Ils se sont certes engagés à mettre en place un échange automatique d'informations, dans une déclaration commune rendue publique mardi. Il s'agit de l'échange de données bancaires et fiscales entre pays, sur tous les contribuables. Et ceci impliquant jusqu'aux paradis fiscaux et pays avec une tradition de secret bancaire.

Les mécanismes permettant une mise en application coordonnée de ces règles demanderont cependant de longs mois à entrer en vigueur, laissant aux personnes ciblées le temps de s'organiser autrement. De plus, parmi les points sur lesquels les résultats auraient pu être meilleurs, François Hollande a évoqué la fiscalité des multinationales et les registres des sociétés offshore « qui auraient pu être publiés » – et ne le seront donc pas. Tout ceci laissera sinon des paradis, du moins des niches variées permettant à l'évasion et à la fraude de se poursuivre.

L'agenda de la rencontre, en dehors de la question de la Syrie qui en son état actuel était insoluble, ne comportait pas pourtant une question qui aurait parfaitement pu être traitée, quitte à mordre un peu sur les compétences du FMI.

Beaucoup d'indicateurs montrent qu'une crise mondiale semblable à celle de 2008 se prépare. Mais elle sera pire, pour plusieurs raisons: les mesures de création de liquidités par les banques centrales (dite quantitative easing) qui avaient permis de renflouer un secteur bancaire en quasi faillite, ne seront plus possibles. Elles fonctionnent déjà à plein sans permettre d'amorcer de reprise. Leur seul effet est de générer de nouvelles bulles, ou d'en réactiver d'anciennes, qui éclateront à leur tour. Mais à ce moment les budgets publics épuisés ne pourront plus voler au secours des financiers spéculateurs. Par ailleurs, les grands émergents, qui avaient pris le relais des pays développées en 2008-2009, paraissent aujourd'hui très touchés par le crise. C'est le cas notamment de la Chine, où la croissance s'est beaucoup ralentie, pour des raisons de fond. Enfin, dans la plupart des pays, des mouvements de résistance populaire se généralisent. Même si les gouvernements les répriment plus ou moins sévèrement, ces mouvements ne contribuent pas à la reprise de la sacro-sainte confiance des investisseurs.

Au Japon, dont François Hollande avait lors de son passage vanté le redressement, le programme d'assouplissement quantitatif entrepris par la banque centrale n'aura sans doute que des effets temporaires. L'énergie et les matières premières font plus que jamais défaut. La baisse du yen a provoqué une forte inflation sur les produits importés (notamment le pétrole). Le Japon produisant très peu sur son sol n'en profite pas pour doper ses exportations. La bourse et de la monnaie japonaises enregistrent d'énormes mouvements spéculatifs qui déstabilisent toute la finance mondiale.

Mais le vrai responsable de la crise qui se prépare sera, comme en 2008, les Etats-Unis. Malheureusement, au lieu d'être mise en tutelle par une organisation internationale, comme le sont les pays européens au sein de l'Union, l'Amérique continue à ne servir que ses propres intérêts immédiats. L'administration fédérale à refusé de renoncer à jouer sur les liquidités créées par la Fed, même si celles-ci ne se montrent plus guère opérantes pour régler les questions structurelles. Par ailleurs, elle refuse toujours la moindre réforme du système monétaire international. L'Amérique a certes intérêt à continuer d'imposer le dollar comme pilier de celui-ci. Mais il s'agit d'un avantage immédiat, qui ne lui permet pas d'attaquer en profondeur ses vrais problèmes: désindustrialisation, dégradation des infrastructures, chômage endémique dans certains états. Aveuglée par l'euphorie nécessairement non durable provoquée par l'exploitation des gaz et pétroles de schiste, elle continue à refuser les réformes plus difficiles.

Dans un monde où les chefs d'Etat prendraient au sérieux les perspectives plus qu'inquiétantes du long terme, les membres du G8, préparant le prochain G20, auraient du aborder, ne fut-ce que d'un mot, les questions déterminantes de la lutte contre le réchauffement climatique, de la protection des ressources naturelles, de l'accroissement en flèche des inégalités entre riches et pauvres, sans mentionner la part excessive prise dorénavant par la finance dans le gouvernement mondial.

Mais seuls les naïfs pouvaient espérer voir des gouvernements enfermés dans leurs égoïsmes les dépasser pour envisager les problèmes du monde, quelle que soit leur urgence