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L'écoute des câbles sous-marins
Jean-Paul Baquiast 26/06/2013

Les câbles sous-marins en fibre optique, dont la France, entre autres, est devenue spécialiste, transportent d'un continent à l'autre la plus grande partie des échanges téléphoniques et Internet. Voir carte http://www.submarinecablemap.com/

Le 22 juin, Edward Snowden, que l'on ne présente plus, a révélé au Guardian que la gouvernement britannique « siphonne » les données circulant sur au moins 200 câbles transatlantiques touchant la Grande Bretagne à Bude en Cornouailles. Il s'agit du programme Tempora, conduit par les UK Government Communications Headquarters (CGHQ) à Cheltenham (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Government_Communications_Headquarters )

Outre les communications téléphoniques intercontinentales (qui ne se limitent pas à celles issues directement de Grande Bretagne) les écoutes portent sur les services de messageries (e-mails) assurés par Gmail, Yohoo, Outlook, les recherches faites auprès de Google et Yahoo, les MMS sur Facebook et Twitter. L'ONG Privacy International basée à Londres (Voir https://www.privacyinternational.org/) estime que les flux de données transatlantiques internationales transitant par la Grande Bretagne représentent 99% de telles communications au plan mondial. D'où leur intérêt pour l'espionnage. Les écoutes se font principalement à l'entrée et à la sortie des câbles, plus rarement lors du parcours sous-marin. Il a été dit cependant récemment qu'un sous-marin nucléaire américain avait été spécialisé dans cette tâche.

Contrairement au programme PRISM, précédemment révélé par Snowden, Tempora recueille l'ensemble des contenus de ces échanges. Ceci représente une avalanche d'informations, 21 millions de gigabytes par jour, dont 600 millions d'appels téléphoniques. Ces données sont analysées par 300 spécialistes des GCHQ et 200 homologues de la NSA. Ils sont secondés par des programmes intelligents de recherche qui procèdent à un premier tri.

Les données seraient en principe détruites après quelques jours, mais rien ne garantit qu'il en soit ainsi de toutes. Les autorités britanniques et américaines affirment procéder sous contrôle administratif et judiciaire. Mais le fait que les données soient mémorisées avant toute exploitation rend cette garantie illusoire.

Selon Snowden les GCHQ et la NSA visent à augmenter le nombre des câbles sous-marins espionnés, notamment dans leurs prolongements vers l'Inde et la Malaisie.

On remarquera que dans cette vaste entreprise de « wiretapping » ou espionnage des cables intercontinentaux, les services secrets de la Grande Bretagne travaillent la main dans la main avec leurs correspondants américains. Il s'agit de l'exemple le plus évident du « special relationship » . Il est probable que leurs collègues français, dont nous avons souligné la compétence dans ce domaine, opèrent séparément, mais que des échanges de bons procédés doivent exister.

De son côté, le Federal Intelligence Service allemand BND ne se prive pas d'espionner de plus en plus le téléphone et l'Internet. Ses services se renforcent considérablement depuis quelques mois. Il s'efforce aussi de lutter contre l'espionnage économique provenant du monde anglo-saxon et visant les entreprises allemandes (Voir World Socialist Web Site http://www.wsws.org/en/articles/2013/06/26/snow-j26.html )

Les révélations de Snowden vont certainement accélérer la diversification des routes maritimes sous-marines, déjà envisagée pour protéger les réseaux d'éventuels séismes et actes terrorismes. Mais la fibre optique restera la voie royale, compte tenu du coût et du faible débit des liaisons satellitaires.

Image: Cablier français Ile de Bréhat appartenant à Alda Marine, société unissant Alcatel et Louis Dreyfus Armateurs.