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Article
. Le tutorat robotique
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 28/11/2013

Appelons "tutorat" le rôle joué par un enseignant au profit d'élèves assistant à un cours ou rédigeant des exercices d'application. Il ne faut pas confondre cette fonction avec la rédaction du cours lui-même, qui suppose des compétences de fond et un savoir-faire pédagogique d'une autre nature. Le tutorat est indispensable en complément de la rédaction et de l'énoncé du cours. C'est généralement l'enseignant lui-même qui s'en charge, à l'égard des élèves assistant à son cours. Mais il peut être relayé dans cette fonction par ce que l'on nommait il y a quelques années un ou plusieurs "répétiteurs". Les répétiteurs, comme le maître lui-même, doivent s'assurer que les élèves ont bien compris le cours. ils doivent ensuite répondre aux questions posées et vérifier, voire noter la qualité des exercices auxquels se livrent les élèves.

Or avec le développement à grande échelle des cours en ligne accessibles gratuitement (MOOC ou Massive on line open course); il ne suffit pas de produire des cours. Il faut s'assurer que les milliers, voire des dizaines ou centaines de milliers d'étudiants ou élèves s'inscrivant à ces cours, comprennent bien ce qu'ils font et en tirent le profit attendu. Si la machine éducative peut trouver de plus en plus d'enseignants capables et désireux de produire des cours en ligne, le tutorat risquera de plus en plus d'être laissé en déshérence, faute de personnels éducatifs désireux de s'investir dans cette fonction pourtant essentielle.

Les cours en ligne étaient en effet jusqu'à ce jour repris et expliqués aux élèves dans le cadre de petits groupes "réels" et non "virtuels", généralement regroupés dans des locaux équipés permettant de diffuser de façon quasi individuelle la fonction de tutorat. Même si dans certains cas, la relation élève-enseignant peut se poursuivre à distance, elle suppose quand même une implication de l'enseignant limitant sévèrement le nombre des professeurs ou répétiteurs affectés à cette tâche essentielle. Ce seront donc des milliers voire des dizaines de milliers de tuteurs qu'il faudrait recruter pour assurer la "répétition" de cours en ligne appelés à se multiplier.

Il était inévitable que, devant l'impossibilité de satisfaire à cette exigence, les établissements diffusant des MOOC fassent appel à des solutions d'intelligence artificielle conjuguées avec des solutions robotiques. Un premier projet, conduit par les Dr Bilge Mutlu et Dan Szafir de l'Université du Wisconsin-Madison utilise un authentique robot pédagogue présentiel, le robot humanoïde japonais Wakamaru. Celui-ci sera formé, en interaction avec des élèves en chair et en os, afin de reproduire les gestes, intonations et modes d'expression d'un tuteur humain les mieux à même d'attirer l'attention des élèves lors de l'audition d'un récit ou de la compréhension d'un problème. Des observations précises faisant appel à l'imagerie cérébrale permettent d'étudier les réactions des élèves confrontés au robot pédagogue. Instruit par ces premières expériences, le robot pourra s'en inspirer pour étendre son champ d'intervention.

Cette solution, qui pourra se généraliser avec la multiplication des robots présentiels, sera cependant limitée par son coût. De plus elle n'est en pratique utilisable que dans une salle de cours, ou au sein de familles équipées. En conséquence, de plus en plus de chercheurs imaginent des solutions d'intelligence artificielle évolutive capables d'être distribuées par les établissements en accompagnement des MOOC et utilisées le cas échéant sur les tablettes individuelles. L'élève pourra en ce cas faire appel à des répétiteurs virtuels qui s'adapteront en souplesse à la grande variété des problèmes de tutorat à résoudre. Ceux-ci seront en principe différents, selon les propriétés de la matière enseignée et les demandes ou possibilité des élèves.

Que l'on se rassure, l'appel à ces agents logiciels ne supprimera pas le besoin de professeurs "humains" capables de superviser et améliorer le fonctionnement du tutorat robotique. Le chômage ne menacera donc pas cette estimable catégorie professionnelle, quelle que soit l'augmentation des cours et des tutorats en ligne.