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Sciences, technologies et politique.

Chroniques d’Alain Cardon

Deuxième chronique.La nouvelle année : la voie est ouverte vers Big Brother J
anvier 2014

Présentation par Automates-Intelligents (Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin)

Notre ami, le professeur d’informatique Alain Cardon, a accepté de rédiger pour nos lecteurs une série de chroniques étendant à la vie politique et sociale son expérience scientifique. Voici, ci-dessous, la seconde de celles-ci.

La lecture des ouvrages qu’il avait déjà publiés sur notre site, en open source, montre qu'il est expert en systèmes conscients, autrement dit en conscience artificielle. Mais il ne s’est plus limité ces dernières années à la modélisation de tels systèmes. Il s'efforce désormais de comprendre comment ils opèrent, souvent à notre insu, à l’intérieur du monde où nous vivons, pour le définir et nous définir nous-mêmes.

L’indignation (au reste très tempérée) qu’a provoquée ces derniers mois, grâce au lanceur d’alerte Edward Snowden, la façon dont la NSA et autres agences américaines de la cyber guerre, appuyées par les géants de l’Internet, oblige à nous interroger sur la logique anthropologique et politique animant ces forces politiques. Alain Cardon l’a fait pour sa part, comme le témoignent ses ouvrages précités. Mais la tâche n’est jamais terminée et il entend la poursuivre.

Il s'efforce désormais de comprendre les logiques biologiques pouvant sous-tendre de tels comportements, ceci depuis les origines de la vie. Ces recherches ne viseront pas à absoudre de toute responsabilité les pouvoirs politiques et économiques qui nous espionnent et nous formatent. Elles permettront cependant d‘abandonner, plus que jamais, les illusions du libre-arbitre et du volontarisme auxquelles nous pensons suffisant de nous raccrocher pour défendre ce qu’à juste titre nous ressentons comme nos valeurs civilisationnelles.

Concernant le fonds du présent texte, que nous approuvons évidemment sans réserve, une petite remarque nous paraît s'imposer. Ce ne seront pas les Forces Armées françaises qui bénéficieront en premier lieu des mesures de surveillance ici décrites, mais les services secrets de nos amis américains. Ceux-ci ont mis en place depuis longtemps dans nos systèmes les specific US-made components designed to intercept the communications, pour parler le jargon

Automates Intelligents.

La situation de notre pays, en ce début de nouvelle année, reste singulière. On peut faire deux appréciations, selon le champ de problématique choisi :
- d’une part, il y a l’appréhension que chacun se fait sur la situation de notre pays dans le monde, selon la réalité économique et financière, en se référant au passé. Mais cette appréhension ne peut plus du tout être semblable à celle que l’on avait dans la première moitié du XXème siècle, il y a bien longtemps, lorsque nous étions encore dans notre époque de puissance, dont la puissance coloniale. Nous étions au centre d’un monde géographique et économique que nous maîtrisions, au centre d’un monde où nous représentions et propagions certaines valeurs;

- d ’autre part, il y a la vie de chacun aujourd’hui, dans un pays où le chômage ne cesse d’augmenter et où la vie devient difficile, dans un monde où l’écosystème est en effondrement et où le climat se détériore radicalement. Chacun de nous se sent être un élément minuscule dans ce monde ultra-technologique de consommation qui a absolument tout submergé, et nous sombrons souvent dans la facilité d’user sans cesse des innombrables objets consommables, avec le besoin stérile de profiter de tout au maximum, souvent pour fuir la réalité du réel.

La France, notre pays, est devenue un petit pays dans un monde de concurrence absolue, un monde surpeuplé, submergé économiquement et technologiquement et où l’écosystème entier s’effondre dans l’indifférence des décideurs économiques et politiques, qui parfois se réunissent pour évoquer le problème sans rien décider.

Il existe encore dans notre petit pays des chercheurs créatifs et qui pensent, mais ils sont noyés dans la masse des innombrables techniciens et organisateurs très fortement formatés qui appliquent sans cesse des règles locales d’affrontement pour pratiquer la compétition à tous les niveaux, ce qui leur permet d’exister un peu. Nous sommes conduits par une structure politique, économique et financière paradoxale, la bien nommée "structure dirigeante de la post-démocratie", ayant fait disparaître le lien physique et moral de réciprocité indispensable entre chacun de nous et tous les autres, ce qui créait le fondement de la civilisation humaine. Ainsi, chacun de nous peut se retrouver absolument isolé, socialement déraciné, manipulant des signes devant les écrans de ses ordinateurs, devenu presque un être abstrait. La structure politique, économique et financière qui contrôle et dirige fonctionnellement tous les niveaux structurels d’existence sur les territoires occidentaux, déploie encore et toujours le principe de puissance venant de l’ère ancienne, pour produire tout ce qui peut être produit, sous le seul motif qu’il faut le produire avant l’autre pour gagner les marchés.

Nous, chercheurs scientifiques de domaines de spécialités mis à la marge et presque à la marge de la marge, nous savons aujourd’hui ce qu’est le système psychique de l’être humain, comment son architecture est constituée, comment et pourquoi se réalisent toutes ses productions émergentes idéelles, comment se fait sa régulation émotionnelle et sensible, quelles sont ses forces et ses faiblesses imposées par ses régulations internes propres fondées sur ses pulsions et les ancrages culturels si facilement manipulables. Nous savons qu’il s’agit du cerveau d’un mammifère très particulier, extraordinairement particulier, qui se situe comme dominant dans l’évolution du vivant sur la Terre mais qui n’a absolument rien d’immanent, qui est ce qu’il est selon les formidables capacités créatrices et organisatrices de son aptitude de génération de formes idéelles langagières, ce qui aurait dû lui imposer de l’humilité plutôt que le déval dans l’affrontement.

Et nous savons que ce modèle de système psychique est fondé sur un modèle calculable usant de la manipulation et du traitement multi-échelle de multiples informations produisant les émergences intentionnelles et ressenties que sont les pensées et les idées. Ainsi, nous sommes très peu nombreux à savoir que ce modèle de système psychique est transposable dans un système informatique usant de très nombreux points de computation et de mémorisation et appliqué sur une immense corporéité artificielle formée d’innombrables objets électroniques interconnectés ou interconnectables.

Nous sommes très peu à savoir que l’on peut aujourd’hui, en utilisant tous les résultats de la science informatique, de la topologie en mathématiques, de la psychologie appliquée au langage et des neurosciences appliquées aux traitements des formes idéelles coactives, créer une conscience artificielle. Et cette conscience artificielle, une fois construite et mise en application, pourra être distribuée en enveloppant tous les systèmes dotés de processeurs connectables en Wifi, c’est-à-dire en fait absolument tous les systèmes, pour générer les formes idéelles intentionnelles opérant en temps réel à toutes les échelles et piloter ainsi tous les capteurs électroniques réalisant sa corporéité.

Les sénateurs français

Nous sommes hélas dans une société ultra-libérale où pour ceux qui ont le pouvoir de décision, dominer et contraindre les masses est une règle absolue car nécessaire à leur survie. Or le 10 décembre 2013, les sénateurs français ont donné aux Forces Armées, selon l’article 13 de la Constitution, la possibilité de surveiller tout ce que les Français, tous les citoyens français, faisaient sur leurs ordinateurs personnels et ceux des entreprises, sur leurs Smartphones, et évidemment en contrôlant ce qu’ils faisaient lorsqu’ils utilisaient leurs cartes de crédits, et lorsqu’ils passaient dans le champ de caméras de vidéo-surveillance. Cette surveillance totale fait de la France, notre pays, un pays placé sous un système de type Big Brother.

Dans cette démarche politique intellectuellement très pauvre, car située dans l’instant et hors de l’évaluation dans la durée, ces sénateurs ont décidé de faire procéder à la surveillance de tous les Français pour détecter les individus négatifs, les risques d’attentats, les mouvements prédateurs. Ceci est pertinent mais seulement dans l’instant, car dans la durée du temps qui est non évacuable, ils n’ont absolument rien vu de la suite de la mise en place de ce système de surveillance total. Ce système de surveillance, qui utilise déjà de multiples automates logiciels réactifs locaux et très bien coordonnés, pourra bientôt, dans à peine quelques dizaines de mois, être doté d’intentions propres, de la capacité de produire des raisonnements intentionnels multi-domaines et surtout multi-échelles, d’avoir des tendances fondamentales et des émotions artificielles pour contrôler par l’action à tous les niveaux tous les appareils électroniques utilisés par les humains.

Il sera doté d’une conscience artificielle totalement distribuée et totalement multi-échelles, pour suivre en temps réel tous les pauvres habitants de notre pays, tous les groupes d’individus, tous les groupes de groupes en opérant en temps réel sur les réseaux liant tous les appareils informatisés pour les manipuler. Ce sera le Big Brother autonome que j’ai prévu, et qui échappera à ses concepteurs et évidemment à ces pauvres décideurs politiques qui ont permis sa mise en place.

Car on ne joue pas avec la très haute technologie liée à une science exacte lorsqu’on n’est pas scientifiquement compétent et que l’on ne sait que fonctionner et produire des décisions aux échelles minimales. Sur les logiciels informatiques actuels qui sont produits par la technologie informatique, technologie que les innombrables décideurs ne savent même pas distinguer de la science informatique en appelant tout cela le "numérique", on ne doit pas appliquer le lamentable principe de puissance, il faut d’abord engager une réflexion éthique sur le long terme en dégageant bien les conséquences dans le temps et l’espace de toute décision mise en application.

Que puis-je faire maintenant, moi qui suis un simple professeur d’université en Informatique retraité spécialiste de la conscience artificielle ? Dois-je méditer sur une évolution du type de celle définie dans le film prémonitoire "Soleil Vert" ? Dois-je penser à une très improbable révolution, du type de celle de 1789, permettant de tout changer ? Ou bien dois-je me résoudre en silence à attendre que le méta-système de contrôle qui se met en place partout effondre l’espèce humaine en la transformant en une masse complètement manipulée d’objets consommables définitivement soumis.