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Sciences politiques. D'un Emirat islamique à l'autre ?
Jean-Paul Baquiast 10/01/2014

Les deux attentats terroristes à Volgograd, des 28 et 29 décembre, ont renforcé en Russie la conscience d'une menace provenant des djihadistes de Tchéchénie. Autant que l'on puisse savoir, car les média russes sont très discrets sur cette question, ces forces djihadistes sont loin d'avoir été éliminées. Au contraire, elles se renforceraient, recevant l'appui de combattants engagés au Moyen-Orient.

Même si la sécurité des Jeux olympiques d'hiver à Sotchi les empêchait de se manifester, elles resteraient toujours présentes, non seulement en Tchétchénie, mais au Sud et Nord Caucase comme au Dagestan, entre autres. L' « émir » Doku Umarov, dit le Ben Laden russe, multiplie les appels en ce sens. On comprend que Vladimir Poutine les prenne au sérieux. Les risques de contamination sont considérables, notamment sous la forme de la guerre la plus difficile à prévenir, celle des attentats suicides.

La Chine, malgré son étendue et l'importance de sa population Han, commence à ressentir des inquiétudes. Elle envisage un plan de 36 ans (?) pour lutter contre une menace présente des deux côtés de sa frontière avec la Russie. Elle n'est pas protégée contre la violence séparatiste menaçant au sein notamment de la région du Xinjiang. Il s'agit du territoire des Uighurs. Ceux-ci, depuis longtemps contenus par Pékin, sont victimes de la politique visant à localiser dans la province, un peu comme au Tibet, des populations chinoises Han. Ils résistent. Depuis avril une centaine de victimes en ont résulté, tant chez les Uighurs que chez les Hans. Les Uighurs vivent à la frontière sino-russe. Ils ont obtenu de Pékin, contraint et forcé, une semi-autonomie et le droit de pratiquer l'islam. Combattus par les soviétiques, sous prétexte de rébellions musulmanes menaçant l'URSS, ils furent au contraire tolérés sinon encouragés par la Chine à la fin de la Révolution Culturelle.

Mais ceci ne fit qu'augmenter l'activité des groupes islamiques séparatistes qui se renforcèrent au contact des islamistes russes. Aujourd'hui, deux facteurs font craindre, tant à Moscou qu'à Pékin, la mise en place durable des deux côtés de la frontière, de ce que l'on commence à appeler un Emirat islamique. Le premier de ces facteurs, dans l'immédiat , tient à la recrudescence d'une religion musulmane de plus en plus offensive, combattant explicitement les valeurs d'origine « occidentale ». Le second est démographique. Il s'agit d'une natalité en forte croissance échappant à toutes les mesures de contrôle des naissances. Certains démographes prévoient que vers 2050 les musulmans seront majoritaires dans la zone. On peut d'ailleurs constater que cette guerre démographique ne se limite pas à la région considérée. Elle se manifeste dans tout le Moyen-Orient, menaçant depuis longtemps, notamment, Israël et les Etats du Golfe. Sans dire qu'elle soit délibérée, on peut dire qu'elle facilite énormément l'expansion musulmane, dans les pays comme la Russie et la Chine – sans mentionner l'Europe - souffrant d'une faible natalité, sinon de dénatalité.

Le Moyen Orient et l'Afrique du Nord

Il serait donc réaliste de prévoir que l'influence islamique, qui prendra longtemps la forme terroriste pour résister aux attaques, se maintiendra longtemps, sinon indéfiniment, dans cette partie du monde. Les Etats-Unis ne semblent pas prendre au sérieux, pour le moment, ce type de menace, étant davantage focalisés sur la rébellion en Syrie. Ils découvrent maintenant qu'elle alimente des flux continus de jeunes musulmans américains et européens, venus combattre contre Bashar el Assad, et commençant à revenir chez eux avec des intentions moins que pacifiques.

L'insouciance américaine apparente ne se retrouve pas chez les Israéliens. Les responsables de la sécurité commencent à y utiliser le terme de « tsunami djihadiste » en préparation. Israël est de plus en plus entouré de groupes de combattants très expérimentés, formés en Syrie et se réclamant d'Al Qaida. Ils trouvent des soutiens en Egypte et dans les territoires palestiniens. La perspective d'une nouvelle révolte dans ces territoires est considérée par l'Autorité Palestinienne comme proche et sérieuse. Elle sera très difficile à combattre.

Dans l'immédiat, en Syrie, longtemps avec le soutien tacite des Occidentaux, le Front Djihadiste Al Nusra et des groupes voisins s'efforcent maintenant de promouvoir un Emirat ou Etat islamique qui vise à s'étendre bientôt, non seulement dans une grande partie de la Syrie, mais aussi au Liban, en Jordanie voire au Sinaï. Un peu plus loin, en Irak, les forces sunnites islamiques ont réussi à reprendre les villes symboles de la guerre d'Irak conquises non sans peine par les Américains, Falloujah et Ramadi. La encore, la menace d'un Etat Islamique de l'Irak et du Levant se précise, contre lequel Barak Obama ne voudra et surtout ne pourra faire grand chose.

Ajoutons poour faire bonne mesure qu'en Afrique du Nord, y compris en Algérie, les gouvernements se préparent à lutter contre des actions djihadistes conduites, entre autres, par le vétéran Mokhtar Belmokhtar, dit « N'a qu'un oeil » . Laissé pour mort dans des combats contre les Français au Mali, puis lors de l'attaque du dépôt pétrolier algérien de Tigantourine, il est revenu plus décidé que jamais à devenir un grand chef régional. Pour cela il aurait forgé des alliances avec le Mouvement pour l'Unité et le Djihad en Afrique de l'Ouest, en vue de ressusciter l'ancien Etat islamique dit Al Mourabitoun qui s'étendait il y a 1000 ans de l'Espagne à l'Indonésie.

Le danger serait grand pour l'Europe méditerranéenne, qui ne sera qu'à 1h d'avion. Comme indiqué plus haut, un tel projet grandiose, aussi utopique soit-il, ne pourra qu'attirer des combattants européens musulmans estimant ne pas avoir d'avenir au sein de l'Union européenne