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La Revue mensuelle n° 143
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Sciences, technologies et politique.
Chroniques d’Alain Cardon

Troisième chronique. Les Universités et les universitaires
Alain Cardon, professeur des Universités (ER) Février 2014

Présentation par Automates-Intelligents (Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin)

Notre ami, le professeur d’informatique Alain Cardon, a accepté de rédiger pour nos lecteurs une série de chroniques étendant à la vie politique et sociale son expérience scientifique. Voici, ci-dessous, la troisième de celles-ci.

La lecture des ouvrages qu’il avait déjà publiés sur notre site, en open source, montre qu'il est expert en systèmes conscients, autrement dit en conscience artificielle. Mais il ne s’est plus limité ces dernières années à la modélisation de tels systèmes. Il s'efforce désormais de comprendre comment ils opèrent, souvent à notre insu, à l’intérieur du monde où nous vivons, pour le définir et nous définir nous-mêmes.

Il s'efforce aussi de comprendre les logiques biologiques pouvant sous-tendre de tels comportements, ceci depuis les origines de la vie. Ceci le mène nécessairement aux logiques politiques.

Automates Intelligents.

L’Université va mal. C’est peut-être une période transitoire préparant le passage vers d'autres structures pour la gestion et la formation, ce que certains pensent et souhaitent - ou bien c’est la voie vers son effondrement comme structure majeure de formation et de recherche.

L’Université accepte tous les titulaires d’un baccalauréat. Chaque Université gère elle-même son budget et finance ainsi tous ses fonctionnaires. Mais le budget n’évolue pas vraiment puisque la dotation du Ministère a été accordée globalement pour 5 ans, alors que les charges augmentent sans cesse, que le nombre d’étudiants augmente et que les personnels progressent régulièrement dans leurs échelons. Le résultat est l’impossibilité d’équilibrer le budget annuel pour de très nombreuses Universités.

Et l’Université forme des chômeurs dans beaucoup trop de disciplines, ne pouvant plus être adaptée automatiquement à un marché en considérable contraction. Que pense un enseignant qui fait les meilleurs cours qu’il peut, qui fait passer des examens et qui constate que les étudiants qui réussissent trouveront un emploi pour quelques mois, puis pour se retrouver au chômage, pour 50% d’entre eux, un an après avoir quitté l’Université avec leurs diplômes. Et que peut envisager un enseignant-chercheur en ce qui concerne le développement nécessaire de sa structure de recherche en sachant qu’il ne pourra plus recruter de nouveaux enseignant-chercheurs parce qu’il n’y a plus la possibilité d’obtenir et de financer des postes ?

Et que pense la jeunesse étudiante qui fréquente ces Universités ? Il semble qu’elle ne pense pas trop à son futur, qu’elle est plutôt formatée pour vivre les instants du présent en ayant, semble-t-il, perdu l’aptitude à penser ses pensées dans la temporalité du temps et à analyser les phénomènes en les plaçant de manière bien ordonnée dans les multiples facettes de l’espace économico-culturel. C’était pourtant cette façon de voir la vie qui caractérisait les étudiants qui ont fait Mai 68, une période des temps très anciens.

Les difficultés des Universités entraînent une baisse notable du potentiel des laboratoires de recherche par la baisse du nombre des doctorants, par la course effrénée aux contrats subalternes pour avoir les moyens de payer les doctorants, les secrétaires, les techniciens et les personnels de service. Ceci signifie donc la fin de la recherche fondamentale. Aucun pays au monde ne peut demeurer dans l’élite en ne bénéficiant pas des résultats de sa recherche fondamentale, la seule recherche qui pose et lève les très grands verrous scientifiques pour construire le monde de demain. Nous allons donc nous placer sur la voie de la tiers-mondisation, ce qui semble ne gêner d’aucune manière les dites élites économiques et financières, qui ont fait et verrouillé leurs carrières et leurs sources de revenus.

Nous vivons dans une société ultra-libérale mondialisée n’ayant plus aucune référence éthique dans son fonctionnement entropique. Tous les domaines de la vie qui devraient exprimer notre activité et notre espérance sociale sont empoisonnés par le déval frénétique dans d’innombrables applications technologiques dont le but principal est le profit et le formatage des masses pour en faire des consommateurs dociles. On peut aujourd’hui travailler avec le triste sentiment d’occuper une place par privilège devant tous ceux qui n’ont pratiquement rien.

Alors battez-vous, mes collègues, trouver et imposez la ligne rouge qu’il ne faut absolument pas dépasser, ne supportez plus cette situation de mise en faillite, car nous n’avons qu’une vie dans notre monde et il faut toujours tenter de lui donner sa valeur morale maximale, sous peine d’être inutile à soi et à tous les autres.