La Revue mensuelle n° 143
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Sciences, technologies et politique

Media réactifs. Les risques seront ils supérieurs aux avantages?
Jean-Paul Baquiast - 20/02/2014

Dans un futur proche, films et autres media répondront à  notre humeur et sensibilité - image: Luke R. Smith/Millennium)

Alexis Kirke, compositeur, réalisateur de films et chercheur en musique électronique à l'Université de Plymouth, nous informe dans un article du NewScientist daté du 8 février 2014 p. 50, des progrès considérables réalisés actuellement pour adapter les oeuvres et émissions, quelles qu'elles soient, à l'esprit et à la sensibilité du sujet récepteur.

Les techniques les plus simples, dans leur principe, mais cependant lourdes à mettre en oeuvre, consistent à prévoir plusieurs versions d'un même récit ou d'une même oeuvre musicale et permettre au spectateur-auditeur de choisir les scénarios qui conviennent le mieux à sa sensibilité, grâce à une connexion avec la source de l'émission.

Mais très vite, des dispositifs portables de type "capteur corporel" ont été proposés au public pour saisir, éventuellement à son insu, ses réactions émotives et lui suggérer de façon personnalisée, mais en dehors de sa volonté expressément formulée, les versions de l'oeuvre supposées convenir le mieux à ces réactions. Le temps des capteurs neuronaux utilisant pour ce faire les ondes cérébrales de chacun n'est pas éloigné. Il s'agit de ce que l'on nomme désormais les média réactifs (reactive média).

Pourquoi pas, après tout ? Encore faudrait-il que les spectateurs-auditeurs sachent ce à quoi ils s'exposent en utilisant ces média. Ceux-ci franchiront de plus en plus à leur insu ce que l'on nomme "la barrière de l'intimité". Alexis Kirke utilise lui-même ces techniques, mais il prévoit à juste titre qu'elles se généraliseront et mettront chacun d'entre nous, souvent subrepticement, à la merci de pouvoirs médiatiques qui, moins que s'adapter aux humeurs des auditeurs, façonneront ces humeurs à leur profit. On voit très bien ceux qui s'en servent déjà, et qui s'en serviront de plus en plus : firmes commerciales, pouvoirs politiques, groupes sectaires ou terroristes.

Le problème s'aggravera lorsque les individus, à travers les objets connectés, seront plongés dans un monde où leurs moindres réactions seront saisies et analysées en permanence, à partir de capteurs se recoupant, par ces mêmes pouvoirs. Nous ne pourrons pas alors, comme en ce qui concerne les réseaux sociaux, choisir de leur fournir ou non nos données personnelles ou nos images. Elles seront obtenues continuellement et de différentes façons (pensons à Kinect de Microsoft qui analyse les mouvements à l'intérieur de la pièce) par des objets intelligents que nous aurons choisi d'installer pour notre confort (pourquoi se priver d'un réfrigérateur qui nous prévient des contenus qui vont lui manquer, voire commande leur renouvellement à notre place ?).

Mais le pied mis dans cet univers, nous ne pourrons pas en sortir. Bien mieux, nous ne voudrons pas en sortir, très heureux que nous serons, comme nous le sommes actuellement à petite échelle (du fait de Google) d'être pris en main par un système global qui, nous en serons intimement convaincus, veut notre bien ?

Référence
Perils and pleasures of mood-sensing technology