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Sciences politiques. L'Alliance euro-russe, un projet géopolitique
Jean-Paul Baquiast 15/03/2014

Introduction

Les Etats-Unis ont mené depuis la fin de l’URSS une guerre continuelle pour diminuer la puissance de la Russie. Toute occasion leur est bonne pour poursuivre ou diversifier cette guerre. La raison en est que la Russie, avec son arsenal nucléaire et ses forces terrestres représente pour eux une force de résistance considérable à leur volonté hégémonique. Aujourd’hui, l’Amérique intervient avec de multiples moyens dans les relations entre l’Ukraine et la Russie, là où elle n’aurait logiquement rien à faire. Par le biais de l’Otan, elle entraine avec elle la totalité des pays européens.

Ceux-ci sont de plus en plus poussés à refuser tout rapprochement avec la Russie, alors que l’évolution de celle-ci la rendait de plus en plus proche de l’Europe. Ceci se fait au détriment, non seulement de la Russie, dont les tendances isolationnistes sont renforcées par le climat de guerre qui s’installe, mais de l’Europe dont les principaux intérêts sont continentaux, ceci dans la perspective d’une Europe s’étendant, en paraphrasant De Gaulle, de l’Atlantique à Vladivostock.

Nous pensons qu’il serait urgent en France que des voix s’élèvent pour refuser le « Putin-bashing » généralisé par des campagnes d’opinions trouvant leur source outre-atlantique. Il s’agirait tout à l’opposé, de proposer à l’opinion une allance euro-russe où les intérêts des deux parties pourraient se fortifier mutuellement. L’entreprise parait encore aujourd’hui perdue d’avance. Ce serait précisément une raison pour l’entreprendre.

La présente fiche résume un dossier établi en ce sens, dossier encore très sommaire et qu‘il serait urgent de compléter.

Le concept d’Alliance Euro-russe

Il s‘agirait d'un rapprochement, politique, économique mais aussi culturel, entre pays européens de l'Europe continentale (difficile d'y inclure la Grande Bretagne), et ceux de la Fédération de Russie, ou Russie , éventuellement accompagnée de certains des Etats périphériques.

Notons qu’en Europe certaines personnes recommandent un euroBRICS, coopération stratégique entre les pays de l'UE et ceux du BRICS en premier lieu desquels sa place la Russie. Ceci demeure de l’utopie, compte tenu des distances séparant encore l’Europe et les pays asiatiques. Au contraire, l' Alliance Euro-russe n'intéresserait que l'Europe et la Russie, Mais la Russie s'y étendrait jusqu'à ses frontières Pacifique.

Arguments en faveur du projet d’Alliance Euro-russe

L'argument essentiel est celui de la complémentarité, complémentarité des ressources, considérées au sens large et complémentarité dans l'intérêt qu'il y aurait à les développer en commun.
La complémentarité est d'abord géographique. La Russie pourrait accéder, notamment par l'intermédiaire de la France, à des espaces maritimes qui lui sont encore très difficiles à atteindre. A l'inverse l'Europe pourrait accéder aux régions polaires et sibériennes qui, convenablement gérées, prendront de plus en plus d'importance dans la perspective du changement climatique.

La complémentarité est ensuite économique. L'Europe, hautement industrialisée, pourrait aider la Russie à se développer dans ces domaines, tout en bénéficient en retour des ressources russes, notamment énergétiques et minières (terres rares) . Dans cette rubrique, on pourra aussi mentionner le lancement en commun de grands programmes de recherche-développement, concernant notamment toutes les technologies NBIC, mais aussi l'espace et la défense. L'Allemagne et la France, dans de telles perspectives, pourraient devenir, à des titres différents, des partenaires essentiels pour la Russie.

Au plan culturel, on se bornera à rappeler que la Russie, au moins dans sa partie européenne, a toujours fait partie d'un vaste ensemble de pays partageant une histoire et des caractéristiques communes. des traits de cicilisation, en profondeur, très proches et ayant survécu aux vicissitudes de l’histoire

Enfin, au plan politico-diplomatique, la complémentarité sera de plus en plus évidente.  C'est déjà largement le cas en ce qui concerne la lutte contre les mouvements islamiques radicaux, aussi dangereux en Russie qu'en Europe et au Moyen Orient. A plus long terme, on doit considérer qu'un bloc eurasiatique cohérent pourrait peser dans l'inévitable compétition avec les grands Etats déjà dominants (USA, Chine) et avec ceux dits émergents, mieux que ne le ferait l'Europe et la Russie seules.

Arguments en défaveur d'un projet d' Alliance Euro-russe

En premier lieu vient le manque d'enthousiasme, voir le refus, émanant d’une partie des populations concernées. En Europe règne encore la peur de la Russie, considérée comme susceptible de réactiver l'ancienne guerre froide et de vouloir à terme Cette peur est entretenue en permanence par les milieux européens dits atlantistes, et par les Etats-Unis eux-mêmes. Nous pensons pour notre part que ni la Russie, ni même Poutine, n'ont les moyens, sauf à brandir l'argument nucléaire, de menacer l'Europe. Ce n'est d'ailleurs pas leur intérêt.

De leur côté, les populations russes ne semblent pas non plus très enthousiastes à l'idée d'un rapprochement avec l'Europe, dont elles craignent un bouleversement de leurs traditions historiques.

Viennent en second lieu des arguments de type politico-économique, plus particulièrement évoqués en Europe. La Russie, en dehors des avantages momentanés qui lui donnent ses réserves en pétrole et en gaz, est un pays appauvri, vieillissant, sous-peuplé, fortement concurrencé à son Est par le Chine. Par ailleurs, elle souffre de maux sociétaux traditionnels qui pourrait menacer l'Europe en cas de rapprochement: manque de pratique démocratique et d'Etat de droit, hyper-administration, corruption, influence excessive des oligarques voire des maffias.

Tout ceci n'est pas faux, mais si la Russie était en tous points devenue semblable à l'Union européenne, elle en serait membre depuis longtemps. Dans tous les domaines cités, il faudrait que l'Europe s'efforce de convaincre la Russie de l'intérêt de ses propres bonnes pratiques. Cela ne devrait pas être très difficile car, parallèlement avec la défiance à l’égard de l’Europe, on observe une vraie demande en ce sens des populations russes.

Conclusion

L' Alliance Euro-russe ne pouvant se faire contre l'avis des peuples, d'importantes campagnes d'information devront être menées par les promoteurs de ce projet pour convaincre démocratiquement les électeurs de l'intérêt mutuel de celui-ci. Seront particulièrement utiles des exemples montrant comment, à court terme, pourraient s’organiser des coopérations.


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