Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 145
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubriques)

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).

 

Article. La conscience chez les objets physiques
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jaquemin - 22/04/2014

Dans un article récent du Newscientist; Solid, Liquid, Consciousness, le physicien et cosmologiste Max Tegmark, pose la question de savoir si des objets matériels peuvent être conscients. Max Tegmark s'est fait connaître par son livre Our mathemathical universe, que nous avions précédemment présenté (voir notre recension). Son dernier article examine rapidement les différentes hypothèses selon lesquelles des organismes biologiques, mais aussi des objets informationnels ou matériels, pourraient être organisés de telle sorte que la conscience, propriété émergente, résulte de cette organisation,

Il mentionne en premier lieu l'Information Intégration Theory (ITT) du neuro-scientifique Giulio Tononi. Selon ce dernier (voir notre article présentant son ouvrage « Phi, a voyage from the Brain to the Soul ), les systèmes naturels ou artificiels de traitement de l'information doivent être « intégrés » pour générer des phénomènes de conscience. Tononi a proposé une théorie mathématique permettant de calculer le degré d'intégration dans de tels systèmes. Mais comment définir l'intégration? Tononi cite l'exemple du cervelet, qui comporte presque autant de neurones que le cortex, mais qui ne génère pas de conscience. Ceci parce que les réseaux de neurones du cervelet sont unidirectionnels. Ils servent essentiellement au contrôle des activités motrices. Ce n'est pas le cas du cortex, qui comporte un certains nombre de neurones bi-directionnels à longs axones dits ré-entrants faisant remonter l'information de la périphérie vers le centre.

Ceci dit, pour Tegmark, aussi intéressante que soit l'ITT, elle porte essentiellement sur l'intégration de l'information au sein de systèmes organisés comme des ordinateurs, c'est-à-dire d'une façon qui a résulté d'une longue évolution biologique. Qu'en est-il de la matière organisée à des niveaux plus simples, tels que ceux résultant des relations entre les molécules ou les atomes, comme par exemple au sein d'un liquide.

En revenant en arrière, Tegmark rappelle qu'un système conscient, selon les hypothèses actuellement en vigueur, qu'il soit biologique ou matériel, doit présenter nécessairement 3 caractères: avoir des capacités suffisantes pour stocker de l'information élémentaire, être organisé d'une façon assurant son indépendance à l'égard du reste du monde, être intégré en ce sens qu'il ne comporte pas d'éléments susceptible de se comporter indépendamment les uns des autres. Il y ajoute une quatrième propriété: disposer d'une certaine dynamique résultant du fait que ses capacités de traitement de l'information puissent opérer ensemble. Ils doivent aussi comporter des mécanismes de correction d'erreurs, analogues à ceux développés par les informaticiens au sein de certains processus sensibles.

De tels systèmes existent-ils à l'état naturel dans la matière physique? . Rien de semblable n'a été identifié ce jour. Peut-être pourrait-on en trouver cependant, si on les cherchait véritablement, soit au sein des systèmes d'information complexes tels qu'internet, soit plus largement dans la nature, que ce soit sur Terre ou dans le cosmos. Des propositions de théoriciens de la conscience artificielle seraient très utiles pour ce faire.

La piste de l'observateur

Mais pour Tegmark la piste la plus intéressante sera fournie par la mécanique quantique, à ses niveaux les plus fondamentaux. Les physiciens quantiques considèrent encore en général que pour résoudre la fonction d'onde d'un système quantique, c'est-à-dire lui permettre de se matérialiser au niveau de la physique macroscopique, ils doivent être observés par la conscience d'un observateur.

Si l'on conservait cette hypothèse, il ne serait pas possible de supposer que des observateurs humains conscients aient pu depuis l'apparition de l'univers être présents pour permettre la matérialisation des entités quantiques le composant. Il aurait fallu qu'interviennent des systèmes conscients physiques, du type de ceux évoqués plus haut. Dans ce cas, ceux-ci auraient été nécessairement présents dès les origines de l'univers, et le seraient aujourd'hui dans l'ensemble du cosmos. Ils ne disposeraient pas de propriétés totalement comparables à celles définies pour caractériser le conscience humaine, mais ils répondraient cependant aux exigences nécessaires à l'émergence de la conscience.

Pourrait-on communiquer avec de telles consciences matérielles? Sans doute pas si l'on n'élargissait pas, comme le propose Tegmark, les critères de la conscience. Mais il faudrait pour cela étudier bien plus en profondeur qu'aujourd'hui les relations existantes entre le monde macroscopique, y compris les systèmes biologiques, et le monde quantique. Prétendre que ces deux mondes se développent sur deux plans séparés, comme le font encore la plupart des physiciens, aurait pour résultat de s'aveugler volontairement.

Rappelons que Max Tegmark a été surnommé Crazy Tegmark par certains de ses aimables collègues, effrayés par l'audace de ses hypothèses concernant les multivers. Pour notre part, nous n'utiliserions en aucun cas ce qualificatif. Il est très possible que la physique de demain donne un fondement solide à ses hypothèses. En ce cas on parlera de lui comme d'un visionnaire.


Retour au sommaire