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Article. Poutine, Google et Yandex : la guerre des moteurs
par Thierry Berthier
(article publié originellement sur cyberland.centerblog.net le 17-08-2014, republié ici avec l’autorisation de son auteur, que nous remercions AI. )

Le Président russe Vladimir Poutine s’est récemment exprimé sur la main-mise américaine supervisant l’Internet, en dénonçant la suprématie mondiale de Google et en regrettant les faiblesses de Yandex, le moteur de recherche russe.

Vladimir Poutine a déclaré qu’Internet était fondamentalement un projet spécifique de la CIA.

Il a ensuite demandé aux citoyens russes de se méfier lorsqu’ils effectuent des recherches sur Google, car leurs requêtes sont collectées par des serveurs américains au service de l’Amérique puis écoutées par les agences américaines. Poutine a insisté sur ce point : lorsqu’un citoyen russe utilise Google, il doit être conscient d’être systématiquement espionné par la NSA.

Le Président russe a ensuite évoqué le moteur de recherche russe Yandex, en déplorant le fait que la société Yandex soit en partie enregistrée à l’étranger. La critique de Poutine ne portait pas sur le volet fiscal de cet enregistrement, mais sur l’aspect stratégique et le risque de perte de supervision nationale du moteur russe. Il a ensuite regretté la présence de cadres dirigeants européens et américains au sein des conseils d’administration et de gestion de Yandex. Ici encore, c’est la perte d’une partie de souveraineté qui alerte le Président russe et qui le pousse à demander aux citoyens russes de préserver leurs avantages nationaux. Il a ajouté que la Russie sera particulièrement vigilante sur le maintien de sa souveraineté dans ces domaines sensibles.

Quelques heures après l’intervention de Vladimir Poutine, l’action Yandex perdait 4,3 % sur le NASDAQ, obligeant la société russe a intervenir dans le débat en exerçant son droit de réponse (même limité).

Créé en 1997 (soit un an avant Google) par Arkadi Voloj et basé à Moscou, Yandex est le moteur de recherche (et le portail) le plus populaire en Russie et le plus utilisé sur le web russophone. La société, devenue rentable à partir de 2002, est revendue en 2004 pour 17 millions de dollars (une goutte d’eau pour le marché du web). En décembre 2013, Yandex totalisait 62 % des requêtes et recherches en Russie, contre 27 % pour Google…

En 2012, Yandex a lancé son propre navigateur « Yandex », proche dans sa structure de Chromium, la base dont Google s’est servie pour développer Chrome. Ce navigateur intègre des fonctionnalités de sécurité issues d’un partenariat noué avec Kaspersky Lab.

Yandex a donc réagi aux propos protectionnistes de Poutine en précisant qu’elle ne cherchait pas à éviter de participer aux impôts, en s’enregistrant en partie à l’étranger, mais qu’elle devait le faire pour des questions juridiques internationales liées à la gouvernance d’internet (ce qui est strictement exact par ailleurs) et pour atteindre et obtenir des investissements étrangers.

Yandex a rassuré Vladimir Poutine en affirmant que la Russie reste le noyau central de son activité et qu’elle paye ses impôts sur place.

Dans son intervention, le Président russe réaffirme le caractère stratégique des moteurs de recherche sur internet pour une nation technologique. Parallèlement à cette posture, il vient de faire voter plusieurs lois contraignantes pour les usagers d’internet. La première autorise le gouvernement à bloquer les sites web inscrits sur « liste noire » sans saisie préalable d’une Cour de justice. Cette mesure vise en priorité les sites de l’opposition russe, comme celui d’Alexei Navalny (auteur des blogs anticorruption Navalny et Rospil), qui ont été rapidement fermés après un premier avertissement. Poursuivant cette orientation, il y a quelques semaines, le gouvernement a adopté une autre loi obligeant les blogueurs russes à enregistrer leurs sites web et à se conformer aux mêmes règles éditoriales que celles en vigueur pour les médias de masse en Russie. Le contrôle du contenu informationnel s’effectue maintenant à toute échelle, du blogueur indépendant jusqu’à la chaîne d’information nationale.

On assiste à un verrouillage intérieur en règle du web russe et à l’affirmation d’une identité russe sur le cyberespace. Cette posture protectionniste vient contrebalancer la suprématie américaine dans le domaine des moteurs de recherche et de la gestion de l’information.

D’un point de vue stratégique, Vladimir Poutine a parfaitement raison d’insister sur la nécessité de maintenir une indépendance nationale dans le domaine des moteurs de recherche.

Il emboîte le pas de la Chine, qui dispose aujourd’hui d’une dizaine de moteurs de recherches efficaces, dont le très populaire Baidu, dépassant largement Google Chine arrivé en 2005.

Depuis 2012, la Russie souhaite développer un moteur de recherche national nommé Spoutnik, sur lequel elle aurait un contrôle plus direct que sur l’actuel leader Yandex.

Le projet Spoutnik (20 millions de dollars) est porté par Rostelecom et soutenu par le gouvernement, qui voit ici l’opportunité de créer un site national dédié spécifiquement aux recherches russes.

Pourtant, rien ne dit aujourd’hui que le projet Spoutnik puisse facilement s’imposer en Russie face au numéro un Yandex.

A l’heure de l’explosion du volume mondial des données créées, les infrastructures de recherche et de classement que sont les moteurs de recherche constituent des organes essentiels dans le traitement de l’information. La Russie ainsi que la Chine ont parfaitement mesuré et évalué les valeurs d’impact stratégique et géopolitique des moteurs de recherche.

Ces deux États souhaitent ainsi maintenir une souveraineté nationale dans la gestion et la supervision des moteurs nationaux actifs au sein d’un cyberespace globalisé. Les enjeux de stabilité et de sécurité intérieure influencent certainement les orientations russes, mais c’est bien la cybersuprématie américaine qui pousse la Russie vers le développement de solutions numériques strictement nationales.

Terminons par une question embarrassante :
Que fait l’Europe en matière de moteur de recherche généraliste ?


Question à l'auteur et réponse (échange de mels au 17/08)

JPB
Poutine a tout à fait raison de mettre en garde les russes contre l'espionnage au profit des US sévissant sur le web mondial et plus généralement sur les réseaux numériques tel celui par lequel je vous écrit ici. C'est ce que nous nous répétons régulièrement, sans cesser pour autant d'y aller car nous n'aurions pas d'autres supports.

Je pose seulement la question de savoir si, quoique fassent les russes et les chinois avec les moteurs mentionnés et les censures qu'ils imposent, ils auront la possibilité d'empêcher que les CIA, NSA, Google et autresb aillent espionner leurs propres moteurs et réseaux?

Votre article , in fine, se demande ce que fait l'Europe en ce domaine. Rien, bien sûr, nous le savons tous. J'aimerais avoir cependant votre opinion et celle de vos amis concernant ce qu'elle pourrait faire, avec quelles spécifications techniques, à quels coûts et dans quels délais?
.
Notre retard sera bien pire lorsque la super intelligence en préparation au sein par exemple du Singularity Institute, rebaptisé significativement Machine Intelligence Research Institute 1), commencera à produire des résultats pratiques - ce qu'il fait déjà sans douter en toute confidentialité.
Voyez un ouvrage consacré à cette question, émanant des chercheurs dudit Institute 2). Je le présenterai lorsque je l'aurait terminé Google participe à ce projet, comme vous savez.

1) collectif. Intelligence unbound. The future of uploaded and machines minds.
2) auto-identifié en toute modestie sous l'adresse http://intelligence.org/

TB
En Europe, il y a eu une tentative pour créer un moteur "européen" (il y a 5 ans) : Quaero
Le projet est terminé avec une trentaine de prototypes créés pour un budget total de 100 millions d'Euros !! et pas grand chose en bout de piste. C'est incroyable car lorsque les Russes et le Chinois décident de créer un moteur, ils injectent beaucoup moins d'argent dans le projet au départ et obtiennent quelque-chose d’opérationnel en bout de piste...(sinon, des têtes tombent localement).

En Europe, 5 ans et 100 millions d'euros partis en fumée pour 30 prototypes qui divisent l'effort global et qui n'aboutissent pas à un unique moteur opérationnel (quitte à l'améliorer durant les cinq années suivantes).

Bref, je pense que la l'équipe en charge du ce projet ultra Stratégique n'était pas à la hauteur de l'ambition et du défi...Il y a une différence entre un programme comme le HBP Human Brain Project (EPFL) d'un milliard de dollars si ambitieux car explorant de l'inédit absolu et le projet Quaero qui peut et doit utiliser des technologies bien connues.

Que faudrait-il faire? Mon avis personnel : on aurait tout intérêt à confier le programme à une équipe mixte (défense/civil) réunissat des experts civils et militaires avec une obligation de résultat en fin de projet : Un moteur de recherche à 100 millions s’appuyant sur des infrastructures (datacenters européens) me semblait réaliste !

Il faudra recommencer l'essai.