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Technologies et politique. Sur les complexes militaro-industriels.
Jean-Paul Baquiast 05/10/2014

En Russie: la relance

Dans un interview traduit et publié par le saker.fr, le vice-Premier ministre russe Vladimir Rogozine expose la nouvelle stratégie russe pour relancer les industries de défense et, à cette occasion, orienter toute l'économie russe civile vers les développements incorporant les nouvelles sciences et technologies.

La démarche n'a rien d'original. Elle est appliquée systématiquement aux Etats-Unis, sous l'influence de ce que l'on nomme le complexe militaro-industriel et politique qui gouverne à Washington, via le président et le Congrès. Elle fut un temps appliquée en France, principalement à l'instigation du président De Gaulle. On lui doit ce qui demeure encore de fleurons dans l'industrie et dans l'économie française, qu'elle soit civile ou militaire. Elle a été totalement abandonnée depuis. Les autres pays européens en sont également dépourvus, ce qui explique leurs faiblesses, Allemagne compris, en matière de stratégies politiques à l'échelle mondiale. Celles-ci mêlent nécessairement les arguments diplomatiques et ceux découlant d'une puissance industrielle militaire forte.

Pour Vladimir Rogozine, la modernisation de ce qu'il nomme sans fausse honte le complexe militaro-industriel russe passe par le remplacement progressif d'armements devenus obsolètes et inopérationnels, par de nouvelles armes utilisant toutes les ressources des nouvelles technologies dites NBIC (nano, bio, info et cognotechnologies) Dès le début des années 2000, les Etats-Unis avaient annoncé vouloir en investissant systématiquement dans ces secteurs se donner la maîtrise du monde nouveau, tant sur Terre et sur mer que dans l'espace. C'est ce qui s'est passé. Les retombées de l'effort consenti ont été duales, militaires et civiles. La domination quasi absolue qu'exerce aujourd'hui l'Amérique dans le domaine de l'électronique, de l'internet et de l'espionnage électronique en découle.

Manifestement, Dmitri Rogozine et le complexe militaro-industriel russe, soutenus par Vladimir Poutine, ont compris la leçon. Le vice-Premier ministre, dans l'interview auquel on se reportera, expose un programme couvrant tous les domaines des NTIC appliqués aux industries militaires ou civilo-militaire. Il devrait en résulter des investissements considérables, une relance des emplois techniquement qualifiés et finalement des taux de croissance supérieurs à 5% par an. L'industrie plus traditionnelle, comme les services, en profiteront également.

Les sceptiques douteront que le gouvernement russe puisse mettre en oeuvre un tel programme. Ce ne sera pas les compétences humaines qui manqueront, y compris celles importées de pays européens dont la France embourbés dans la crise, mais les ressources financières. Or, comme nous l'avons souvent exposé, les ressources financières et, plus généralement économiques, ne manquent pas en Europe. Il faudrait seulement qu'émergent des politiques volontaristes décidées à les mobiliser. Il en est de même en Russie. Certes, les dépenses de consommation non essentielles devront un temps être réduites en proportion. Ceci, dit-on, les populations européennes, ne l'accepteraient pas. Il est certain que la population russe, plus habituée aux privations, et surtout plus patriote, le fera.

Nous pensons pour notre part que si le gouvernement français actuel disposait d'un minimum de sens politique à long terme, il relancerait le complexe militaro-industriel français, en s'efforçant d'y associer les autres pays européens, dont les complexes militaro-industriels sont aujourd'hui très affaiblis, mais pourraient reprendre de la vigueur, en coopération ou en concurrence avec la France. Mais comment diront les bonnes consciences et autres ONG humanitaires, financer des armes de mort alors qu'il y a tant de besoins par ailleurs. Parce que précisément, comme nous venons de le rappeler, les deux démarches sont complémentaires.

Encore faudrait-il que le gouvernement français se libère de son addiction aux intérêts atlantistes. L'Amérique vise actuellement à déposséder l'Europe de toutes ses compétences de pointe, notamment par le biais du futur Traité de Libre-échange transatlantique. Elle ne laissera pas faire. Elle finance en France assez d'ONG pseudo-pacifistes pour agir sur l'opinion et décourager la relance des industries militaires. Mais elle a aussi des moyens d'actions plus puissants: c'est la diplomatie du dollar, des ONG et des services secrets, très active en Russie même.

En France: Mise en vente de l'armée

C'est ce que nous apprend Le Figaro, généralement bien informé en ce qui concerne le militaire: le gouvernement français, en mal de crédits, se propose de faire appel au secteur privé pour financer une partie des dépenses militaires. Voici la Défense, que l'on pensait naïvement devoir rester le dernier bastion du secteur public, face aux intérêts du secteur privé qui ont envahi tout le reste, mise en vente à son tour.

« Comment, nous citons, poursuivre la modernisation et l'équipement des armées. La solution imaginée passe par la création de «sociétés de projet» capitalisées en tout ou en partie avec le produit de cession de participations détenues par l'État dans des entreprises, mais aussi avec de l'argent privé. La société de projet utilisera ensuite cette rentrée d'argent immédiate pour acheter un matériel que l'armée détient déjà, puis lui concédera «un droit d'usage contre un loyer dont la durée et les modalités restent à définir», »

Faut-il rappeler qu'il s'agit d'une solution depuis longtemps pratiquée par l'US Army, sous la pression du lobby militaro-industrialo-bancaire, avec le résultat qu'elle emploie maintenant des armées privées devenues sur certains territoires (l'Ukraine par exemple) totalement incontrôlables - n'assurant par ailleurs aux personnels aucune prestation sociale, même pas les soins post- traumatiques. Ils sont renvoyés chez eux, à la charge d'institutions charitables exsangues.

En France on appelait cela jusqu'à présent des « partenariats publics privés PPP », fonctionnant sur le principe: « au secteur privé les bénéfices, au secteur public les déficits » . Auquel s'ajoute le principe de l'absence de contrôle ni durant les appels d'offres, ni durant l'exécution des marchés, ni à la recette. Les résultats sont souvent lamentables, non pas seulement en termes de coûts finaux, mais en terme de qualité du produit. Ce fut ainsi le cas d'un hôpital de la région parisienne que nous ne nommerons pas. Malgré l'argent investi, il n'a pu encore ouvrir ses portes du fait de diverses malfaçons. La Cour des Comptes, semble-t-il "s'en serait inquiétée" comme on dit. « Regrettable confusion entre maître d'ouvrage et maître d'oeuvre »

Le gouvernement socialiste français n'hésitera pas cependant à suivre l'exemple américain, tant en ce qui concerne la défense que la police. Mais il n'y a pas d'argent, dira-t-on. On ne peut rester sans rien faire, alors que l'ennemi est à nos portes.

Or l'ennemi, pour reprendre une phrase devenue tristement célèbre, n'est pas celui que l'on pense. C'est la Finance. Celle-ci, qui nous gouverne à partir de ses fiefs de Wall Street et de la City, a fait en sorte que la Banque Centrale Européenne ne puisse, comme le fait cependant son homologue la Fed américaine, prêter directement aux Etats. Ceux-ci sont obligés de s'endetter auprès des « marchés ». Aujourd'hui, ne pouvant plus le faire, ils vont, comme depuis 2 ans l'Etat grec, renoncer à leurs missions de service public les plus essentielles. Voici revenu le temps des Grandes Compagnies, narguant le pouvoir royal.

Ainsi le gouvernement français, en mal de crédits, se propose de faire appel au secteur privé pour financer une partie des dépenses militaires. Voici la Défense, que l'on pensait naïvement devoir rester le dernier bastion du secteur public, face aux intérêts du secteur privé qui ont envahi tout le reste, mise en vente à son tour.

Rappelons, en ces jours de Fête de la Science, qu'il en de même de la recherche fondamentale ex-publique


Références

* Voir Dmitri Rogozine, interview, vidéo et traduction
* Voir Le Figaro, 03/10/2014 Les armées françaises vont recourir à la location

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