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Editorial2. Introduction massive de nanoparticules dans les organismes humains
Jean-Paul Baquiast, Christophe Jacquemin 30/10/2014

Source Google

Google X, qui étudie le vivant et qui dispose librement pour ce faire des milliards de dollars de bénéfices que chacun d'entre nous procure à la maison-mère Google en lui fournissant sans contre-parties nos données personnelles, vient d'annoncer un projet baptisé Nanoparticle Platform.

L'annonce a été faite par un certain professeur Andrew Conrad, biologiste moléculaire, qui dirige le Département Sciences de la Vie de Google X, lors d'une conférence organisée par le Wall Street Journal, dont les compétences en médecine n'échappent à personne. Ce projet a notamment pour but de permettre le diagnostic précoce du cancer et de quelques autres maladies dégénératives, telles que celles produisant des plaques artérielles dont la rupture peut entrainer des AVC.

Les nanoparticules évoquées sont très petites. Deux mille d’entre elles pourraient tenir dans un globule rouge. Elles circuleraient dans le flux sanguin et se fixeraient à certaines cellules, notamment des cellules cancéreuses. Un bracelet électronique spécial pourra les détecter et rassembler en un point les données ainsi collectées, lesquelles seront ensuite traitées par un système de diagnostic assisté par ordinateur.

Il a souvent été dit que de telles nanoparticules, circulant dans le sang et pouvant atteindre des organes vitaux tels que le cerveau et le coeur, pourraient se transformer en véritables bombes. Mais Google X est confiant. Il faut croire sur parole l'éminent professeur Conrad. Ceci ne se produira pas.

La communauté mondiale des biologiste, cancérologues, neurologues et autres spécialistes n'a pas manqué d'observer que contrairement à ce qui se pratique (sauf en matière de défense) lorsqu'il s'agit d'annonces scientifiques, Google X n'a donné aucune explication approfondie, communiqué aucun des travaux ayant permis d'aboutir à ces résultats, proposé aucun processus expérimental public. Andrew Conrad s'en est expliqué: les spécifications du projet doivent rester secrètes car elles seront d'ici quelques mois ou années vendues à des laboratoires privés. Ceux-ci ou Google lui-même pourront commercialiser dans le public les technologies ayant fait leur preuve.

Un nouveau paradigme

Google avait déjà fait de nombreuses annonces concernant des projets très ambitieux, tels que ceux pouvant prolonger la vie voire assurer une sorte d'immortalité. En attendant, il vend déjà divers objets, lunettes, lentilles de contact, capteurs corporels, capables de détecter et utiliser un certain nombre de données caractérisant l'état corporel des sujets, leur équilibre, leurs consommations, leurs activités, toutes données susceptibles d'être mémorisées et traitées par Google qui en fera un usage marchand – sans préoccupations évidemment du point de vue du patient ainsi observé.

Le paradigme qui jusqu'à ces derniers temps guidait encore la recherche scientifique, au moins la recherche fondamentale, selon lequel de telles recherches doivent être publiées, soumises au jugement des pairs et largement discutée dans le public, se trouve ainsi radicalement modifié.

Le nouveau paradigme, que Google il faut dire n'a pas inventé, mais auquel il donne une portée universelle, est tout différent. Tout travail scientifique doit être secret, financé par des capitaux privés, transformé en profit pour ces capitaux. Par conséquent (en dehors des applications de défense, répétons-le, qui s'adressent à des commanditaires tout différents et qui sont couvertes par un secret encore plus épais) tout travail scientifique doit viser un public d' « acheteurs » disposant de revenus suffisants pour faire l'acquisition des produits commerciaux découlant de la recherche.

Il est triste de constater, mais ainsi va la vie dans le monde contemporain, que les laboratoires publics, financés par le budget public et travaillant pour la collectivité, sans différenciation tenant aux revenus des citoyens, vont devoir mettre la clef sous la porte. En Europe, les Etats n'ont plus la possibilité de conduire de telles recherches publiques, étant assujettis aux prescription d'économie de la Banque centrale européenne. Celle-ci ne se cache pas, à travers des détours qui échappent à beaucoup, de servir finalement les intérêts financiers faisant la loi à Wall Street.

Wall Street qui, grâce à Google, se substitue déjà dans de nombreux domaines décisifs, comme nous venons de le voir, aux Académies des sciences ridiculement périmées.


Précision

Notre éditorial ne prétend pas prendre position sur la question plus générale de l'utilisation des nanoparticules en médecine. Il s'élève seulement contre les procédures adoptées par Google X dans le cas cité. Ainsi la revue Nature présente un système proposé par des médecins américains pour épurer le sang de bactéries, virus ou champignons susceptibles de l'envahir. Il s'agit d'un dispositif dit Biospleen (spleen pour rate). Des microbilles magnétiques introduites dans le flux sanguin semblent pouvoir se fixer sur ces agents infectieux. Des aimants les exfiltrent ensuite du sang.

On notera que les microbilles ne sont employées que dans le seul flux sanguin, lui-même filtré à l'extérieur de l'organisme dans la rate artificielle, avant d'y être réintroduit après purification. Elles ne sont pas envoyées dans l'organisme tout entier. Les expériences par ailleurs ont été faites pour le moment exclusivement chez des rats. Enfin, le procédé est convenablement publié et donc discutable ou même reproductible par les représentants d'autres laboratoires.

Cf. Donald Ingbert et al Artificial spleen cleans up blood

 


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