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Sciences et politique. Les climato-négationnistes vont triompher.
Jean-Paul Baquiast, 25/02/2015

Nul n'ignore que les prévisions très pessimistes du GIEC (Groupe international d'experts sur l'évolution du climat) ont toujours fait l'objet de contestations virulentes 1)

Comme on peut le constater tous les jours, la plupart des pouvoirs géopolitiques et économiques, relayés dans certains cas par des auteurs scientifiques voulant semble-t-il se faire bien voir par ces mêmes pouvoirs, nient ces constatations ou refusent d'en tirer des conclusions conduisant à des changements radicaux dans les comportements actuels.

On parle de climato-sceptiques, voire de climato-négationnistes. Le scepticisme est indispensable à la science, incitant à approfondir les expérimentations. Mais le négationnisme ne l'est pas, car il conduit le plus souvent à nier les évidences, au profit d'affirmations non vérifiables ou manifestement biaisées. Concernant le GIEC, ce sont des milliers d'études, provenant de centaines d'experts, qui ont étayées ses prévisions et ses mises en garde concernant l'évolution du climat dans les prochaines décennies.

Malheureusement, tout ce travail risque d'être remis en cause par le bruit que vont faire les médias concernant la mise en cause récente du président du GIEC, Rajendra Kumar Pachauri. Celui-ci vient de démissionner de la présidence du Groupe. Poursuivi pour harcèlement sexuel dans son pays, l’Inde, il avait déjà dû renoncer à se rendre au Kenya où s'est tenu en février une session de travail du GIEC. Le bureau de l’organisation a réagi rapidement, désignant l’un des vice-présidents de l’organisation, Ismail El-Gizouli, pour succéder à Rajendra Pachauri. Ce dernier arrivait de toute façon au bout de son deuxième et dernier mandat.

Cet épisode intervient au plus mauvais moment, alors que les négociations climatiques restent extrêmement tendues. La tentation sera grande pour ceux qui refusent de relier les changements climatiques à l’activité humaine de se saisir de cette affaire strictement personnelle pour discréditer le GIEC. Ceci précisément où se prépare la conférence de Paris en décembre 2015 où les responsables, notamment la France, ambitionnent de parvenir à un accord international historique sur le climat. On peut espérer qu'il n'en sera rien, et que l'accord, aussi imparfait soit-il, se fera. Mais connaissant la mauvaise foi de tous les puissants intérêts qui veulent continuer à procéder « as usual » , autrement dit comme d'habitude, on peut être inquiet.

Derrière ces intérêts faciles à identifier, se trouvent des opinions publiques, celles de citoyens ordinaires, qui veulent eux-aussi que rien ne change. Il s'agit des opinions occidentales, pour qui réduire les consommations est considéré comme inacceptable, ou infaisable. Mais il y a aussi celles des pays émergents, qui refusent de se voir empêchés de rejoindre le niveau de vie des pays riches. Les seules opinions que l'on n'entendra pas, militant en faveur de l'arrêt du réchauffement climatique, seront celles des milliers (millions) d'espèces vivantes non humaines qui disparaitront d'ici la fin du siècle du fait de ce même réchauffement

Faut-il ajouter une réflexion concernant la grande rigueur comportementale que devraient s'imposer les scientifiques dont les travaux ont une portée mondiale, comme ceux de Rajendra Kumar Pachauri? Concernant ce dernier, certes, l'affaire n'est pas jugée. Mais la moindre des prudences aurait été de sa part de s'abstenir de comportements prétendument anodins mais à l'égard desquels, dans son pays comme ailleurs, les femmes jusqu'ici soumises et muettes, cherchent dorénavant à échapper.


eNote
1) Voir sur ce sujet notre éditorial du 04/02/2015

 

 

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