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La cas Bashar al Assad. Deux points de vue opposés.
Commentaires par Jean-Paul Baquiast 09/03/2015

 

 

 

"Jihad Academy" de Nicolas Hénin Ed. Fayard, 2015.

Tempête sur le Grand Moyen Orient » de Michel Raimbaud, Ed. Ellipses. 2015


On lira utilement ces deux livres, également bien informés, provenant d'auteurs connaissant bien le Moyen Orient et ses conflits. Ils tentent d'éclairer la question que depuis longtemps se posent ceux qui s'intéressent à cette partie du monde: quel rôle y joue Bashar al Assad et quelle position la diplomatie française (à supposer qu'elle existât) devrait avoir à son égard ? Ces deux auteurs défendent des points de vue opposés.

Bashar, un ennemi avec qui on ne saurait s'allier

Pour le premier, Nicolas Hénin, grand reporter, ancien otage en Syrie (juin 2013-avril 1974), et auteur de Djihad Academy, de tous ceux qui contribuent à mettre ce pays et plus largement le Moyen Orient à feu et à sang, diplomates américains, terroristes de Daesh et quelques autres, Bashar al Assad est le plus dangereux.

Non seulement Bashar est délibérément responsable de centaines de milliers de morts civils en Syrie même, ce qui devrait le rendre « infréquentable » mais ses services ont dès le début infiltré la rébellion djihadistes devenue Daesh pour tenter de la mettre de son côté dans sa lutte contre l' « Armée Syrienne libre », c'est-à-dire les divers factions et intérêts qui tentaient de le renverser. Il continue aujourd'hui d'apporter à Daesh « un soutien multiforme ». Il serait donc vain, comme l'espèrent certains services occidentaux, de compter sur Assad pour identifier les djihadistes « européens » se revendiquant de Daesh. Ceci d'autant plus que, selon Nicolas Hénin, Assad est fort mal renseigné sur ce qui se passe chez lui.

Djihad Académy va plus loin que mettre Assad en accusation et déplorer que certaines diplomaties européennes commencent à y voir un allié contre Daesh. Il recense les différentes fautes et crimes dont tant les Etats-Uni s que les pays européens se sont rendus coupables vis-à-vis du Moyen Orient en général et de certains des musulmans constituant en Europe même le terrain où se recrutent un nombre croissant de djihadistes. Ce sont ces fautes et crimes qui constituent l'académie du djihad où se forment les combattants de Daesh. Mais, pour en revenir à Bachar al Assad, il affirme que le régime syrien ne combat pratiquement pas Daesh et que Daesh combat peu le régime syrien...Il se contente d'occuper le terrain conquis par la résistance syrienne qu'il a désormais retournée à son profit. « Bachar al Assad n'a aucun intérêt à voir disparaître l'Etat islamique qu'il utilise comme épouvantail. »

Nicolas Hénin s'indigne dans ces conditions que la coalition américano-européenne se soit inclinée devant le véto russe et chinois au Conseil de Sécurité de l'Onu visant une intervention de représailles en Syrie après le bombardement à l'arme chimique de la Ghouta de Damas à l'été 2013, qui aurait fait près de 1500 morts. Il attribue sans hésiter à Bashar cette action sur laquelle pourtant il semble que toute la lumière n'ait pas été faite. Ce qu'il ne dit pas, ou ne traite que fort sommairement, est ce qui se serait passé si une intervention occidentale avait renversé le régime Syrien. Quels factions auraient pris sa place, massacré les alaouites et les chrétiens, et qu'auraient dit les Russes, pour qui l'alliance avec Bashar al Assad demeure essentielle dans une partie du monde dominée très largement par l'US Navy ?

Pour en savoir plus, voir l'analyse de Philippe Rochot

Bashar, un allié souhaitable

Ancien ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan et au Zimbabwe, Michel Raimbaud vient de publier « Tempête sur le Grand Moyen-Orient », un ouvrage qui propose une analyse générale de la géopolitique moyenne-orientale, et des puissances qui s'y affrontent . Il revient sur ce projet de Grand Moyen-Orient élaboré par les néoconservateurs américains qui a non seulement déstabilisé le monde arabo-musulman, reconfiguré les relations internationales, mais entraîne désormais des conséquences désastreuses en Europe même.

Citons ici la présentation du livre par l'éditeur : « Extensible au gré des pulsions américaines, le Grand Moyen-Orient s'étend désormais de l'Atlantique à l'Indonésie, sur plus de 50 degrés de latitude. En raison de sa position stratégique aux confins de l'Eurasie autant que par sa richesse en gaz et pétrole, cette immense « ceinture verte » islamique détient un potentiel de puissance considérable et constitue un enjeu majeur. De son devenir, mis en question par la tempête actuelle, dépend en bonne partie la physionomie de notre monde de demain : sera-t-il unipolaire, aux ordres de l'Occident comme il l'a été depuis la fin de la guerre froide, ou multipolaire comme le préconisent les émergents ? Telle est la question posée »

Dans ce vaste tableau, Michel Raimbaud consacre des pages à la Syrie de Bashar al Assad et à la position qu'il recommanderait vis-à-vis de ce dernier. Selon lui, Bachar al-Assad, quoi qu'en dise l'Occident, a une légitimité, il est populaire chez la majorité de ceux qui vivent en Syrie. Quels que soient les défauts de son régime, y compris les nombreuses victimes civiles provoquées par son armée, il est perçu comme un rempart contre le démantèlement du pays. Il a des alliés chiites comme le Hezbollah et l'Iran, alliance qui date du temps du shah. Il a un véritable partenariat avec la Russie : la Russie défend la Syrie, mais la Syrie défend aussi la Russie. Si la Syrie devait subir le sort des autres pays, la Russie serait la seconde à en souffrir. Son influence dans la région s'en ressentirait, y compris sur le plan militaire.

Or la diplomatie occidentale, aveugle devant l'instrumentalisation par les Etats-Unis des pétro-monarchies sunnites du Golfe, s'indigne, notamment en France, de l'instrumentalisation de la Syrie par la Russie, et au delà de cette dernière, par l'Iran chiite.

En homme connaissant bien le sérail. Michel Raimbaud déplore l'abandon par la France de ce que l'on appelait encore sous de Gaulle la politique arabe de la France. Désormais nos diplomates formés aux complexités de la région, ont été dispersés ou contraints au silence. C'est ce qui explique en partie la persistance d'une hostilité ouverte à l'égard de la Syrie, notamment de la part de l'Elysée. Ceci d'ailleurs au moment où, comme il le note, l'Amérique qui n'est pas à une contradiction près, commence à trouver Bashar al Assad fréquentable.

On peut penser qu'aujourd'hui, loin de traiter de « gugusses », comme le fait l'ensemble de l'establishment, les 4 parlementaires français qui se sont rendus dernièrement à Damas, il s'associerait à leur démarche.

Pour en savoir plus, voir un interview de Michel Raimbaud dans Afrique-Asie.fr

 

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