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Article. Une reprise de la fièvre Ebola
Jean-Paul Baquiast 24/03/2015

Il y a un an, comme nous l'avions rapporté dans des articles précédents, la fièvre hémorragique Ebola éclatait en Afrique de l'Ouest, Guinée, Libéria et Sierra Leone. Depuis cette date, au moins 23.000 cas ont été recensés, ayant fait 10.000 morts. Ceci paraîtra peu au regard d'autres maladies affectant les zones équatoriales, comme la malaria ou la dengue. Mais la forme apparemment incontrôlable et en expansion de la pandémie suscitait à juste titre les plus vives craintes, de même que l'absence de remèdes efficaces et de vaccins.

Cependant depuis quelques mois l'épidémie semblait, sinon arrêtée, du moins très ralentie. Ceci pour des raisons d'ailleurs mystérieuses, tenant à l'évolution spontanée de la contagiosité, plutôt qu'au renforcement des mesures de protection. Malheureusement, de nouveaux cas n'ont jamais cessé d'apparaître chaque semaine, en bien plus grand nombre que ceux concernant d'autres épidémies. Le Libéria, qui semblait s'être débarrassé du virus, vint de déclarer un malade.

Les raisons pour lesquelles Ebola avait paru hors de contrôle dans les trois pays touchés commencent à filtrer. On a accusé d'incompétence l'OMS (World Health Organization). Mais ce sont en fait des systèmes de santé dysfonctionnels qu'il faut évoquer, sur lesquels l'OMS a peu de moyens d'actions, surtout sans l'appui des gouvernements nationaux, comme ce fut trop souvent le cas. Cette situation résulte manifestement de la grande pauvreté caractérisant ces pays, mais comme rien n'a changé, les pronostics pour l'avenir restent sombres.

Le rapport accablant de Médecins sans Frontières


Dans un rapport publié le 23 mars, Ebola: Pushed to the limit and beyond - MSF report , l'organisation Médecins sans frontières, qui a fourni l'essentiel des efforts de lutte et y a perdu beaucoup de ses professionnels et bénévoles, révèle qu'elle avait demandé à l'ONU de mettre en place, face à la carence relative de l'OMS, une unité d'urgence capable de faire face à une situation jusqu'ici sans précédents. Mais l'OMS a répondu qu'elle ne souhaitait pas, en participant à une telle mesure, s'aliéner les gouvernements nationaux ainsi quelque peu dessaisis de leurs compétences. Pourtant, dès la mi-avril 2014, des membres de l'OMS intervenant sur le terrain avaient demandé, sans succès, la création d'une telle structure internationale dite Public Health Emergency of International Concern, capable de coordonner la lutte au niveau international.

Ceci ne fut fait qu'en août 2014, des responsables haut placé de l'OMS ayant affirmé qu'une telle mesure serait sans effets utiles, en dressant contre l'Organisation les gouvernements des pays concernés. Ceux-ci ne voulaient pas faire fuir les expatriés y travaillant ou faire interdire par l'Arabie Saoudite la venue de pèlerins provenant de leurs pays à La Mecque. MSF avait pourtant prévenu l'OMS qu'elle avait atteint ses limites de capacités et que faute de mesures plus énergiques, l'épidémie ne se ralentirait pas. Ces avertissements n'ayant pas été suivis d'effets, les pays développés de leur coté ne ne fournissant pas de nouveaux moyens contrairement à ce qu'ils avaient promis, l'épidémie prit les développements que l'on connait.

Prévoir d'autres formes de pandémies encore plus virulentes


Ce rapport de MSF devrait pousser la « communauté internationale » selon l'expression, à réagir avant que les recrudescences épidémiques que l'on observe aujourd'hui ne prennent à nouveau une grande ampleur. Il est évident que si le sort du monde entier dépend de gouvernements nationaux essentiellement soucieux de conserver leur pouvoir sur les populations, par exemple en ne heurtant pas les croyances religieuses interdisant les mises en terre d'urgence, une nouvelle forme d'Ebola pourrait à nouveau survenir à grande échelle.

Mais Ebola n'est pas seul en cause. Les épidémiologistes pensent que dans les prochaines décennies de nouvelles pandémies encore plus dévastatrices surviendront certainement. La raison en sera l'augmentation démographique, l'appauvrissement accru et le réchauffement climatique favorisant les mutations au profit de virus et bactéries plus agressifs. Manifestement, l'OMS dans sa formule actuelle ne pourra faire face aux développements prévisibles.

Ce serait à l'échelle de l'ONU entier, y compris en incluant le Conseil de Sécurité, que ces questions devront dorénavant être traitées. Qui aura le courage de le dire clairement?

 

 

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