Vers le site Automates Intelilgents

La Revue mensuelle n° 155
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion

logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubriques)

Image animée
 Dans La Revue
 

 

Article. La vie telle que l'on ne la croit pas possible
Jean-Paul Baquiast 03/03/2015


Azotosome. Reproduction d'un azotozome de 9 nanomètres, environ la taille d'un virus, dont la membrane a été découpée pour laisser apparaitre l'intérieur creux. Cornell.

Plus l'on découvre de nouvelles planètes en dehors du système solaire (exoplanètes) dont les caractéristiques sont très différentes de celles de la Terre, plus on est conduit à se demander si ces planètes n'hébergeraient pas des formes de vie elles-mêmes différentes de celles connues sur la Terre. La même question se pose déjà à propos des nombreuses « lunes » entourant les planètes du système solaire. L'exploration spatiale permet aujourd'hui d'en préciser les propriétés, très différentes les unes des autres mais aussi très différentes de celles propres à la Terre ou à son satellite, la Lune.

La vie telle que nous la définissons suppose d'abord, outre de l'énergie, solaire ou volcanique, la présence d'eau et de molécules susceptibles de s'organiser en protéines complexes. Elle suppose aussi des températures situées dans des limites très strictes. A partir de ces briques de base, elle s'organise du plus simple au plus complexe, en commençant par la formation de cellules dotées de membranes isolant un substrat intérieur du milieu extérieur. Ces cellules doivent pouvoir se nourrir à partir des composants existant dans le milieu. Elles doivent ensuite pouvoir se reproduire et muter à l'occasion de ces reproductions. Plus elles disposent d'autonomie dans leurs déplacements au sein du milieu, plus ces différentes fonctions s'accomplissent facilement.

La plupard des exoplanètes observées à ce jour n'offrent pas les caractéristiques nécessaires à la vie. Il est possible cependant d'en isoler certaines situées à des distances de leur étoile convenables au plan de la température. On parle de zone habitable. Par ailleurs on sait que dans l'univers, y compris au sein des nuages interstellaires, se trouvent de l'eau et un certain nombre de protéines prébiotiques. Il est donc raisonnable de supposer que sur ces planètes habitables aient pu apparaître des formes de vie voisines de celles que nous connaissons. Mais pour les raisons indiquées, elles ne pourraient pas être très nombreuses.

Vivre sans eau et sans oxygène

Cependant, depuis déjà des décennies, certains exobiologistes ont émis l'hypothèse que la vie pourrait s'organiser, sur des planètes très différentes de la Terre, sous des formes elles-mêmes très différentes. Certes ces exo-vies conserveraient les grands caractères de la vie, permettant de la distinguer de la matière inerte (organisation en cellules capables de se nourrir, de se reproduire et de muter) mais elles le feraient au sein de milieux et en utilisant des molécules chimiques que nous jugeons aujourd'hui radicalement hostiles à toute forme de vie.

De telles hypothèses doivent s'appuyer sur des bases vérifiables, telles que celles observables aujourd'hui sur des astres proches de la Terre. La grande variété des Lunes ou satellites dont sont pourvues les grandes planètes gazeuses du système solaire, totalement impropres à la vie terrestre, peut offrir un terrain favorables à la modélisation de formes adaptées aux conditions régnant sur ces planétoïdes. Un tel travail vient d'être publié par une équipe de chercheurs, biologistes et astronomes, de l'Université Cornell, au Etats-Unis. Ils ont modélisé le type d'organismes qui pourraient vivre sur Titan, une Lune géante de Saturne (ci-contre, vue d'artiste)

Titan est un corps très froid, recouvert de mers de méthane liquide. Pourquoi ne pas supposer qu'il pourrait comporter des organismes vivants n'ayant pas besoin d'oxygène? Les chercheurs ont imaginé des cellules aux membranes composées de petits éléments azotés capables de fonctionner à des températures de -290 °. Sur la Terre, comme rappelé ci-dessus, la vie repose sur l'existence de doubles membranes phospholipides, formant ce que l'on nomme des liposomes 1). En théorie, de telles membranes pourraient se former dans du méthane, à beaucoup plus basse température. Les chercheurs ont nommé azotosome cette membrane hypothétique, autrement dit composée de molécules d'azote (N), de carbone et d'hydrogène, tous corps observés dans les mers froides de Titan. De tels azotosomes présentent la même stabilité et flexibilité que les liposomes, mais ils ne sont actuellement employés que sous forme liquide, dans l'industrie des plastiques et des semi-conducteurs, sous le nom d'acrylonitrile 2). Or l'acrylonitrile est présent dans l'atmosphère de Titan.

Le prochain stade devra simuler puis expérimenter en laboratoire la façon dont des cellules formées à partir d'azotosomes se comportent dans un milieu constitué de méthane. Pourraient-elles s'y reproduire et s'y nourrir? Si jamais les résultats de telles expériences étaient positifs, il s'agirait, peut-on penser, d'une véritable révolution tant pour les sciences biologiques que pour la cosmologie et la philosophie. La preuve serait apportée que des formes de vie différentes de celles que nous connaissons peuvent exister, fut-ce sous des formes rudimentaires, sur un nombre considérable de planètes, y compris au sein du système solaire.

Pourquoi alors ne pas en rechercher des spécimens sur Titan même, lorsqu'il sera possible de s'y rendre? Les auteurs de science fiction pourraient sans attendre imaginer ce que serait la rencontre avec un individu aussi complexe qu'un humain, mais constitué de diverses formes d'acrylonitriles, et nageant dans du méthane à – 290° de la même façon que nous le faisons dans une piscine d'eau à 37°.

Référence.

Cornell Chronicle, 3 mars 2015, Life 'not as we know it' possible on Saturn's moon Titan

Notes

1) Wikipedia Liposome

2)
Wikipedia Acrylonitrile.

 

Retour au sommaire