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Sciences économiques et géopolitiques. Les véritables maîtres du monde
Jean-Paul Baquiast 20/04/2015

On se demande souvent qui dirige le monde, en sous-mains des pseudo-pouvoirs affichés par les gouvernements et les institutions internationales. Une étude de chercheurs suisses publiée en 2011 et dont nous avons seulement pris connaissance récemment, est à cet égard extraordinairement révélatrice.
Voir The Network of global corporate control http://arxiv.org/PS_cache/arxiv/pdf/1107/1107.5728v2.pdf

Nous en traduisons ici le sommaire:

" La structure du réseau de contrôle qu'exerce sur le monde les grandes entreprises transnationales affecte la compétitivité et la stabilité financière du marché global. Jusqu'ici cette structure n'avait fait l'objet que d'études partielles, sans que soit présenté une méthodologie permettant d'évaluer son rôle au niveau mondial . Nous proposons dans cette étude une première recherche portant sur l'architecture de ce réseau d'appropriation du monde par les grandes entreprises (ou corporations) transnationales, ainsi qu'une méthode d'évaluation mathématique portant sur le rôle individuel de chacune d'entre elles. Nous montrons que ces entreprises constituent une gigantesque structure en noeud de cravate, imposée au monde et l'étranglant. La plus grande partie de ce contrôle provient d'un coeur d'institutions financières étroitement associées. Ce coeur peut être considéré comme un « super-organisme » économique, ce qui pose de nombreuses questions devant intéresser tant les chercheurs que les institutions politiques. "

Le texte de l'étude est malheureusement présenté sous une forme scientifique, enrichi de nombreuses formules mathématiques, qui le rendent pratiquement illisible pour le grand public. Tout au plus peut-on regarder quelques schémas révélateurs.

Cette illisibilité, et peut-être aussi le silence mis en place à son sujet par les grandes institutions dénoncées, explique le manque de réactions ayant accueilli cette recherche. Plus que jamais pourtant aujourd'hui un commentaire critique de celle-ci s'imposerait. Nous n'avons pas malheureusement les moyens et le temps d'y contribuer nous-mêmes.

Constatons ici cependant que beaucoup des sociétés citées étaient contrôlées par la monarchie saoudienne. Depuis la parution de l'étude, par ailleurs, le rôle dominant des « géants américains du web », associés aux agences d'espionnage américaine, a été à juste titre dénoncé. Mais leurs liens avec les autres « maîtres du monde » évoqués par l'étude, reste encore très peu connu.

Note
Sur le blog de Paul Jorion, on trouve quelques commentaires datés de 2011, ainsi qu'une traduction de l'Introduction, que nous reprenons ici:

" Une intuition courante parmi les universitaires et dans les médias fait se représenter l'économie globale comme dominée par une poignée de multinationales (TNC = Trans National Corp.) puissantes. Toutefois, des chiffres explicites ne sont pas venus confirmer ni infirmer une telle intuition. Une enquête quantitative n'est en rien triviale car les firmes exercent un contrôle sur d'autres firmes via une toile de relation de détentions directe ou indirectes qui s'étend sur de multiples pays. De ce fait émerge le besoin d'une complexe analyse de réseau si l'on veut mettre à découvert la structure de controle et ses implications. Récemment, la littérature universiaire s'est penchée avec une attention croissante sur les réseaux économiques [2] que ce soit les réseaux de commerce [3], de produits [4], de crédit [5,6] de prix sur bourses [7] et de conseil d'administration/ de direction [8,9]. Cette littérature a aussi analysé les réseaux de détention d'actifs[ ] mais a négligé la structure de controle à l'échelle globale. Même la littérature sur la gouvernance d'entreprise globale n'a étudié que des petits groupes d'entrepreneuriat nationaux[12].
Certes, il est intuitif que chaque grande entité multinationale a une pyramide de filiales sous elle et une palanquée d'actionnaire au dessus d'elle. Toutefois, la théorie économique n'offre pas de modèle qui prédise comment les TNCs se connectent globalement les unes aux autres. Trois hypotheses alternatives peuvent être formulées. Les TNCs peuvent rester isolées, agrégées en coalitions séparées, ou former une composante connectée géante, plausiblement avec une structure coeur-périphérie. Pour l'instant, cette question est demeurée vierge d'enquête, nonobstant ses importantes implications pour la chose politique. Notamment, des relations de détentions mutuelles entre firmes du même secteur peuvent, dans certains cas, mettre en danger la concurrence {{libre et non faussée Note du bloggeur}} sur les marchés [13,14]. Qui plus est, le tissage de liens parmi les institutions financières a été reconnu comme ayant des effets ambigus vis à vis de luer fragilité financière[15,16].
La vérification du degré auquel ces implications se vérifient dans l'économie globalisée est per se un domaine de recherche inexploré, et est au-delà du but de cet article. Toutefois, un prérequis nécessaire à de telles enquêtes est de mettre à jour la structure du controle des multinationales ou des grandes sociétés à l'échelle mondiale. Ceci n'a jamais été accompli auparavant et est le but du présent travail."


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