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Editorial. Emmanuel Todd et la science
Jean-Paul Baquiast, Christophe Jacquemin, 04/05/2015

Dans son dernier livre, dont nous ne conseillerons à personne la lecture « Qui est Charlie » (Editions du Seuil), le démographe et polémiste Emmanuel Todd s'appuie sur des arguments qu'il dit scientifiques pour exprimer le « mépris et la honte » que lui inspire la "France de Charlie", celle qui est descendue dans les rues pour témoigner le 11 janvier dernier.

Inutile de reprendre ses propos ici, ni de signaler les insultes dont il accable tous ceux qui ne sont pas de son avis, notamment la militante laïque et féministe Caroline Fourest, que pour notre part nous apprécions beaucoup. Un point essentiel mérite cependant d'être signalé, le fait qu'il usurpe le statut de « scientifique » pour insulter les valeurs d'un pays que manifestement il déteste, sans d'ailleurs avoir le courage d'aller vivre ailleurs.

Constamment, le concept de science est utilisé par ceux qui veulent donner des bases crédibles à leurs discours, sans jamais avoir la loyauté d'expliquer ce qu'ils entendent par science. Or comme le savent les philosophes de la science, rejoints souvent en cela par le grand public, n'est pas scientifique qui veut. Prétendre affirmer les contre-vérités les plus flagrantes, en disant qu'il s'agit de « réalités » mises à jour par un travail scientifique, s'est toujours pratiqué. Néanmoins aujourd'hui ceux qui comme Emmanuel Todd se targuent de scientificité ne peuvent pas faire oublier sans imposture que le relativisme scientifique, au sens le plus noble du terme, est devenu la règle chez les scientifiques sérieux.

Le relativisme scientifique

Par ce terme de relativisme scientifique, il faut entendre le fait que nul esprit humain ne peut prétendre accéder à ce qui serait un « réel en soi » qu'il pourrait décrire en tant qu'observateur objectif, parce qu'extérieur à ce réel. Non seulement en mécanique quantique ou plus largement en physique mais dans toutes les sciences sans exceptions, l'authentique scientifique sait que le réel décrit par lui est le résultat de l'interaction entre un observateur, des instruments et une réalité inobservable dans l'absolu, et donc indéfinissable objectivement.

Les sciences dites sociales et humaines, longtemps réticentes à cette approche, ont fini par s'y résoudre. Ce fut cependant difficile à admettre par des esprits souvent trop imbus d'eux-mêmes pour penser qu'ils puissent échapper à la mise à l'épreuve expérimentale de leurs hypothèses. La statistique a été la dernière à reconnaître que c'était le statisticien, en définissant lui-même les données à observer, et les méthodes de l'observation, qui créait a priori et seul la réalité de son discours, c'est-à-dire les « faits » sur lesquels il prétendait s'appuyer. Cela ne veut pas dire que ce discours ne puisse être reçu, mais qu'il doive tout particulièrement être mis à l'épreuve de nouvelles hypothèses.

Il n'est ainsi pas possible, sans grossièrement maltraiter le caractère scientifique de la statistique, prétendre opposer par exemple une France urbaine et une France rurale, une France laïque et une France chrétienne. Tout au plus, répétons le, faut-il si l'on tient à le faire, ne pas prétendre que les résultats de ces travaux sont scientifiques, c'est-à-dire décrivant une réalité présentée comme objective. Encore moins s'appuyer sur ces travaux pour affirmer comme également scientifiques des points de vue qui sont souvent, non seulement personnels mais polémiques.

Faisons à Emmanuel Todd la grâce de penser qu'il sait tout cela en son for intérieur. Il est d'autant plus mal venu à prétendre néanmoins que ses observations sur la manifestation « Je suis Charlie » ou toutes autres concernant la société actuelle puissent être présentées comme scientifiques. Ce faisant il disqualifie la science.