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Géopolitique. Les Britanniques peuvent-ils être socialistes?
Jean-Paul Baquiast 22/08/2015

Non pas socialistes au sens où l'est devenu l'actuel Labour Party, jusqu'ici incarné par Tony Blair, et difficile à distinguer du Parti Conservateur. Non pas non plus socialistes au sens où se prétend être l'actuel parti socialiste en France. Mais plutôt socialistes au sens où l'opinion l'entendait dans notre pays à la fin de la 2e guerre mondiale, très proche finalement du parti communiste de l'époque mais refusant une inféodation sans hésitations ni murmures au communisme soviétique d'alors qui caractérisait le PC.

Si l'on voulait définir le socialisme tel que nous l'entendons ici, assez proche d'ailleurs de celui du Front de Gauche ultra minoritaire français, nous pourrions dire qu'il souhaite relancer d'importants programmes d'investissements publics, tant dans les services sociaux que dans les industries considérées comme des enjeux stratégiques aujourd'hui, notamment le passage aux énergies propres, la protection de l'environnement et aussi le spatial. Dans l'esprit de ces socialistes, les choix capitaux à faire dans ces domaines doivent être soustraits à la décision des intérêts financiers internationaux. Ils doivent chaque fois que possible être décidés par les représentants élus des citoyens.

Concernant l'organisation de la société, ce nouveau socialisme devrait refuser que celle-ci soit dirigée de fait par les fameux 1% des « élites » possédantes. Il doit, en attaquant directement les privilèges de ces élites, redonner une voix et un rôle aux différentes catégories de la population exclues du pouvoir, salariées, cadres intermédiaires, chômeurs...Il doit notamment permettre aux uns et aux autres d'accéder à des services publics gratuits, dans la santé et surtout l'éducation, qu'elle soit secondaire ou supérieure.

Il doit enfin pour financer tout cela obliger les multinationales et super-riches à payer leur part d'impôts. Comme ceux-ci n'hésiteront pas à fuir à l'étranger pour échapper à ces contraintes, les socialistes nouveaux n'hésiteront pas à mettre en place des contrôles aux frontières relevant de l'économie dirigée. Ils lutteront parallèlement contre l'emprise des médias, presse et audio-visuel, qui sont au service des dominants et qui feront tout pour discréditer les objectifs et les décisions d'un tel socialisme. Peut-être pas par une censure directe mais en aidant des médias alternatifs à trouver leur audience.

Au vu des différents critères évoqués ici, ceux qui croient connaître un tant soit peu la société britannique et les politiques jusqu'ici adoptées par les gouvernements très similaires qui s'y sont succédés depuis 50 ans, répondront par le négative à la question posée. Jamais les Britanniques ne pourront devenir socialistes au sens que nous venons de résumer. Les citoyens, qu'ils soient riches ou pauvres, semblent enfoncés dans des croyances indéboulonnables qui en feront indéfiniment les serviteurs des 1% de dominants évoqué. Il s'agit d'abord d'un atlantisme invétéré, grâce auquel ils épousent en fidèles seconds toutes les entreprises de conquête du monde, financières, économiques militaires décidées par Wall Street et Washington et relayées par la City de Londres. Il s'agit ensuite d'une religion anglicane et d'un snobisme social qui poussent mêmes les plus pauvres à se résigner dans l'imitation des puissants. Il s'agit aussi d'une dérégulation et d'un recul de l'Etat sans comparaison avec ce qui se passe en Europe.

Cette dérégulation laisse penser que les étudiants doivent financer seuls leurs études, que les sans-emplois le doivent à leur paresse, et que ceux qui veulent s'en sortir peuvent toujours le faire, à condition de travailler dur. Certes, certains quartiers cotés de Londres peuvent laisser penser que cette dérégulation produit de la prospérité. Mais n'y croient vraiment que les immigrés récents ou les candidats à l'immigration, pour qui une existence même difficile à Londres est infiniment préférable à la vie dans un pays du Tiers-monde.

En fait, bien que cela n'ai pas jusqu'à présent fait l'objet d'enquêtes précises, et moins encore de commentaires d'une presse presque entièrement inféodée à la City, il semble qu'il y ait aujourd'hui chez les Britanniques un fort mécontentement, qui pourrait les pousser à soutenir de vrais programmes socialistes, au sens défini plus haut. Encore faudrait-il qu'un homme politique suffisamment indépendant du Labour Party traditionnel s'en fasse le champion.

Socialisme européen cherche leaders désespérément. Jeremy Corbyn

Or c'est ce qui semble se passer actuellement, avec la montée en popularité de Jeremy Corbin. Cette popularité pourrait prendre une dimension suffisante pour qu'il soit élu à la tête du parti travailliste. Elle pourrait s'étendre au delà de celui-ci aux autres partis politiques britanniques, ce qui un jour pourrait lui permettre d'accéder à la responsabilité de Premier ministre. Le cas Corbyn est dorénavant l'objet de l'attention de tous les médias, en Grande Bretagne et dans le reste du monde. Les portraits qu'en dressent la plupart de ces médias est défavorable. Il est accusé de tous les maux, y compris bien sûr au sein des équipes dirigeantes de l'actuel Labour. Cependant il semble poursuivre imperturbablement une ascension surprenante.

Faut-il attribuer ceci à ses qualités et caractéristiques personnelles, ou à ce que l'on pourrait appeler un désir de plus en plus fort de socialisme parmi les Anglais, désir qui s'exprime de plus en plus grâce à l'apparition d'un homme charismatique capable de le catalyser? A ce titre, le cas anglais n'est pas et ne restera pas unique. En Grèce avec le parti Syrisa de Tsipras et surtout de Varoufakis, en Espagne avec Podemos, en Italie, on avait pu croire ces derniers temps que la symbiose entre une opposition encore informelle et des leaders se rattachant, qu'ils l'avouent ou non, aux objectifs d'un vrai socialisme, était en train de se faire. Ce n'a pas été le cas jusqu'à présent.

Mais que la relance d'un tel mouvement vienne du Royaume-Uni, considéré pour les raisons évoquées ci-dessus, comme devant rester indéfiniment le bastion du capitalisme financer et du conservatisme social, n'était venu aux esprits de personne.

L'authentique socialisme européen redécouvre aujourd'hui Jeremy Corbin (66 ans). Il a constamment défendu des positions socialistes, tant au plan national qu'international. Il se dit résolu à renverser le dogme néolibéral de l'austérité, à diminuer le poids social des « élites », à orienter la société britannique vers des programmes d'investissement massifs au service des services publics. Il montre par ailleurs son indépendance à l'égard de l'américanisme en refusant le poids de dépenses militaires et d'engagements guerriers imposés par Washington à son fidèle caniche européen qu'est le Royaume uni, au nom d'une prétendue Entente cordiale (special relationship) .

Bien plus, crime des crimes, il demande que le Royaume reprenne des relations normales avec la Russie et ne soutienne plus Israël dans ses politiques de conquête. Au plan des personnes, il n'hésite pas à dire que Tony Blair devrait être poursuivi pour crime de guerre du fait de sa participation à la destruction de l'Irak et à l'aide apportée, indirectement ou directement, au prétendu Etat Islamique.

Ce faisant, et là encore à la surprise générale, ces idées semblent convaincre de plus en plus, non seulement d'électeurs, mais de membres du Labour Party. Depuis qu'il a fait connaître sa candidature à la direction du parti, Jeremy Corbin aurait suscité l'adhésion de milliers de nouveaux militants, et le soutien de parlementaires de plus en plus nombreux, au sein tout au moins de la Chambre des Communes. Nous verrons ce qu'il en sera dans les prochains mois, mais l'émergence d'un nouveau socialisme européen sur le modèle de celui représenté par Jeremy Corbin n'est pas à exclure.

Cela devrait donner à réfléchir à tous ceux qui en France, du Front de Gauche au PS et aux écologistes, se limitent à émettre des condamnations verbales concernant la politique menée par François Hollande, sans être encore capables de commencer à passer concrètement à l'action.

Le socialisme français, comme d'autres socialismes européens, cherche leaders désespérément. Jeremy Corbin montrera-t-il la voie?

Note:

Certains considèrent que le sénateur américain (indépendant) du Vermont Bernie Sanders pourrait créer une surprise. Ceci notamment dans une compétition avec celle qui reste la préférée des sondages, Hillary Clinton, Sans être véritablement socialistes, ses thèmes de campagne empruntent quelques idées à Jeremy Corbin, ainsi qu'à l'ancien mouvement Occupy Wall Street.