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Article Catastrophes climatiques. Courage, ce n'est qu'un début !
Jean-Paul Baquiast 13/06/2015

 

 

Source Michael Le Page (ref. ci-dessous)


Dans un article de discussion qui vient d'être publié (cf ACPD ci-dessous) le climatologue, ancien responsable à la Nasa, James Hansen et une équipe de collaborateurs exposent une série d'observations et de propositions concernant l'évolution des températures d'ici la fin du siècle, qui devraient être dans tous les esprits au moment où se déroulera la Conférence sur le Climat 2015 de Paris

James Hansen, que nous avons souvent cité ici, est considéré comme le plus respectable et le plus compétent des climatologues d'aujourd'hui. On lui reproche souvent un excès de pessimisme, mais ses jugements et prévisions n'ont jamais à ce jour été démentis par l'expérience. Ce dernier article, ACPD, cependant, a suscité de nombreuses critiques, comme ne correspondant pas aux observations scientifiques actuelles. Nous pensons pour notre part qu'il faudrait considérer ces dénégations comme justifiant au contraire les prévisions de James Hansen. Encore faudrait-il qu'il ne soit pas trop tard, face aux catastrophes climatiques envisagées, pour que l'humanité puisse réagir en temps utile.

Hansen expose en préliminaire que la fonte des glaciers autour du Groenland et de l'Antarctique sera beaucoup plus rapide que prévue. Il en résultera à la fin du siècle une hausse du niveau des mers dépassant de plusieurs mètres les quelques décimètres aujourd'hui envisagés. Mais cette hausse ne se limitera pas, si l'on peut dire, à submerger toutes les métropoles littorales.

La fonte rapide des glaciers s'accompagnera de la mise en place de vastes lacs d'eau douce autour de ces continents. Comme l'eau douce est moins dense que l'eau salée, ces lacs resteront en surface, au lieu de se mélanger avec les eaux océaniques plus profondes. De plus ces eaux douces seront plus froides que les eaux océaniques, puisque provenant directement de la fonte des glaciers. Les eaux océaniques ne pourront pas se refroidir à l'air, en étant isolées par les eaux froides. Elles iront donc attaquer à la base les glaciers continentaux, accélérant leur fonte.

Par ailleurs, les couches d'eau froide de surface bloqueront les courants océaniques qui transportent aujourd'hui les eaux chaudes des tropiques vers les pôles. Les tropiques vont donc se réchauffer plus vite que les latitudes plus élevées. Il en résultera des différences de température bien plus marquées que celles aujourd'hui observées, différences provoquant de super-tempêtes, supérieures en taille et en force à toutes celles jusqu'ici constatées.

Selon les travaux des chercheurs ayant participé au rapport ACPD, il apparaît que durant la dernière période interglaciaire, il a 120.000 ans, lorsque s'étaient déroulés des phénomènes analogues à ceux prévus aujourd'hui, les iles des Bahamas ont été fréquemment soumises à des vagues de plus de 40 mètres, portant à terre des rochers de milliers de tonnes, dont la présence ne s'expliquerait pas autrement aujourd'hui.

Même en dessous de 2°

Or, selon James Hansen, le point très inquiétant est que tous ces phénomènes destructeurs pourraient se produire même si la hausse de la température globale était limitée à 2° d'ici la fin du siècle, température considérée comme marquant une limite certes à ne pas dépasser, mais supposée pouvoir permettre d'éviter de grandes catastrophes. Bien évidemment, conclut l'étude, il est facile d'imaginer les migrations forcées, les effondrement économiques et les morts qui rendraient la planète ingouvernable, dans l'hypothèse où les prévisions de l'étude se révéleraient fondées. Les civilisations actuelles seraient détruites, bien plus surement qu'avec une guerre nucléaire.

Les arguments employés pour refuser ces hypothèses, non seulement par les industriels des énergies fossiles, mais par des scientifique plus respectables, reposent sur le fait qu'il n'existe encore aucune preuve expérimentale pouvant justifier les prévisions de Hansen et de son équipe. Cependant, les consensus évoluent vite en ce domaine. Ainsi une hausse du niveau des mers atteignant 5 mètres paraît aujourd'hui très probable, à l'intérieur de la limite des 2°. Mais des débats demeurent concernant la vitesse avec laquelle ces évènements pourraient survenir. Pendant les périodes interglaciaires, il s'agissait de milliers d'années. Aujourd'hui, les observations les plus récentes concernant la fonte évoquée ci-dessus des plateaux de glace et glaciers continentaux montre que celle-ci se produit bien plus vite qu'initialement prévue.

Certes, il n'existe pas encore de modèles permettant de simuler à l'échelle planétaire de tels évènements, mais un perfectionnement continu des instruments d'observation conforte les hypothèses pessimistes. Certaines constatations, concernant notamment l'augmentation du nombre et de l'intensité des cyclones et typhons, résultant de modifications partielles des jets-streams en haute altitude, tendent par ailleurs à prouver que le phénomène est déjà commencé.

Il est prévisible que, lors de la prochaine conférence Climat à Paris en décembre 2015, des voix nombreuses, soutenues par des intérêts très puissants, convaincront les décideurs politiques que des aménagements marginaux du « business as usual » suffiraient à éviter les évolutions catastrophiques envisagées par James Hansen et ses collègues. Mais si ce n'était pas le cas, si le business as usual se poursuivait, et si James Hansen avait raison, les participants à cette conférence devraient se convaincre que leurs enfants et petits-enfants, nés aujourd'hui, n'échapperont pas à la destruction des civilisations humaines prévues par le rapport

Références

* ACPD Atmospheric chemistry and physics. Discussion
Ice melt, sea level rise and superstorms: evidence from paleoclimate data, climate modeling, and modern observations that 2 C global warming is highly dangerous
http://www.atmos-chem-phys-discuss.net/15/20059/2015/acpd-15-20059-2015.pdf

* James Hansen Wikipedia.
https://en.wikipedia.org/wiki/James_Hansen

* Wikipedia Conférence de Paris 2015 sur le climat
https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_Paris_de_2015_sur_le_climat

* Voir aussi en français un article de Stéphane Foucart, concernant James Hansen et ses travaux, James Hansen Cassandre du climat
http://abonnes.lemonde.fr/festival/article/2015/07/20/james-hansen-cassandre-du-climat_4690475_4415198.html

* Sur le réchauffement global, lire
Michael Le Page Earth now halfway to UN global warming limit
https://www.newscientist.com/article/mg22730324-200-earth-now-halfway-to-un-global-warming-limit/