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Article Analyses scientifiques du Système
Jean-Paul Baquiast 11/08/2015

Reprenons ici le terme de plus en plus employé de Système pour désigner, non pas seulement ce que l'on appelle l'« Ordre du monde » mais ceux qui contrôlent l'ordre du monde pour y assurer leur pouvoir. Par ordre du monde, on peut désigner une grande diversité de « lois naturelles » qui font que le monde est ce qu'il est: lois biologiques, climatologiques, anthropologiques. Certes ces lois ne sont pas des « réalités » en termes absolus, permettant d'échapper à toute démarche scientifique critique, mais elles auraient de bonnes raisons pour être considérées comme des hypothèses permettant de comprendre nos sociétés. Ainsi celles-ci ne pourraient être décrites à l'avenir en faisant abstraction de la façon elles réagiront au réchauffement climatique.

Mais le terme d' « Ordre du monde » peut aussi désigner la façon dont des groupes humains s'approprient le pouvoir pour façonner le monde à leur avantage. C'est ce à quoi fait le plus souvent référence le concept de Système. Ce concept, dans cette acception, est utilisé le plus souvent non par ceux qui exercent le pouvoir sur le monde, mais par ceux qui subissent ce pouvoir, qui en souffrent et souhaiteraient y échapper, notamment par l'action politique. Mais pour échapper à cet Ordre du monde, ou à ce Système, il faut s'en donner une analyse scientifique aussi précise que possible, et non se limiter aux imprécations.

Peut-on cependant espérer que ceux qui sont assujettis par un pouvoir quelconque puissent prendre le recul nécessaire pour évaluer celui-ci, afin éventuellement d'échapper à sa domination? Certainement pas. Le pouvoir, composé de ceux que l'on nomme de plus en plus les Maitres du monde, réserve les instruments d'analyse et les données éventuellement disponibles à son propre usage. Le pouvoir serait bien imprudent de laisser ses adversaires y avoir accès.

Aussi bien, tous ceux qui, comme nous ici en premier lieu, emploient le terme de Système, sont souvent bien incapables de préciser un tant soit peu, hors quelques lieux communs, ce qu'ils entendent par là. Ils sont donc incapables de mener ne fut-ce que le début d'une lutte efficace contre ce Système. Le temps n'est plus en effet où le concept de classes, et celui de lutte des classes, popularisé par Marx et les marxistes, suffisaient à décrire l'essentiel des acteurs et des modalités du combat politique.

Récemment cependant, à la suite des mouvements populaires s'étant élevé contre les pouvoirs financiers transnationaux, dans la ligne de « Occupy Wall Street » , s'était diffusé un concept très intéressant, celui du 1% des acteurs sociaux détenteurs des différents sortes de pouvoir, dominant les 99% des autres acteurs, dominés à des titres divers. Ce concept de 1% avait l'intérêt de concrétiser aux yeux de tous l'extraordinaire inégalité dans la répartition des pouvoirs caractérisant l'Ordre du monde actuel. Cette inégalité avait sans doute existé dès les origines des sociétés urbaines, 6000 ans avant nos jours, mais il semble qu'elle n'ait cessé de se renforcer avec l'explosion de la société industrielle, complétée aujourd'hui par l'explosion de la société numérique. On peut parler aussi du 1% des super-puissants, se confondant souvent avec le 1% des super-riches.

Le point intéressant est que les maitres du monde constituant ce 1% ne cessent d'affirmer que le progrès des sciences et des technologies rend au contraire le monde de plus en plus égalitaire. Ainsi en est-il de l'internet, présenté comme un instrument de libération alors qu'il conduit progressivement à la mise en place d'un « cerveau global » (global brain) dont le 1% se réservera le contrôle, de la même façon que le 1% des neurones du cortex associatif supérieur contrôle l'ensemble du système nerveux.

Mais là encore, une analyse du Système entreprise par ceux qui veulent lutter contre la domination s'exerçant sur eux ne pourrait se limiter au concept global de 1%. Il faut préciser les catégories et personnes qu'il désigne, leur répartition sociologique et géographique, la façon dont s'exerce leur pouvoir et l'évolution dans le temps des modalités selon lesquelles ce pouvoir se perpétue.

Et ceci là encore de la façon la plus scientifique possible, d'autant plus difficile à conduire que les 99% ne disposent pas des instruments d'information et des données nécessaires. Les 99% peuvent par ailleurs difficilement communiquer entre eux pour former une vraie communauté scientifique, les divers médias nécessaires étant pour l'essentiel aux mains du 1%.

Ajoutons que malgré les difficultés, une analyse plus précise des éléments et personnes constituant ce 1% s'impose, car évidemment se multiplient les critiques qui traitent de « conspirationnistes » ceux qui se réfèrent à ce concept. Comment, à moins d'être de mauvaise foi ou en proie à la maladie de la persécution, affirment les anti-conspirationnistes, dire que 1% de prétendus maitres du monde puissent s'imposer à ce monde tout entier ? Mais, comme nul ne devrait l'ignorer, le reproche de conspirationnisme est systématiquement fait à l'encontre de ceux qui prétendent porter sur les évènements un jugement différent de celui imposé par la pensée « officielle ». Il s'agit d'une raison de plus justifiant d'étudier le Système plus en profondeur.

Intéressantes analyses du Système

Ce serait évidemment faire preuve de paresse intellectuelle que ne pas chercher dans ce que l'on peut appeler les médias alternatifs, des analyses diversifiées et pertinentes de ce que nous appelons ici le Système. Encore faut-il d'une part les trouver, car les sources sont dispersées et n'utilisent pas nécessairement l'anglais ou le français. Encore faut-il également pouvoir les critiquer, en les replaçant dans un environnement politique qu'elles n'avouent pas nécessairement.

Il en est ainsi selon nous des nombreux sites et auteurs américains proposant des critiques de ce que l'on peut appeler l'américanisme. Même si ces critiques sont fondées, on peut leur reprocher d'utiliser des analyses ou contre-analyses du monde elles-mêmes empreintes d'américanisme volontaire ou involontaire. Il faut donc, avec les difficultés que l'on devine, identifier des critiques du Système s'inspirant d'autres philosophies ou contre-philosophies que celles, aussi pertinentes qu'elles puissent être, émanant de la contre-culture américaine.

On pourra parcourir à cet égard un site espagnol, nommé El Orden Mundial en el Siglo XXI http://elordenmundial.com/ . Son directeur est Juan Pérez Ventura, géographe diplômé de l'Université de Saragosse et docteur en relations internationales. Le site donne la parole à de nombreux auteurs situés généralement hors de la sphère intellectuelle anglo-saxonne, peu connus en France. Les articles abordent de nombreux sujets intéressant notamment, outre l'Amérique latine, divers pays qui ne font pas la une des médias dominants, sauf à en donner des visions caricaturales. Outre les articles, le site propose un grand nombre de références et de discussions ignorées en France. Certes, il s'exprime dans la langue espagnole, mais avec les outils modernes de traduction, ceci ne devrait pas poser de problèmes de compréhension.

Un article de Juan Pérez Ventura, daté de 2014, s'intitule Como nos controlan desde el Poder. Il propose un diagramme illustrant la façon dont le Système, dirigé par la classe dominante, s'impose aux classes dominées. Certes, rien de ceci n'est étranger à ceux qui étudient avec un regard un peu critique le Système, mais le schéma n'est pas nécessairement présent en permanence dans les esprits de ceux qui subissent la domination. Nous le reproduisons ici. Il est facile de constater que ce schéma devrait être complété d'analyses détaillées portant sur ce qui correspond à chacun des sous-titres et lignes de pouvoir. Mais il servira de guide à d'autres études.



Voir pour plus de lisibilité http://elordenmundial.com/economia/como-nos-controlan-desde-el-poder/

A partir de cet article et de ce schéma, un certain Geoffroy, qui se dit militant communiste belge, présente le 9 août, sur le site du Saker francophone http://lesakerfrancophone.net/lenigme-de-la-servitude-volontaire-etat-des-lieux-12/, un long commentaire précisant comment selon lui, se répartissent sociologiquement et psychologiquement, non plus les dominateurs, mais les dominées. Identifier ceux-ci est, pour la critique du Système, tout aussi important que rechercher la composition du 1%. En effet, les 99% de dominés sont souvent, pour des raisons diverses, des « alliés objectifs » du Système, selon le terme marxiste traditionnel. Il serait peu productif de leur en faire reproche, car le plus souvent ils sont des alliés involontaires. Mais dans certains cas, comme le fait l'auteur de l'article, on peut parler de servitude volontaire.

Renvoyons nos lecteurs au texte de Geoffroy. Bornons nous seulement à reprendre la liste qu'il présente des catégories constituant ces alliés du Système. Mieux les connaître pourra servir à démonter leurs arguments et le cas échéant les convaincre de revenir à des vues plus critiques.

Ces catégories sont selon Geoffroy au nombre de 8. (nous résumons beaucoup ici les analyses de l'auteur):

Les «Libertins»  ou profiteurs.
Les «Lâches» : serviles parce que disposant d'emplois précaires
Les «Fatalistes» : ils savent que les dés sont pipés, mais qu'il n'est pas possible d'y rien changer
Les «Crétins» : ou consommateurs compulsifs
Les «Combinards» : le discours libéral-démocratique est une arnaque, mais rien n'empêche d'essayer d'en profiter.
Les «Névrosés» : on y trouve les sociopathes et les dépressifs.
Les «Larbins» : Cc sont des fanatiques du marché, qu’ils considèrent encore comme vertueux.
Les «Idiots utiles» : parfois appelés écolos, ils croient pouvoir changer le monde en signant des e-pétitions ou en observant des minutes de silence..

Le Système à l'égard de tous ces dominés agit comme une pieuvre, dont les multiples tentacules capturent leurs proies en fonction de leurs faiblesses. Leurs chaînes ne sont pas d’acier, elles sont mentales, car en Occident, la com’ est l’instrument de prédilection de la domination : sophismes, récits trompeurs, concepts erronés, généralisations abusives, démonstrations incohérentes, mensonges éhontés…


Nous pouvons retenir de cet article de Geoffroy que, si l'on veut être compris au sein des 99%, il n'est pas souhaitable de s'enfermer dans des analyses ou un langage se présentant comme scientifique, c'est-à-dire incompréhensible par 98% de ces 99% . Il faut pouvoir être accessible à tous. C'est évidemment un art plus difficile qu'il n'en a l'air. Geoffroy le maitrise parfaitement