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Sapiens. Une brève histoire de l'humanité

par Yuval Noah Harari

traduction française Albin Michel 2015. Première version en hébreu 2011.

commentaire par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin 25/09/2015

Yuval Noah Harari, né le 24 février 1976, est professeur d’histoire et auteur du bestseller international Sapiens : Une brève histoire de l'humanité. Initialement spécialiste d'histoire médiévale et militaire, passé par Oxford, Yuval Noah Harari, 39 ans, enseigne à l'Université hébraïque de Jérusalem.

Sur celle-ci, voir Wikipedia . " L'université hébraïque de Jérusalem dont la majorité des campus se trouvent à Jérusalem est l'un des principaux établissements universitaires en Israël. Fondée en 1918 et inaugurée en 1925 en présence de leaders sionistes tels que Albert Einstein, Sigmund Freud et Chaim Weizmann, mais également de représentants du gouvernement britannique et des communautés musulmanes et chrétiennes de Palestine mandataire, elle est historiquement la deuxième plus ancienne des huit universités israéliennes (après l'Institut israélien de technologie le Technion fondée en 1912 et inauguré l'année précédente en 1924). En 2012, le Center for World University Rankings à classé l'Université hébraïque 22e mondiale et deuxième d'Israël dans son classements CWUR World University Rankings1 alors qu'une autre enquête l'a classé comme la 9e meilleure université du monde et la 2e meilleure à l'extérieur des Etats-Unis."

L'Université est réputée pour ses études dans les sciences et la religion, un domaine dans lequel elle possède d'abondantes ressources, comprenant la plus grande collection mondiale d'études juives. De même que des homologues bien plus modestes, par exemple l'Institut Catholique de Paris en matière de catholicisme, elle ne se départit jamais d'un point de vue hébraïque dans ses recherches, enseignements et publications. Mais elle y montre cependant une très grande ouverture.

Sapiens en est l'exemple. Nous n'y avons pas trouvé de plaidoyer précis pour la religion juive ou le "peuple élu" ni de dépréciation des autres formes de pensée. Ce n'est pas le cas des textes se réclamant d'une science se voulant islamique ni même de beaucoup de ceux provenant de l'Université pontificale de Rome

Sapiens traduit e
n près de 30 langues, est devenu un best-seller mondial. Yuval Noah Harari y relie en une grande érudition et de nombreuses citations l'homme de l'âge de pierre à celui de la Silicon Valley. Il réussit l'exploit, exceptionnel pour un homme de son âge, de rassembler ce que l'on sait aujourd'hui de 500 000 ans d'histoire en 500 pages. Il s'efforce à une histoire globale, mêlant l'anthropologie et la biologie, la sociologie et la philosophie.

Commentaire

On trouve sur Internet de nombreuses critiques du livre, généralement favorables sinon très favorable. Voir par exemple cette de John Reed référencée ci-dessous. Nous nous bornerons ici à une considération générale.

Sapiens présente ce qui manque souvent, tant dans les écrits scientifiques que philosophiques, un aperçu forcément sommaire mais généralement pertinent de tous ce qui s'est écrit depuis quelques années sur les sciences dites émergentes, intelligence artificielle, robotique, génétique artificielle, etc. Il va plus loin puisque, en utilisant ce regard moderne, il balaye un grand nombre des connaissances accumulées par la science occidentale sur l'histoire de l'humanité, depuis la préhistoire jusqu'à l'histoire en train de s'écrire.

Il s'agit donc à cet égard de ce que l'on pourrait nommer une grande oeuvre de vulgarisation, le terme étant entendu sans aucune nuance dépréciative. Si en effet le citoyen d'un pays moderne, pays disant vouloir se comporter de façon responsable, ne connait pas ces bases, il est douteux que les choix politiques qu'il exprime, non plus que ses comportements et jugements quotidiens, soient suffisamment avertis. Or c'est bien le cas. Non seulement en France mais dans les sociétés scientifiques générant le plus grand nombre de Prix Nobel, comme le sont les Etats-Unis.1).

La lecture du livre s'impose donc à tous. Même ceux qui connaissent un peu les questions abordées y trouveront des informations ou des éclairages soutenant l'intérêt. Nous voudrions cependant formuler une remarque générale. L'auteur ne veut pas tirer des connaissances accumulées qu'il présente de préconisations - sauf en ce qui concerne le choix d'un régime alimentaire végétarien - susceptibles d'orienter en profondeur les grands choix politiques qui s'imposent aujourd'hui aux sociétés d'homo sapiens.

C'est tout à son honneur dire-t-on. A chacun de tirer de cette histoire de l'humanité les conclusions qui lui siéront le mieux. Nous pensons cependant qu'il s'agit d'un manque reprochable.Yuval Noah Harari rappelle au début de l'ouvrage la thèse selon laquelle, sans doute selon nous depuis l'époque des australopithèques, les hominiens se sont différenciés des autres animaux par le pouvoir de construire de « grandes histoires ». Ces « histoires » étaient le fruit d'une capacité que n'ont pas apparemment les cerveaux des primates, celle d'imaginer un futur au delà du présent. La capacité d'imagination les a poussés à se surpasser sans cesse, pour le meilleur et pour le pire, jusqu'à transformer le monde issu du début du quaternaire en ce que l'on nomme désormais l'anthropocène.

Nous ne pouvons que regretter de constater que Yuval Noah Harari ne procède pas pour sa part, ni dans le livre, ni au cours des chapitres, ni surtout en conclusion, à cette faculté de construire et proposer de grandes histoires. Le seul avenir qu'il envisage résultera du passage à la Singularité, abondamment décrite par le Singularity Institute. Il n'y ajoute aucune considération personnelle, non plus que de préconisations sur les meilleurs choix selon lui à faire. Le lecteur ne serait pas obligé de reprendre à son compte ces propositions, mais au moins disposerait-il d'une base particulièrement intéressante.

Cette abstention est d'autant plus dommageable que la quantité considérable des informations que l'auteur a recueillies devrait lui permettre d'élaborer une futurologie particulièrement riche, particulièrement originale, particulièrement féconde en préconisations. Peut-être est-ce par modestie qu'il ne le fait pas, ne voulant pas imposer au lecteur ses propres considérations sur le futur.

Peut-être aussi est-ce par un manque de réflexion suffisante. Il est vrai que la tâche demande une imagination sortant de l'ordinaire. Beaucoup, en dépit de toutes les informations accumulées, en manquent. Sans doute parce que leurs cerveaux n'ont pas encore acquis les modifications adaptatives nécessaires pour construire une Grande Histoire originale et audacieuse, synthétisant les informations systémiques souvent inconscientes qu'ils possèdent.

Une autre explication, bien plus inquiétante, serait que devant l'impasse totale où se trouverait le Sapiens aujourd'hui, même les plus brillants des Sapiens soient désormais incapables d'imaginer le moindre avenir.

Mais ne désespérons pas. Yuval Noah Harari est encore jeune. L'imagination lui viendra certainement avec le temps.

Notes

1) C'est pour contribuer à cet effort de vulgarisation critique, disons le en passant et sans prétendre attirer davantage l'attention, que nous avons édité notre site Automates Intelligents. Depuis quinze ans, nous y avons présenté en français les principales sciences d'aujourd'hui. Les habitués de ce site trouveront dans Sapiens beaucoup de thèmes évoqués par nous. D'autres d'ailleurs ne s'y trouvent pas. Rien n'est parfait. Mais notre travail, dispersé en de nombreuses pages sur Internet, pages que faute de temps, actualité oblige, nous n'avons pu, ni mettre à jour, ni condenser en un ouvrage unique, est beaucoup moins à la portée de tout un chacun que ne l'est Sapiens.

2) voir la critique du livre par John Reed pour le Financial Times 19/09/2014 Français. On y retrouve beaucoup d'éléments permettant de mieux situer l'ouvrage