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Spam Nation

The inside story of organised cybercrime From global epidemic to your front door

Brian Krebs

Présentation par Jean-Paul Baquiast

22/09/2015



Pour en savoir plus
Blog https://krebsonsecurity.com/

Brian Krebs est l'éditeur de KrebsOnSecury.com, un blog consacré aux nouvelles d'actualité intéressant la cybersécurity et la lutte contre le cybercrime. Ce blog, comme son auteur, sont très appréciés des divers organismes qui lutte contre le côté noir de l'Internet. Ceci vai vont de la fraude et la contrefaçon jusqu'au crime organisé.

Brian Krebs a été de 1995 à 2009 reporter chargé de ces questions au Washington Post. Il y a traité des questions de la sécurité sur Internet, des technologies associées, des politiques de lutte contre le cybercrime et des questions liées à la protection des données personnelles. Cet ouvrage reprend sous une forme synthétique l'expérience acquise à cette époque et celle que lui procure dorénavant son blog et les recherches et contacts qu'il peut mener à cette occasion

Le livre comporte 12 chapitres, tous à lire, car bien documentés et très accessibles. Ceux qui sont le plus susceptibles d'intéresser les lecteurs concernent les contrefaçons dans le domaine des médicaments, ainsi que l'analyse du spam et du hacking, auxquels chacun d'entre nous est confronté. Au titre plus général, le livre fournit des informations généralement peu connues concernant l'importance de la Russie ou de l'Australie comme lieu d'hébergement, non seulement des sites de contrefaçons diverses mais des personnes physiques que l'on retrouve finalement à la base de ces activités. L'auteur fournit également de nombreux conseils concernant les méthodes de protection auxquelles chaque internaute devrait recourir pour le profit de tous.

Commentaires

Une première réaction vient à l'esprit du lecteur. La description du web est si noire, compte tenu des multiples pirates qui s'y déploieraient, que l'on peut soupçonner l'auteur d'exagération intentionnelle, destinée à se faire valoir. Le procès a été fait depuis longtemps aux firmes vendant aux internautes divers logiciels anti-spams et anti-intrusions. Ne génèrent-elles elles mêmes des spams et des virus afin de faire peur aux futurs clients? Ainsi ceux-ci achèteraient plus volontiers leurs produits, sans regarder au prix?

Il est certain que dans l'obscurité régnant sur ces questions, tout est à envisager. Il semble pratiquement impossible de se passer de protections anti-spams s'ajoutant à celles mises en place par les fournisseurs d'accès. Certains utilisateurs disent cependant pouvoir le faire sans soucis. Qui croire? Concernant cependant les dénonciations de Brian Krebs, même si certaines de celles-ci sont un peu exagérées par lui afin de se mettre en valeur, l'ensemble paraît difficilement réfutable, compte tenu de l'expérience concordante qu'en ont les internautes un tant soit peu avertis.

Une seconde réaction, différente, vient à l'esprit du lecteur. Celui-ci s'étonnera des bonnes relations, au moins virtuelles, entretenues par l'auteur avec les personnages spammeurs et fraudeurs malveillants qu'il cite. La démarche ressemble un peu à celle des policiers luttant contre les trafics de stupéfiants ou d'armes et entretenant de bonnes relations avec certains trafiquants, afin de mieux pénétrer l'ensemble du marché. Elle est toujours risquée, le policier pouvant à tout moment tomber dans un piège.

Il en est de même des propos et comportements que Brian Krebs prête à ses interlocuteurs des milieux du cybercrime. Est-il réellement capable de s'assurer du fait que certains de ces propos ne sont pas destinés indirectement à protéger ou favoriser les trafics de ceux qu'il questionne et avec qui il dialogue? Mais l'on répondra qu'il faudrait être un enfant de chœur pour penser obtenir des informations intéressantes sans sortir de chez soi, sans fréquenter un tant soit peu les malfrats sur lesquels on enquête.

Contrefaçons pharmaceutiques

De toutes façons, au delà de ces considérations, le livre ouvre des perspectives très intéressantes sur la société et plus généralement sur l'humanité dans son ensemble. Les anthropologues et autres sociologues auraient intérêt à les étudier. Le long chapitre consacré aux cyberfraudes concernant la vente par internet de spécialités pharmaceutiques est très révélateur à cet égard. On y constate d'abord que le nombre des escrocs, faussaires et autres auteurs de trafics pouvant avoir des conséquences mortelles, y est devenu considérable. Il semble qu'une foule de tels malveillants attendaient l'arrivée de l'internet pour l'utiliser au profit de leurs trafics.

Ceux-ci sont effectivement aidés par la multitude de produits chimiques de base aujourd'hui disponibles, quasi sur étagère, et qu'il suffit de mélanger pour fabriquer des contrefaçons plus dangereuses les unes que les autres - le moindre des risques étant que celles-ci soient en fait de simples placebos vendus très cher mais sans aucune action thérapeutique. Ceci en dit long sur les sociétés modernes prétendument évoluées et protégées par des principes moraux et des lois répressives. Les malfrats y fourmillent.

Le chapitre montre également que les grands de l'industrie pharmaceutique (la big pharma) sont souvent complices de telles opérations dont ils tirent, à différents niveaux, des profits pouvant ne pas être négligeables. 1) Même quand ils ne le sont pas, ils se refusent généralement à lutter contre la contrefaçon et ses abus. En effet, explique un de ces industriels à l'auteur, il faudrait des sommes colossales pour analyser de façon pertinente la multitude de produits de synthèse en circulation. Bien plus, ils ne cherchent même pas à lutter, là encore faute de moyens, contre la contrefaçon qui vent des produits en s'abritant sous leurs logos et marques commerciales. Des procès n'aboutiraient jamais, vu la volatilité du marché. Aux malades ou à ceux qui se croient malades de se débrouiller seuls.

Le troisième enseignement du chapitre concerne la facilité  grâce à laquelle, par Internet, des particuliers se découvrent des pathologies et cherchent à les traiter sans recours aux médecins et pharmaciens censés en principe (du moins en Europe) garantir une certaine sécurité. Le problème est connu depuis longtemps, concernant l'aide qu'apporte Internet à l'auto-diagnostic périlleux. Beaucoup de personnes pensent y trouver les informations nécessaires pour se diagnostiquer et se traiter eux-mêmes, à leurs risques et périls. C'est le cas en Europe. Mais dans des pays comme les Etats-unis où n'existe pratiquement pas de protection sociale, il est compréhensible que de très nombreux patients cherchent à se passer de médecins et pharmaciens généralement fort coûteux..

Ceci étant, protection sociale ou pas, l'analyse que fait Brian Krebs de ce que l'on pourrait nommer les victimes volontaires des contrefaçons pharmaceutiques sur Internet est édifiant. Leur nombre semble inépuisable et aller croissant. Plus la société est en crise, plus les individus ont du mal à trouver des remèdes à leurs difficultés existentielles ou sexuelles (on notera la prolifération d'annonces telles que « enlarge your penis »), plus les cybertrafiquants se multiplieront.

Il est impossible dans le cadre de cette analyse consacrée à Spam Nation de commenter davantage les nombreux autres exemples fournis par le livre. Ils montrent que l'Internet est devenu, au niveau mondial , à côté des services irremplaçables qu'il offre, une véritable nouvelle plaie d'Egypte. Faut-il s'en étonner? Tout progrès, fut-il considéré à juste titre comme positif, entraine inévitablement des effets noirs, sinon destructeurs.

Stop TTIP

Une remarque pourtant devrait s'imposer à l'esprit des Européens. Les Etats-Unis et les pays orbitant dans leur zone d'influence, en Europe et en Asie, se préparent bientôt à institutionnaliser la disparition des protections légales que leur offrent encore les législations nationales. Les traités de libre-échange, dans le domaine du commerce et des services, notamment le TTIP ou TAFTA, que leur imposeront les Etats-Unis, généraliseront l'effet de jungle où prolifèrent les malfrats de l'Internet décrits par Bran Krebs. Certes, du fait de la dimension mondiale de l'Internet, les protections nationales (ou européennes, en notre cas) perdent une partie de leur efficacité, mais il en reste.

En étudiant Spam Nation, les militants de la lutte contre le TTIP (Stop TTIP), dont nous sommes, y trouveront de nouveaux arguments justifiant leur combat.

Note

1) Rappelons par exemple le cas de Merck,qui a été accusé avec preuves d'avoir volontairement dissimulé le fait que son anti-douleur rofecoxib ou Vioxx, acroissait sensiblement les risques d'attaques cardiaques. Les résultats des essais internes concluant en ce sens n'avaient jamais été publiés sur Internet.