Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 162
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubrique

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).

 

Article. Déni d'accès: nouvelle armes russe
Jean-Paul Baquiast 22/10/2015

Nous avons signalé le 10/10 l'effet de surprise provoqué par l'emploi avec succès de missiles russes à longue portée 3M.14 Combat Crabbe par de petits navires russes basés (et enfermés) dans la Caspienne, contre les bases djihadistes en Syrie

Il n'est pas certain que ces missiles puissent être employés avec succès contre des porte-avions américains et leur escorte (carrier group) déployées en Méditerranée. Certains le disent. Pour en juger, il faudrait connaître les moyens de défense dont disposent la 6e flotte. Mais d'ores et déjà, comme nous l'avions noté, il semble que les Crabbs puissent pénétrer en Europe de l'Est malgré les défenses anti-balistiques développées à grand frais (frais en grande partie couverts par les Européens) sous le nom de BMDE (Ballistic Missile Defense in Europe). D'une part les missiles du BMDE seraient sans doute incapables d'intercepter les Crabbs, aux performances proches de celles des missiles portant les armes nucléaires intercontinentales stratégiques, d'autre part les bases dont partiraient les missiles du BMDE, qu'elles soient terrestres ou embarquées sur des navires de la classe dite AEGIS, pourraient être détruites par un ou plusieurs Crabbs.

Il apparaît que le monde de la défense, au sein de l'Otan, n'avaient pas perçu les performances des Crabbs. Ceci a remis en mémoire chez les stratèges de l'Otan un incident auquel ils auraient du prêter la plus grande attention, le fait qu'un avion russe Su-24 aurait par un ensemble de mesures et contre-mesures électroniques « aveuglé » la frégate AEGIS USS David Cook en Mer Noire, en avril 2014. Selon les informations alors diffusées, certains marins américains embarqués sur le David Cook auraient demandé à changer d'affectation. A notre niveau, nous n'avons pas eu connaissance soit de démentis provenant des Etats-Unis, soit de la mise en oeuvre de moyens efficaces permettant de se protéger des moyens d'aveuglement embarqués tant sur des avions que sur des navires russes.

Déni d'accès

Mais aujourd'hui, il faut noter que les Russes ont annoncé, et même démontré dans certains cas, l'existence de moyens bien plus sophistiquées concernant la guerre électronique – tant pour l'offensive éventuelle que pour l'interdiction d'accès à des zones considérées comme stratégiques, dite-A2/AD (Anti-Access/Area Denial). Ce déni d'accès serait assuré par le déploiement de batteries de missiles à longue portée du type S300 et S400, eux-mêmes guidés par des systèmes électroniques. Ces missiles, de type dit surface-air, sont connus des Occidentaux depuis au moins la fin des années 1990, pour ce qui concerne les S300. D'ailleurs la Russie a entrepris d'en fournir à l'Iran.

Le S-300 PMU-2 est un système mobile multicanal de missiles sol-air. Dit aussi Favorit il est connu par l'Otan sous le nom de SA-10 Grumble. Il est destiné à protéger les sites stratégiques les plus importants d'un État et de ses forces armées contre des bombardements massifs provenant d'avions, de missiles de croisière, de missiles balistiques tactiques d'une portée de moins de 1.100 kilomètres. Il n'a jamais évidemment été testé dans le cas d'une guerre électronique intense, sauf dans le cadre d'essais conduits par les Russes. Il semble cependant que de telles batteries aient été déployées récemment, soit à terre, soit sur descroiseurs lance-missiles tels que le Moskva. Il s'agit de créer des bulles de défense autour de leurs bases de Tartous et Lattaqié en Syrie, concédées par Bashar al Assad, à partir desquelles ils mènent avec succès des offensives contre Daesh.

Les généraux de l'Otan Ben Hodges et son supérieur Breedlove considèrent désormais que de telles zones ou bulles interdites auraient été mise en place par ailleurs en Crimée et autour de la Baltique et de la mer Noire. Elles pourraient interdire l'accès à une partie de la Méditerranée orientale, jusqu'ici zone quasi exclusive de déploiement de la 6e flotte. D'autres pourraient être envisagées en Arctique.

Cependant, les mesures et contre-mesures électroniques russes ne se limitent pas à cela. Le site Sputnik.News n'est pas avare de précisions concernant de nouvelles armes russes. S'agit-il d'intoxication ou d'informations crédibles? Les experts en décideront.

Pour ce qui nous concerne, notons simplement l'existence d'un nouveau système russe de contre-mesures électroniques le Richag-AV system, monté sur l'hélicopter Mi-8MTPR1, autre formule du Mi-8MTB5-1. Il est dit n'avoir pas d'équivalent pour brouiller les radars et sonars de l'adversaire. Sa portée serait de plusieurs centaines de km. Il peut équiper toutes les unités russes, aériennes, navales ou terrestres. Il pourrait désarmer le fameux système anti-missile américain dit US MIM-104 Patriot, généreusement vendus aux alliées, notamment à Israël.

S'affoler ou négocier

Aux Etats-Unis, l'apparente découverte récente de tous ces moyens russes (Mais à quoi donc sert la NSA ? ) provoque un double mouvement. Le premier, comme semble le dire le Gal Breedlove, serait de bon sens. Il vaut mieux ne pas se mettre en situation d'affronter directement la Russie. Il serait préférable de négocier à tous les niveaux, y compris entre Washington et Vladimir Poutine. La seconde, classique de la part du lobby militaro-industriel, consiste à demander d'importants budgets nouveaux.

Mais dans les deux cas, il y a tout lieu de penser que la Russie n'arrêtera pas la mise au point de nouvelles armes offensives et défensives, à partir des investissements réalisés depuis quelques années. Ceci quel qu'en soit le prix à payer en ce qui concerne le niveau de vie des populations. Elle semble dans certains domaines devoir le faire en coopération avec la Chine.

Nous pouvons en ce qui nous concerne, faire une observation plutôt optimiste. En France, sans doute aussi en Allemagne et dans les pays méditerranéens, la réalisation du fait que les « chars russes » selon l'expression de la guerre froide, pourraient être en trois jours sur les rives de l'Atlantique, ne provoque aucune inquiétude. Au contraire. Certains de ceux qui militent pour la mise en place d'un bloc euro-Brics s'en réjouiront. Il ne s'agirait pas d'une lâche capitulation semblable à celle de la France en juin 40 face aux blindés allemands, mais d'une constatation de bon sens: l'avenir de l'Europe sera de moins en moins euro-atlantique, mais de plus en plus euro-asiatique.

Il semble que les industriels français de l'armement, fort performants, seraient heureux de coopérer avec leurs homologues russes pour la mise au point de nouvelles armes. Celles-ci sont aujourd'hui le meilleur argument pour maintenir la paix.