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Géostratégie. Chine. Arrière plan à la visite de François Hollande
Jean-Paul Baquiast 01/11/2015

Le premier voyage de François Hollande en Chine, en avril 2013, avait été très court avec une étape à Pékin et une autre à Shanghaï. Pour sa deuxième visite d'Etat dans la deuxième économie mondiale, François Hollande a choisi d'atterrir lundi 02/11 à Chongqing, grosse métropole de 7 millions d'habitants dans le sud-ouest du pays, où la France a construit une usine de dépollution des eaux. Ce sera première étape d'un voyage de deux jours.

A moins d'un mois du coup d'envoi de la conférence de Paris sur le climat (du 30 novembre au 11 décembre), le président français a mis son déplacement en Chine, premier pollueur mondial avec 28% des émissions totales de gaz à effet de serre, sous le thème de l'environnement. Il sera accompagné de cinq ministres, dont Laurent Fabius, à qui le palais présidentiel a confié l'organisation de la COP21, et Ségolène Royal, en charge de l'écologie. Nicolas Hulot, envoyé spécial de l'Elysée pour la protection de la planète, fera aussi partie de la délégation. Par ailleurs, une trentaine d'hommes d'affaires français l'accompagnent pour rencontrer leurs homologues chinois. Il s'agit de favoriser aussi bien les investissements français en Chine que ceux de la Chine en France. Ils sont encore les uns et les autres très au dessous de ce que l'on pourrait attendre de la part des deux pays.

Cette visite française se déroule au moment où le Comité central du Parti communiste chinois, (PCC) tient son plénum annuel de 4 jours. Elle intervient aussi, comme nous l'avions signalé dans des articles précédents, au moment où les Etats-Unis multiplient des démonstrations navales dans des eaux de la mer de Chine méridionale considérées par la Chine comme faisant partie de sa zone exclusive de navigation. Washington s'efforce évidemment de mettre en difficulté le Président Xi Jinping et le Premier ministre Li Keqiang à l'occasion tant de la COP21 que du plénum du CCP.

Le plénum

Le plénum se tient à portes fermées. Néanmoins il y a tout lieu de penser qu'y seront évoquées les difficultés économiques et sociales. Celles-ci ne semblent pas aujourd'hui en recul, mais au contraire en aggravation. S'y est ajoutée récemment une baisse spectaculaire des valeurs boursières, qui ne semblent pas véritablement se redresser.

Manifestement, il ne s'agit pas de phénomènes conjoncturels. Ils imposeront nécessairement des réformes en profondeur des politiques menées par la Chine dans ces trois domaines. Le prochain plan de 5 ans, de 2016 à 2020, devrait proposer des remèdes héroïques. On le saura dans quelques semaines, quand il sera connu. Il devrait semble-t-il marquer une ouverture plus grande de la Chine à l'économie de marché, accompagnée d'une privatisation accrue des entreprises publiques.

L'agence Xinhua reconnaît d'ores et déjà que le retour à une croissance de deux chiffres ne se produira plus. Tout au moins, et dans la mesure où les statistiques sont crédibles, celle-ci devrait avoisiner les 7%, sinon moins. Ceci sera nécessairement mal accueilli par la classe des « ultra-riches », fortement représentés au plénum. La classe moyenne supérieure, ayant avec la précédente profité presque seule de la « croissance », au détriment de centaines de millions de travailleurs pauvres, ne verra sans doute pas non plus cette évolution d'un bon oeil. Il en sera de même du personnel des administrations d'Etat et provinciales ayant jusqu'ici grâce à une corruption endémique, tiré abusivement parti de la « croissance ».

Un libéralisme accru ?

Beaucoup d'économistes chinois, rejoints par des confrères russes, s'interrogent cependant sur la question de savoir si une ouverture plus grande au libéralisme à l'américaine, nommé néo-libéralisme financier dans le reste du monde, permettra à l'économie et même au régime chinois de s'adapter aux difficultés considérables d'ores et déjà prévues, notamment du fait du réchauffement climatique, de la désertification et des pollutions en découlant. Ne faudrait-il pas au contraire diminuer les dépenses de consommations somptuaires au profit de grands investissements publics d'infrastructure. La Chine dispose désormais d'une Banque à cette fin, l'AIIB, mais celle-ci manque cruellement des ressources qui seront à l'avenir nécessaires.

Se posera aussi nécessairement la question de savoir si l'équipe dirigeante au pouvoir, dirigée de façon très autoritaire par Xi Jinping et ses amis, pourra longtemps résister aux pressions de personnalités souhaitant prendre leur place. Li Xinping a axé son action politique intérieure sur la lutte anti-corruption. Mais celle-ci ne cache-t-elle pas en priorité la volonté d'éliminer d'éventuels rivaux? Le Financial Times a suggéré en aout que Li se battait pour s'assurer un avenir politique moins que certain aujourd'hui. Des rumeurs avaient fait état en mars d'une conspiration contre lui l'ayant obligé à annuler un voyage au Pakistan. Il en résulte que des mesures accrues pesant sur la presse et sur internet découragent déjà toutes nouvelles manifestations d'opinions pouvant mettre en cause la stabilité du parti.

Mais sans doute s'agit-il là de détails qui ne devraient pas empêcher les coopérations stratégiques franco-chinoises de prendre de plus en plus d'importance. Personne n'oubliera par ailleurs que la Chine sera un des membres les plus influents du Brics et des reconfiguration de l'axe du monde qui en découleront, face à une Amérique dont les gesticulations militaires en mer de Chine et le « pivot vers l'Asie » annoncé à grand bruit ne pourront cacher le relatif déclin.