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Editorial 3. L'intelligocène ou l'ère de l'extinction de la vie terrestre
Jean-Paul Baquiast, Christophe Jacquemin 16/05/2016

L'Union internationale des sciences géologiques (IUGS) discute encore une suggestion formulée par Paul Crutzen et Eugene Stoermer en 2000 visant à nommer anthropocène (ou Age de l'humain) notre actuelle période géologique. Ce nom serait justifié par le fait que les humains ont changé la face de la planète en quelques milliers d'années. Ils ont construit d'innombrables structures n'existant pas auparavant sur Terre, mais dans le même temps, ils sont clairement responsables de l'actuelle 6e extinction massive des formes de vie existantes. Dans le même temps ils ont induit des modifications brutales du climat en large partie responsable de cette extinction.

Certains seront tentés de suggérer que le terme d'anthropocène n'est pas assez explicite pour désigner les conséquences de l'apparition de l'espèce humaine. Il vaudrait mieux parler d'ère de l'intelligence ou « intelligocène ».

Il y a quelques décennies, dans un débat avec l'astrophysicien Carl Sagan, le biologiste Ernst Mayr avait suggéré que si l'on ne peut observer dans le système solaire de planète hébergeant de l'intelligence, même s'il est très vraisemblable qu'elles entretiennent ou aient entretenu des formes des vies beaucoup plus simples, c'est sans doute parce qu'elles ont elles aussi, dans leur première histoire, « bénéficié » de mutations permettant le développement de cerveaux capables de ce que l'on nomme aujourd'hui l'intelligence.

Les paléoanthropologues discutent encore de la date et de la nature de telles mutations. Si la vie sur Terre a été quasi contemporaine de la vie elle-même, soit 3 ou 4 milliards d'années, elle n'a longtemps pris que des formes virales ou monocellulaires. Les formes de vie pluricellulaires ne sont apparues que 600 millions d'années plus tard. Les animaux dotés de cerveaux sont apparus encore plus récemment. Enfin l'on attribue aux australopithèques, datant d'environ 10 à 5 millions d'années, la capacité de commencer à utiliser des outils primitifs. Des outils de plus en plus complexes sont devenus inhérents à toutes les sociétés préhumaines et humaines ultérieures.

Or si les outils aux mains de ces préhumains et humains leur ont permis, jusqu'à aujourd'hui, d'envahir la surface de la Terre et de transformer les milieux naturels en profondeur, ils ont été responsables dès les origines d'une prédation de plus en plus marquée des espèces végétales et animales antérieures.

La raison pour laquelle les australopithèques se sont ainsi différenciés des autres primates, en devenant capables de ce que l'on a nommé ensuite des formes rudimentaires d'intelligence, reste encore un mystère. L'on soupçonne une mutation qui se serait par hasard produite dans leurs cerveaux et qui aurait réussi à se perpétrer. La suggestion de faire remonter l'anthropocène à la date relativement récente où cette mutation se serait produite est donc fondée.

Intelligocène

Mais pourquoi parler d'anthropocène et non pas de façon plus précise d'intelligocène? Le terme serait plus approprié si l'on considère que les bouleversement et destructions ayant affecté les espèces naturelles sont pour l'essentiel le résultat du développement d'une espèce humaine dotée d'intelligence. Ces destructions se sont de plus en plus étendues au cours des âges. Elles prennent aujourd'hui des aspects catastrophiques.
Il n'apparait pas aujourd'hui possible que, malgré le développement de solutions artificielles, aussi sophistiquées qu'elles soient, dues elles-mêmes à l'intelligence, celles-ci puissent en temps utile remplacer les espèces naturelles disparues.

Autrement dit, tout laisse penser que si l'intelligence, sous ses formes destructrices, continue encore pendant quelques décennies ou siècles à exercer ses ravages, il n'y aurait plus d'intelligence humaine pour s'en apercevoir, l'humanité ayant disparue.

La Terre serait alors devenue une planète desséchée comme Mars ou surchauffée comme Vénus. Rien n'interdit d'ailleurs de penser que ces deux planètes disposaient il y a quelques milliards d'années, d'une vie biologique voisine de cette existant sur Terre. Mais cette vie aurait, bien avant la Terre, subi une mutation catastrophique ayant permis l'apparition d'êtres intelligents. L'intelligence de ceux-ci n'aurait pas été suffisante pour empêcher les effets destructeurs que nous expérimentons actuellement sur Terre.

Dans ce cas, l'intelligocène terrestre, suivant les mêmes processus, n'apparaitra à un observateur extraterrestre, s'il en était, que comme une période géologique d'une extrême brièveté, avant que notre planète ne rejoigne l'état actuel des planètes solaires voisines.