Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 169
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubrique

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).

 


Article. La malédiction de l'intelligence
Jean-Paul Baquiast 23/05/2016

Dans notre éditorial du 16/05/2016 intitulé « L'intelligocène » nous proposons ce terme plutôt que celui d'anthropocène, pour désigner l'ère dans laquelle est entrée la Terre depuis l'apparition d'animaux dits intelligents, aujourd'hui nommés les humains. Nous indiquons également que cette ère risque d'être très courte, au mieux quelques siècles à venir, du fait que l'intelligence, qui a déjà profondément transformé la Terre, est semble-t-il en voie de la détruire. Précisons ici certaines assertions de cet éditorial.

Non seulement l'intelligence des humains, mis au service de leur volonté inépuisable d'extension et de conquête, les a déjà conduits à provoquer une nouvelle grande Extinction des espèces vivantes, mais elle les met sur la voie de générer des changements climatiques majeurs. Ceux-ci, qui ne se limitent pas au réchauffement mais à d'autres effets annexes comme la désertification, seront les principaux acteurs de la disparition des espèces vivantes ayant encore survécu à ce jour.

On peut penser qu'en quelques siècles, ces changements affecteront d'une façon si profonde l'ensemble de la Terre qu'ils la transformeront en une planète semblable à ce que sont aujourd'hui Vénus ou Mars, totalement incompatible avec le maintien de la vie. Vénus est un astre surchauffé, à l'atmosphère dense, soumis à un effet à un puissant effet de serre. Au contraire Mars, pratiquement sans eau de surface et presque dépourvue d'atmosphère, subit avec une telle intensité les rayonnements solaires qu'elle se présente aujourd'hui comme un désert aride, soit très chaud soit très froid, selon les expositions.

Il est impossible aujourd'hui de prévoir ce que deviendra la Terre avec la fin de la vie terrestre, qui marquerait le terme de l'intelligocène. Les deux voies semblent possibles, dépendant notamment de ce que deviendront les eaux océaniques. Soit elles s'évaporeront en partie produisant avec d'autres gaz à effet de serre un confinement analogue à celui régnant sur Vénus. Soit elles se disperseront dans l'espace interspatial. Ces hypothèses peuvent permettre de penser que Vénus comme Mars, situées toutes les deux comme la Terre dans la zone habitable, et ne semblant pas présenter de différences géologiques majeures par rapport à la Terre, ont pu être il y a quelques milliards d'années des planètes habitéess, où la vie serait apparue et surtout se serait transformée et complexifiée, bien avant ce qu'elle a fait sur Terre.

Cette vie aurait permis très rapidement, pour des raisons contingentes, l'apparition d'espèces complexes puis intelligentes. Les conséquences désastreuses de cette intelligence aurait provoqué en quelques millénaires leur disparition. Les deux planètes pourraient donc être la préfiguration de ce que deviendra la Terre sous les effets néfastes de l'intelligence humaine.

Mais peu importent les causes ayant donné à Vénus ou Mars leur visage actuel. Il suffit de s'interroger sur le risque de voir la Terre, détruite à long terme par les effets de l'intelligence, devenir semblable à elles. Ceci soulève immédiatement la question de savoir pourquoi, l'émergence chez l'homme d'un cerveau capable d'intelligence pourrait avoir de tels effets catastrophiques. L'intelligence humaine, comme semblent encore le croire quelques « humanistes » bien-pensants, ne permettrait-elle pas de prévoir l'apparition de tels effets catastrophiques et de faire en sorte qu'ils ne se développent pas de façon destructrice non seulement pour l'homme, mais pour la vie terrestre en général.

L'intelligence et ses effets

Il est nécessaire de se poser la question de ce que l'on désigne par le terme d'intelligence. En simplifiant beaucoup, on peut dire qu'il s'est agi d'une mutation apparue dans les cerveaux de certains primates leur permettant de transformer le milieu naturel avec des outils provenant de ce même milieu naturel. Ce phénomène, comme nous l'avions rappelé dans notre essai « Le paradoxe du Sapiens » serait apparu des la fin de l'histoire des australopithèques et n'aurait cessé de se complexifier depuis de façon évolutionniste. Il aurait provoqué les transformations prodigieuses subies par la Terre et en conséquence par l'humanité, notamment depuis l'ère industrielle. Mais il aurait parallèlement provoqué une croissance démographique et finalement un épuisement des ressources terrestres disponibles.

Comme l'indique l'anthropologue Paul Jorion dans son dernier ouvrage « Le dernier qui sortira éteindra la lumière », la science et la technique ne paraissent pas pouvoir, contrairement aux rêveries des tenants de la Singularité, permettre dans un horizon de temps prévisible, l'apparition d'humains tellement augmentés qu'ils en deviendraient artificiels et moins encore la survie de ceux-ci sur une autre planète.

Par contre, elles ont toutes les ressources nécessaires pour se mettre au service des instincts les plus destructeurs de l'humanité. Il en résulte d'ailleurs qu'aujourd'hui, la science et la technique ont toujours été utilisées davantage par les militaires que par des « humanistes » ou des philosophes.

Or il faut rappeler que si le cerveau humain, dans certaines des aires de son cortex supérieur, est capable de générer des comportements intelligents qui sont notamment à la source des connaissances scientifiques désintéressés, il est encore plus capable de faire naître et entretenir chez l'homme des compétitions économiques mortelles, l'agression et la guerre. Les facultés de l'intelligence se sont dès les origines mises au service de ces pulsions mortifères. Avec l'épuisement des ressources naturelles, ces dernières ne pourront que se renforcer.

Comme il s'agit de ce que l'on pourrait appeler d'un terme peu scientifique des instincts profonds, bien plus marqués chez l'homme que chez les autres espèces supérieures, il est légitime de penser que si certains scientifiques, s'appuyant sur leur intelligence, prévoient déjà les conséquences catastrophiques de la poursuite, « business as usual », des comportements destructeurs actuels, ils n'auront pas de poids suffisants pour contrer les pulsions destructrices présentes chez le reste de l'humanité.

Il n'est d'ailleurs pas inutile de rappeler que celle-ci comportant actuellement plus de 7 milliards d'individus, en comportera prochainement une dizaine de milliards. Sans céder au « racisme » on peut pronostiquer que ceux-ci, poussés par le besoin et n'ayant ni le temps ni les facilités matérielles pour accéder à une science humaniste, obéiront davantage aux impulsions irrationnelles souvent religieuses qu'aux effets de raisonnement globaux rationnels. On en arrivera à la prévalence de mouvements suicidaires du type: « Peu importe que je meure si mes adversaires meurent avant moi. Je n'en arriverai que plus vite au paradis ».

D'où la courte duré de vie à venir que certains prévoient pour l'intelligocène et la vie terrestre en général.Est-il possible d'affirmer que ce disant ils se trompent. Nous ne voyons pas pour notre part d'arguments solides à leur opposer.

Comme quoi la course actuelle pour la « conquête » de Mars pourrait s'avérer inutile. Nous ferons nous-mêmes de la Terre, sans dépenses coûteuses en matière de voyages interplanétaires, une planète semblable à ce qu'est notre proche voisine.

Note

On peut lire dans le New Scientist un article intitulé Swansong Earth qui décrit les différentes phases d'extinction de la vie au fur et à mesure du réchauffement du à la transformation du soleil en boule de feu. Ceci sera inévitable mais ne surviendra que dans quelques milliards d'années. Dans l'hypothèse évoquée ici, l'augmentation de température serait seulement due aux activités dites intelligentes. Elle serait moins importante, mais se produirait infiniment plus tôt. Ses effets sur la vie seraient les mêmes.

Voir https://www.newscientist.com/article/mg23030722-700-last-days-of-earth-life-in-7-billion-years-ad/