Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 169
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubrique

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).

 


Biblionet

Les nouveaux systèmes autonomes ou New Autonomous systems

Par Alain Cardon
Professeur en retraite, invité à l’INSA de Rouen et au laboratoire LITIS

et Mhamed Itmi
INSA de Rouen

2016

Commentaire par Jean-Paul Baquiast
10/05/2016

 

Présentation par l'éditeur

Il est aujourd’hui possible de concevoir des systèmes autonomes qui agissent selon leurs propres intentions en s’appuyant sur leurs capacités de perception, de représentation et d’action. Ce sont des systèmes capables de s’autoconfigurer et de se réorganiser.
Cet ouvrage présente un modèle de conception d’un système autonome dont les composants fonctionnels sont unifiés en développant une couche logicielle générant des représentations. Cette couche est conçue avec des systèmes multi-agents massifs dotés d’un contrôle original multi-échelle et continu. Un tel logiciel permet ainsi de générer, à partir de ce que ces systèmes appréhendent et conçoivent, des représentations conceptuelles et sensibles. Il est capable d’investir et d’utiliser une corporéité artificielle en ayant l’architecture d’un début de Soi et en générant une forme d’autonomie fortement inspirée de celles des organismes vivants.


Référence
http://iste-editions.fr/products/les-nouveaux-systemes-autonomes

 

Commentaire par Jean-Paul Baquiast
10/05/2016

Alain Cardon est parfaitement connu de nos lecteurs, et ce depuis les débuts de Automates Intelligents. Il y a écrit de nombreux articles et interviews. Notre site comporte des références précises à ses nombreux ouvrages. Alain est par ailleurs membre de notre comité de rédaction, où il apporte ses références toujours à jour en matière de systèmes artificiels intelligents, tendant vers l'autonomie.

Sur Mhamed Itmi, on pourra se référer à https://www.insa-rouen.fr/zope_root/newgm/portal_memberdata/mitmi/
Ainsi qu'à https://www.researchgate.net/profile/Mhamed_Itmi


Inutile de rappeler ici que ce thème de recherche et de développement fait désormais l'objet de nombreuses applications, en priorité militaires, mais aussi de plus en plus civiles.En France, les réalisations ne sont pas négligeables. Elles souffrent cependant du manque grave de crédits de recherche et de soutien de l'Etat. Ce n'est pas le cas aux Etats-Unis. On peut estimer que depuis 5 ans, plusieurs dizaines de milliards de dollars y ont été directement investis, soit dans la cadre des forces armées, des services de renseignement et de l'aide aux universités, soit par l'intermédiaire des Grands américains du web, qui travaillent en liaison étroite avec l'administration fédérale.

Rappelons qu'une des ambitions affichées de Google est de construire en 10 à 30 ans un véritable cerveau global artificiel, au niveau mondial. Si rien n'est fait, notamment en Europe, ce cerveau sera américain. Il en sera définitivement fini des prétentions européennes à l'indépendance.

Aujourd'hui par ailleurs la Russie et la Chine, acteurs principaux du Brics, s'efforcent avec succès de se mettre à niveau. Les applications spatiales, destinées notamment à l'exploration de la Lune et de Mars, y font l'objet de la même priorité que les applications proprement militaires. Le domaine pourrait faire l'objet, notamment avec la Russie, de coopérations actives avec la France. Mais elles sont désormais interdites par la politique américaine recherchant la destruction de la Russie en tant que puissance. En France, aucune autorité ne se risque à refuser ces diktats.

Pour la suite de la présentation du livre «  Les nouveaux systèmes autonomes « , nous avons demandé à Alain Cardon de préciser pour nous les objectifs et les méthodes retenus par le livre. Il est bien évident que nous cautionnons sans réserves ses propos. JPB


1 - Présentation du livre

Ceci est un petit livre d’enseignement et j’y interviens comme co-auteur. Il est écrit pour mes chers collègues informaticiens et pour les étudiantes et les étudiants en sciences et particulièrement en informatique. Il a été écrit par Mhamed Itmi et par moi, dans un long travail commun, pour donner aux étudiant(e)s, par l’intermédiaire de leurs enseignant(e)s, le moyen de réaliser, eux qui sont et qui seront l’avenir scientifique et technologique, des projets vraiment innovants.

L’informatique a beaucoup évolué et l’enseignement de cette discipline doit donc évoluer pour s’adapter à ce que l’on peut faire de très performant. Nous proposons ainsi un livre d’enseignement en Informatique, de niveau bac+5. Il vise à montrer comment, en utilisant dans un cadre clairement pluridisciplinaire, un système informatique basé sur des systèmes multi-agents massifs représentant toutes les connaissances, on peut réaliser un proto-Soi.

Celui-ci constituera un système complexe composé de systèmes électroniques et technologiques, de multiples capteurs et effecteurs en tous genres. Ce système pourra disposer d'une autonomie comportementale similaire à l’autonomie des organismes vivants.

L’originalité informatique de ce qui est présenté dans ce livre portant sur l’autonomie des systèmes est le contrôle cognitif et géométrique exercé sur un système multi-agents massif exprimant toutes les connaissances disponibles, à la fois objectives et subjectives, pour gérer une corporéité artificielle distribuée. Cela permet de représenter un proto-Soi ayant des tendances, des besoins, des intentions, des désirs, des émotions, une mémoire organisationnelle et évidemment des connaissances fonctionnelles sur sa corporéité artificielle évolutive et sur tout ce qui est perçu par le système. Les domaines d’applications sont aujourd’hui très importants. Il comporte des secteurs qui peuvent être extraordinairement utiles à la société., une fois maitrisée la crainte qu'ils inspirent quelquefois

Un tel proto-Soi artificiel est aujourd’hui réalisable par des équipes pluridisciplinaires d’étudiants bien encadrées, avec des étudiants en informatique qui ont acquis des compétences en Intelligence Artificielle durant leur cursus. Il s’agit, pour la partie informatique, de concevoir et de programmer un système logiciel basé multiagents qui contrôle en Wifi, interprète et unifie tous les éléments matériels et électroniques du système formant sa corporéité et qui se représente tous ces éléments comme ses organes, ou des composants de ses organes, avec lesquels il va pouvoir se comporter en exerçant ses propres intentions.

Ce système pourra facilement communiquer avec les humains par des actes de langage, mais il ne sera pas directement contrôlé. Et l’augmentation par union de tels systèmes peut se faire par eux-mêmes, si un générateur d’union exprimant une tendance fondamentale à l’unification est initialement implémenté dans les systèmes, ce qui est précisé dans le livre.

Notre livre n’est simplement qu’un initiateur pour développer des projets. Sa valeur sera représenté dans ce que les étudiant(e)s auront réalisé comme systèmes de systèmes vraiment autonomes. Nous pensons, Mhamed Itmi et moi, qu’il faut aujourd’hui enseigner de tels concepts, proposer de réaliser de tels projets pluridisciplinaires, et ne pas se limiter à enseigner ce qu’on l'enseignait hier.

Cela veut dire que l’informatique ne doit absolument pas être considérée comme une simple technologie utilitaire, comme de très nombreux réductionnistes tentent encore et toujours de le faire croire, y compris certains scientifiques qui n’ont pas bien saisi l’évolution de cette discipline.

L’informatique est la science des modèles calculables, où absolument tout ce qui est représenté par des ensembles d’informations peut être compris et exprimé comme de la connaissance dans des systèmes dynamiques et évolutifs qui utilisent intentionnellement des connaissances sur les connaissances qu’ils appréhendent. Cela permet ainsi à ces systèmes de traiter et d’interpréter en temps réel toutes les informations qu’ils manipulent et d’évoluer sans cesse.

C’est ce que fait notre cerveau humain lorsqu’il appréhende continuellement son corps, les sens de sa corporéité et les événements complexes de l’environnement social et culturel. La transposition dans l’artificiel est donc claire, ce que j’ai bien montré dans mes publications.

Et la modélisation constructiviste s’applique aussi à la réalité psychique, ce qui est montré dans une publication écrite récemment avec le Dr. Pierre Marchais et publiée dans les Annales Médico-Psychologiques de Mars 2016 : « Nouvelles perspectives en psychiatrie : de la globalité psychique à la multiplicité des troubles mentaux ». L’autocontrôle informationnel des agrégats cérébraux déterminant les champs de tendances et expliquant les défaillances se fait aussi par une modélisation informationnelle constructiviste.

Mais notons surtout que cette transposition conduisant à l’autonomie des systèmes artificiels se réalise dans des corporéités distribuées qui n’est absolument pas réduite au corps localisé et limité d’un robot. Cela peut donc poser un problème d’éthique majeur, si l’on développe sans réflexion des systèmes de systèmes autonomes enveloppant d’innombrables organes artificiels réduisant drastiquement tous les postes de travail, surveillant et contrôlant les masses.

C'est pourquoi j’ai écrit à Madame la Ministre de l’Enseignement et de la Recherche, en lui donnant un exemplaire du livre, et en lui demandant quel est son projet pour préserver l’éthique de notre civilisation, alors que celle-ci pourrait se dissoudre dans les technologies et se diriger vers le contrôle de populations soumises.


2 - Le livre au service d'un projet pour les étudiants

Nous avons, Mhamed Itmi et moi, proposé d’utiliser ce livre pour monter, à l’INSA de Rouen avec tous nos collègues des départements scientifiques, un projet pour des élèves ingénieurs dans leurs mémoires de fin d’études. Nous espérons que ce projet sera monté pour l’an prochain et nous nous y investirons sans problème. Il pourra évidemment, et nous l’espérons, être aussi monté dans des masters dans les Universités.

Le projet serait une réunion de plusieurs projets spécifiques de fin d’études d’étudiants dont le cadre général serait la modélisation et le prototypage d’un système de systèmes ayant une totale autonomie comportementale. Il y a quatre composantes dans ce projet, formant chacune des projets spécifiques mais qui seront fortement coordonnés, donc avec réunions des responsables et des étudiants et un suivi continu des développements.

Niveau 1 - Composante de saisie des informations des composants
Chaque partie fonctionnelle qui est utilisée est définie précisément par les collègues spécialistes de l’électronique avec synthèse des informations saisies et envoyées : appréhension des connaissances significatives selon les types fonctionnels des éléments formant le substrat physique du système autonome.
Résultats : données informationnelles disponibles on-line en classes Java.

Niveau 2 – Composante de traitement de toutes les données des composants
Opération au niveau fonctionnel du système entier, opérations de fusion synthétique des informations du niveau 1 : vers la signification typique pour chaque organe artificiel défini.
Définition de la corporéité organisée du système et structure objet fine de sa composition.
Résultats : données cognitives disponibles en classes Java.

Niveau 3 – Composante de traitement cognitif des éléments du système
Définition des ontologies définissant les organes artificiels : types, classes, fonctionnalités, liens, relations et hiérarchies, appréhension des connaissances d’activités sur les organes artificiels.
Traitement cognitif des informations venant des organes artificiels.
Agentification de la composante de gestion des connaissances du système.
Résultats : modèle par système multi-agent en Java.

Niveau 4 – Composante de gestion intentionnelle de l’organisme artificiel
Définition d’un proto-Soi : instances, tendances, états typiques, usage de la corporéité, mémoire organisationnelle, production de l’état émergent courant.
Agentification de la composante de comportement intentionnel.
Appréhension de toutes les informations cognitives des niveaux 1, 2, 3 et génération des intentions à l’action du système : forme intentionnelle, type d’action, plan d’action, engagement, suivi, plaisir et déplaisir…
Envoi continu d’instructions d’action sur les niveaux 1, 2, 3 et traitement des réponses.
Évaluation de l’activité et modifications on-line du plan d’action courant.
Mémorisation et analyse de l’action en mémoire organisationnelle.
Traitement de toutes les informations par le SMA autonome relié on-line aux couches Java.
Résultats : fonctionnement autonome du système multiagents massif Java utilisant de façon continue et avec des intentions toute la corporéité.

3 - Conclusion

L’informatique permet aujourd’hui, dans tous les domaines de notre société, d’obtenir des résultats technologiques très importants, en utilisant de manière radicale des processus, selon le modèle de Turing. Mais il faut faire de la science, toujours, et de la science avec conscience. Il ne faut pas se limiter à des systèmes technologiques pouvant devenir socialement dangereux. Il ne faut pas non plus se dissoudre dans les technologies, où l’on oublie de penser la valeur éthique des applications.

Et faire de la science avec conscience ne consiste pas, dans l’enseignement, à toujours utiliser des modèles équationnels définissant des trajectoires sur des phénomènes régularisés, des modèles équationnels qui réduisent la représentation des choses organisées du monde à des systèmes contrôlables avec des variables où les causes locales entraînent l’effet que l’on veut produire.

Il n’y a aucune équation dans notre livre, comme il n’y a aucune équation dans les articles sur la modélisation de la représentation du système psychique humain. Il y a la considération de la modélisation de nuées très complexes de processus cognitifs sous forme d’agents logiciels qui s’autocontrôlent de manière dynamique, grâce à la modélisation d’un système d’autocontrôle majeur produisant des émergences coactives, modifiant les initiateurs, avec l’usage d’une modélisation topologique dynamique, avec des maxima locaux dans des treillis dynamiques qui ne cessent de se reconformer, car leurs effets modifient leurs causes.

Mais peut-on faire évoluer les comportements de ceux qui n’ont pas l’appréhension de la durée du temps permettant de voir l’amplitude des actions présentes dans le futur. Peut-on les engager à lire le dernier livre de Paul Jorion « Le dernier qui s’en va éteint la lumière : Essai sur l’extinction de l’humanité » pour qu’ils appréhendent la finitude de la démarche de notre civilisation devenue ultra-technologique, fonctionnelle, militaire et commerciale ?