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Après le Brexit, comment anticiper les marchés ?
Hubert Levoyer 27/06/2016

L'auteur est analyste financier. AI

Après une analyse de la situation politico-économico-géopolitique à la suite du Brexit, il peut apparaître intéressant de poursuivre par une réflexion sur les marchés. J’insiste pour les lecteurs occasionnels en confirmant que toutes les statistiques citées sont authentiques

Un mot rapide sur l’immobilier : logiquement, les agences parisiennes sont dépassées par les appels téléphoniques et les rendez-vous. Une radio citait ce matin un chiffre record de 30 ME pendant le week-end dans une seule agence. Les acheteurs sont à la fois anglais pour placer leurs liquidités et surtout prendre des actifs réels indépendants de la baisse attendue durablement de la livre, et des français cadres très supérieurs qui construisent immédiatement leur retour en France. Les cours des meilleurs appartements parisiens ont encore de beaux jours devant eux, comme les commissaires-priseurs.

En ce qui concerne les marchés et plus précisément le CAC 40 nous ferons trois hypothèses :

Hypothèse 1, 5 % :

Les Anglais toujours particulièrement perfides arriveraient à repousser et même à annuler le Brexit. Ce serait un comble mais les accords européens sont tellement abscond et leur perfidie insondable dans une Europe tellement délétère qu’ils pourraient même y arriver. Alors les marchés remontent et le CAC retro0 retrouve 4 500, voire plus.

Hypothèse 2 :

Les marchés suivent la logique, 70 % : Rappelons-nous qu’avant le Brexit le CAC était descendu à 4 100 sur des bases fondamentales solides : l’impossibilité pour pratiquement tous les pays de notre planète, sauf l’Inde, à retrouver une croissance décente et ce malgré des injections de la FED de plus de 1 500 Md$, de la BEC de 1 000 MdE, du Japon de… je ne sais plus tellement ils en ont faits et continuent. Ce qui est contraire à tous les modèles ‘’classiques’’. Cela me rappelle un motard qui voulait battre le record du monde dans les années 2000 et qui disait ‘’entre 0 et 300 km/h je mets le guidon à droite pour tourner à droite, puis entre 300 et 400 je dois mettre le volant à gauche pour tourner à droite, le problème c’est au-dessus de 400 car cela devient compliqué car alors en principe il faut mettre le guidon à droite mais ce n’est pas certain’’. Je ne me souviens plus s’il a battu le record. Par contre ce qu’il y a de sûr c’est que les Banques Centrales sont dans cette configuration depuis leurs injections appelés Quantitative Easing ou en bon français des ‘’mesures non-conventionnelles’’. Ce vocabulaire explique de lui-même que depuis les années 2010 nous sommes entrés en terra incognita et que cette expression s’applique en premier, aux Banques Centrales elles-mêmes. Brr.

Les éléments contributifs à cet environnement difficile sont nombreux :

- l’impossibilité des USA à maintenir une reprise, avec un chômage réel supérieur à 17 %, 4,1 % officiel, en raison des 40 millions d’Américains inscrits aux soupes populaires et sortis des statistiques, avec une productivité en forte baisse depuis 2007 et surtout une vitesse monétaire quasiment au plus bas historique. Il est évident que si la monnaie ne tourne pas entre acteurs économiques c’est qu’il y a moins d’échanges que la normale

- la Chine est hyper endettée, les investissements ont été très surdimensionnés à la fois dans des infrastructures inutiles, dans l’immobilier avec des villes de plus de 500 000 habitants inhabitées et des usines désertes fautes de clients et donc de salariés

- les pays émergents qui vivent une ‘’consolidation’’ normale et classique après leur développement trop rapide. De plus ils sont impactés par le ralentissement global auquel eux-mêmes contribuent. Ils subissent aussi de plein fouet l’impact destructeur de la chute du prix du pétrole et des autres matières énergétiques, agricoles et premières

- Le prix du pétrole n’est que l’otage de pays comme l’Arabie Saoudite qui veut maintenir son hégémonie contre des ‘’perturbateurs’’ comme la Russie ou les américains avec leur pétrole de schiste. Il s’agit d’une véritable guerre dont l’issue est incertaine, et où les morts, entreprises ou pays (Venezuela, Brésil) seront nombreux.

- La surévaluation des marchés dans ce contexte particulier, quand le marché atteint 4 500 pour le CAC

Dans cette hypothèse, nous devons partir de 4 100 pour se dire que les conséquences du Brexit qui s’ajoutent à tous les éléments précédemment cités, militent à nouveau vers une baisse des marchés. La bonne nouvelle venue d’Espagne ce matin après les élections n’est qu’une goutte d’eau dans cet océan. Disons 500 à 1 000 points d’indice à partir de cette base, ce qui nous conduit théoriquement progressivement à 3 600 et 3 100.

Est-ce possible ? La pratique va-t-elle rejoindre la théorie ? Au moins un élément milite à moduler ces objectifs, surtout le second à 3 100. En effet beaucoup de particuliers sont sortis de la bourse depuis 2010, les vendeurs potentiels susceptibles de faire baisser le marché sont donc beaucoup moins nombreux et les institutionnels détenteurs de portefeuilles comme les banques ou les sociétés d’assurance raisonnent à 20 ou 30 ans et gardent leurs titres. La pression à la baisse est donc plus faible. Les particuliers et les investisseurs volatiles vont-ils suffirent à dépasser à la baisse 3 600 ? Impossible de le dire aujourd’hui.

Reste la vulnérabilité des marchés. Aujourd’hui lundi 27 juin nous ne sommes plus dans un marché structurellement systémique (effet domino) dans les banques et les assurances comme en 2008. Les banques centrales et surtout les organismes de contrôle ont imposé des règles drastiques pour limiter les risques notamment en obligeant les banques à avoir des ratios de risques très inférieurs, ce qui doit limiter le casse. Ce point est très positif. Par contre, les marchés ont reconstitué les positions spéculatives à effet de levier pour dépasser le niveau de 2008 qui était de 700 000 000 000 000 $, 700 000 milliards de dollar. Et encore depuis c’est créé le marché du ‘’shadow banking’’, qui compte son nom l’indique est totalement hors des contrôles. On l’estime vers 200 à 300 000 Md$, et personne ne sait ce qui s’y passe. Pourquoi cela existe ? La cupidité des spéculateurs n’a pas de limite et les dirigeants mondiaux ne courent pas après les voyous. En sont-ils eux-mêmes ? Hum, no comment.

On peut conclure que si les marchés n’ont pas la configuration systémique aujourd’hui, il n’est pas impossible que l’on n’y retourne comme en 2008-2009 compte tenu de ce qui précède. De plus l’évolution des cours montrent que les positions prises par la spéculation dans les derniers jours pour le Brexin ont été considérables, et ils se sont trompés, donc des fonds spéculatifs ont par définition des pertes considérables (d’autres ont gagnés) qui peuvent entrainer des faillites retentissantes comme en 2008 et faire entrer les marchés dans le risque systémique. Alors nous pourrions aller à 3 100 ou au plus bas de 2009 2 700.

Hypothèse 3 :

Les ordinateurs s’écartent de la logique, 25 %. On sait qu’aujourd’hui les ordres par ordinateurs, parfois en nano secondes (un milliardième de seconde), représentent 70 à 80 % des ordres sur les marchés. Ils sont même directement branchés sur des radios et des télévisions pour réagir dans un sens ou dans l’autre en fonction des mots prononcés à tout moment par tel ou tel dirigeant dans tel ou tel conférence ou média. Ce qui explique l’extrême volatilité déraisonnable des marchés depuis 3 ou 4 ans. Ils réagissent à des programmes ou algorithmes entrés par les experts en informatique. Quel est le sens global de ces derniers à un instant donné ? Impossible de le dire ni de le prévoir. On peut juste noter que depuis 6 mois ils sont systématiquement à la hausse des marchés. Dès qu’il y a une baisse elle est rapidement retournée en hausse. Si cela continue les marchés ne vont que peu baisser. S’ils changent de méthode et veulent casser le marché pour racheter à la baisse, et bien le Cac commencera à baisser fortement avant de se ressaisir encore plus fortement. Quand et à quel niveau ? Demandez-leur, c’est évidemment top-secret.

Vous avez tous la grande majorité des paramètres connus à ce jour. Retenons seulement que nous sommes dans un nouveau monde depuis les années 2010, monde que nos dirigeants politiques doivent apprendre, connaître, comprendre pour prendre les bonnes décisions. Vont-ils être à la hauteur ? Soyons optimistes, mais agissons avec prudence, on ne sait jamais. Après la crise de 2008, puis celle 2008.02 en référence aux pouvoirs et découvertes dans le numérique, après le Brexit, nous entrons à très grande vitesse dans une nouvelle crise la 2008.03 avec des données complètement nouvelles. Oui cette période totalement spécifique dans l’Histoire, est passionnante. Agissons pour que nos dirigeants ne quittent pas la barre mais s’investissent totalement pour découvrir le prochain port et soient des très bons marins.