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Refondre l'Union européenne
Par Jean-Paul Baquiast 22/06/2016

Nombreux sont ceux qui considèrent que l'Union européenne n'aura d'avenir qu'en changeant complètement de format. Elle devrait par exemple se reconstruire, au moins concernant un noyau dur, autour des 6 ou 7 pays fondateurs.

Ceux-ci seraient aussi évidemment des pays utilisateurs de l'euro. Ce noyau dur ou Euroland nouvelle version devrait devenir un véritable Etat fédéral, avec un parlement élu en commun, un gouvernement responsable devant ce Parlement. Il comporterait aussi toutes les administrations nécessaires, dans les domaines fiscaux, sociaux, réglementaires, fonctionnant sur la base d'une harmonisation complète des lois applicables.

C'est ce modèle qu'avaient il y a quelques années présenté, dans malheureusement l'indifférence générale, Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Schmidt. A l'époque, tout en saluant l'intérêt de ces perspectives, nous avions souligné les obstacles auxquels elles ne manqueraient pas de se heurter. Ce qui fut le cas. 1)

Il y a deux ans, Emmanuel Macron et le ministre allemand Sigmar Gabriel avaient envisagé ces perspectives...là encore dans l'indifférence général. 2)

Aujourd'hui, le même Emmanuel Macron a donné dans le Monde du 19/06 un interview relançant l'idée. Il suggère qu'une éventuelle sortie de la Grande Bretagne (le Brexit) ou les sorties éventuelles d'autres Etats soient l'occasion de repenser le projet européen. Il reprend l'idée selon laquelle l'Union devrait se reconstruire sur une base quasi fédérale.3).

Citons quelques éléments de cet entretien. Il faut élaborer « une ambition pour l'Union européenne tout entière sur les sujets de défense et de sécurité, de transition énergétique et de numérique ». Mais aussi « un projet de plus forte intégration qui permet une véritable convergence à quelques-uns au sein de la zone euro ». « Le socle doit être Paris et Berlin ; Rome certainement aussi. Les instruments, ce sont le budget de la zone euro, le commissaire et le Parlement de la zone euro ».

Pour le ministre, le référendum britannique marque « la fin d'une vision ultralibérale de l'Europe » : « L'Europe a perdu sa capacité à se penser et à se projeter dans le monde. Elle a été obnubilée par ses équilibres internes politiques, économiques, budgétaires, et s'affaisse sur elle-même. Elle finit par se résumer à un vaste marché. » Il propose le lancement d'un grand débat démocratique sur l'Europe dans tous les Etats membres afin de « recréer un sentiment d'appartenance, car on ne fera pas avancer l'Europe seulement avec la décision de quelques-uns dans un bureau ».

Oui mais...

Nous ne pourrions ici qu'approuver ces propositions. Mais pour qu'elles aboutissent, il faudrait que les Européens s'affranchissent de contraintes qui les rendent aujourd'hui de plus en plus incapables de transformer l'Union européenne dans le sens indiqué. Citons

- la volonté américaine de conserver l'Union dans sa forme actuelle. Son impuissance les sert dans le projet d'imposer leurs normes et produits (TTIP...) comme de contrer la Russie et la Chine. au plan géostatégique et militaire.

- la crainte, non exempte de bonnes raison, de voir l'Europe devenir officiellement ce qu'elle est déjà très largement dans les faits, c'est-à-dire une Europe dominée économiquement et même politiquement par l'Allemagne.

- mais bien plus fondamentalement, le refus des patrons européens et des hommes politiques sur lesquels ils s'appuient, d'accepter que les Etats-membres de la future Europe récupèrent le statut et les moyens leur permettant d'investir dans de grands programmes publics d'investissement et de recherche. Les concepts de services publics industriels et commerciaux devraient retrouver l'importance qu'ils ont perdu en 50 années de néolibéralisme financier.

Eux seuls seraient capables de refaire de l'Europe, au delà de l'euro, une vraie grande puissance capable de coopérer sur un pied d'égalité non seulement avec les Etats-Unis, mais avec la Russie et la Chine. L'Allemagne, principalement orientée vers des industries de consommation dépendant de l'exportation, ne sera jamais en mesure de le faire seule. La France au contraire disposerait de tous les atouts nécessaires, notamment de fortes compétences dans les technologies avancées (air et espace, médical, industries de défense), si elle retrouvait l'esprit du Conseil National de la Résistance et du début des Trente Glorieuse.

Il est significatif de constater qu'Emmanuel Macron n'évoque pas ces perspectives. Sans doute est-il trop jeune pour se référer à ce lointain passé.

Notes

1) Présentation du projet Europa de Valéry Giscard d'Estaing. Voir notre article du 1I/10/2014

2) Proposition en ce sens de Emmanuel Macron et Sigmar Gabriel. Voir notre article du 04/06/2015 .

3) Emmanuel Macron. Pour un projet de plus forte intégration