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Turquie. Coup de maitre de Vladimir Poutine
Jean-Paul Baquiast 23/07/2016

Dans des articles précédents, nous n'avions pas pleinement pris le parti de Recip Tayyp Erdogan face à la tentative de coup d'Etat dont il avait été l'objet. Le Sultan est si peu sympathique, en tant que représentant d'un islamisme de plus en plus combattif, et si loin de la démocratie telle est quelle majoritairement conçue en Europe, que l'on ne pouvait qu'éprouver un certain intérêt pour les putschistes.

Ceci dit, il faut être réaliste. Les ennemis de nos ennemis sont nos amis, selon la formule. En l'espèce, il est apparu ces derniers jours qu'Erdogan avait pris un virage géostratégique à 180°. Il était jusque là le soutien le plus ferme des manœuvres américaines pour déstabiliser l'Europe, notamment à travers l'appui aux migrations. Il était aussi à travers l'Otan le soutien le plus actif des opérations militaires visant à encercler la Russie, comme pour aider les Etats sunnites terroristes combattant la présence russe en Syrie. Cependant, depuis quelques semaines avant le coup d'Etat, il avait conclu avec Vladimir Poutine une série d'accords lui permettant de s'insérer dans les grands projets proposés conjointement par Moscou et Pékin dans le cadre de ce que l'on appelle désormais l'Union eurasienne . Voir notre article Poutine pardonne à Erdogan http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=2200&r_id

Il était devenu évident pour Washington qu'il fallait donc abattre Erdogan. D'où ce coup d'Etat. Mais celui-ci avait été si rapidement monté et si maladroitement exécutée qu'il a eu la suite que l'on sait. Il a été peu dit que cet échec a été en partie provoqué par les écoutes des services russes ayant in extremis détecté le danger. Erdogan a été prévenu juste à temps, ce qui lui a permis de quitter précipitamment la résidence d'été où il se trouvait et de rentrer à Ankara mobiliser ses soutiens.

Beaucoup de bruit a été fait sur le rôle qu'a joué dans cette affaire l'extrémiste islamiste réfugié aux Etats-Unis Fethullah Gülen, s'appuyant sur sa puissante confrérie. Mais Gülen n'aurait rien pu faire sans le soutien actif des Américains. Dans de nombreux pays, de tels coups d'Etat, préparés et menés par la CIA et le Département d'Etat, aboutissent à la chute de gouvernements légitimes et leur remplacement par des fétiches aux mains de Washington. Mais Moscou est dans ces cas trop loin pour pouvoir aider ces gouvernements à combattre les pronunciamientos.

Pourquoi Erdogan s'est-il tourné vers Moscou?

Ce changement n'a évidemment pas attendu le coup d'Etat pour se préciser. Depuis plusieurs mois, toutes les initiatives du Sultan pour construire à son profit une résurgence moderne de l'Empire de Constantinople avaient échoué, de même parallèlement que ses efforts, soutenus par les Américains, pour entrer dans l'Union européenne. La Turquie était en train de se transformer en un chaos généralisé. Le rapprochement avec la Russie lui permet de redevenir un élément important de l'ensemble historique, culturel et géographique qui les lie historiquement, et qui les soudera de plus en plus face à une Europe qui sous la pression américaine, refuse d'être autre chose qu'un instrument destinée à combattre la Russie.

Concernant le grand problème qui depuis des années paralyse la Turquie, c'est-à-dire la création en Turquie d'un grand Kurdistan rassemblant les différentes provinces kurdes lequel priverait la Turquie d'un bon cinquième de son territoire, Moscou a donné des assurances. Si la Turquie s'intègre convenablement dans le projet eurasiatique, il ne soutiendra pas les indépendantistes kurdes.

Enfin, l'Iran qui jusque là était ressentie par la Turquie sunnite comme un adversaire chiite irréconciliable a depuis quelques jours accepté d'entretenir avec Ankara des relations de voisinage normale. Ceci a très directement résulté des interventions russes visant à ce que ces deux grandes puissances acceptent de coopérer, dans un Moyen-Orient où la présence russe est devenue incontournable. Trois jours seulement après le coup d'Etat manqué, le président iranien Hassan Rouhani a appelé Erdogan pour lui assurer que Turquie et Iran pourront certainement s'entendre, notamment pour combattre le terrorisme encouragé par l'Arabie saoudite et ses alliés américains. La conséquence immédiate de ce nouveau consensus sera le fait que la Turquie cessera de guerroyer contre Bashar al Assad.

Si l'on admet que le rapprochement turco-russe a très largement résulté de l'implication personnelle de Vladimir Poutine, il est évident que celui-ci vient de réussir un nouveau coup de maitre, face à des américains de plus en plus désemparés par l'évolution d'une partie du monde que, finalement, malgré l'activité redoublée de leurs services secrets et tous leurs dollars, ils connaissent assez mal.


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