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Editorial. Pokemon GO, un nouvel outil d'asservissement au Système américain.
Jean -Paul Baquiast, Christophe Jacquemin 29/08/2016

Les représentants successifs de l'espèce homo ont toujours manifesté une capacité, exceptionnelle sinon inexistante dans le reste de la vie animale, celle de faire émerger régulièrement des individus capables de se donner des représentations et objectifs distincts de celles régnant dans l'ensemble de la société. On peut parler d'autonomie ou de liberté individuelle, certes très limitée mais précieuse. Cette capacité a été sauvegardé par l'évolution du fait des avantages qu'elle apportait à l'espèce en fait de créativité et d'évolution.

Mais elle a toujours été bridée par des éléments de la société qui imposaient à celle-ci des représentations et objectifs contribuant à la conservation des pouvoirs qu'ils avaient réussi à se donner collectivement. Conserver les pouvoirs existants est indispensable pour assurer la cohésion de la société, mais supprimer la liberté individuelle est mortifère.

On a donc constaté au fil des temps une lutte permanente entre conservation et créativité, qui s'était toujours traduite jusqu'à ces dernières années par la présence dans toutes les sociétés d'individus capables d'échapper, ne fut-ce que partiellement, aux normes collectives et aux pouvoirs ayant défini et imposé celles-ci. L'apparition de la société numérique et plus particulièrement d'Internet il y a quelques décennies avait été considérée non sans raison comme favorisant l'activité créatrice d'individus dotés pour différentes raisons de la capacité de remettre les normes et pouvoirs dominants en cause.

Ce n'était pas inexact. Mais très vite cependant les pouvoirs dominants se sont saisis des moyens considérables que leur offre la société numérique pour brider à nouveau l'imagination et la créativité individuelle. Ils l'ont fait dans le domaine de la défense et de la « sécurité », en généralisant l'espionnage des activités individuelles jugées susceptibles de comporter un risque en ces domaines. Ils l'ont fait en termes économiques, en imposant aux activités de production et de consommation le passage par de grands groupes sous leur contrôle. Ils l'ont fait évidemment aussi dans le domaine de l'expression culturelle et de ses supports médiatiques.

Mais il y a plus et bien plus grave. Du fait que cette société numérique a été inventée et mise en place par la société et les pouvoirs américains (désignés de plus en plus à l'extérieur par le terme de « Système »), ces différents moyens numériques, défense et sécurité, économie, culture et média ont été et demeurent quasiment monopolisés par l'Amérique. Des efforts de résistances se manifestent actuellement en Russie et en Chine, mais ils demeurent limités à ces pays. L'Europe n'a rien fait dans l'ensemble pour se définir des voies et voix individuelles - à l'exception marginalement, de la France, diront les optimistes.

Le monde des GAFA

Les grands américains de l'internet (dits GAFA) sont aujourd'hui les outils les plus puissants grâce auxquels le Système répand sa domination et cherche à asservir ce qui reste d'autonomies individuelle. Ils veulent mettre en place un homme nouveau au sein d'une société mondiale radicalement différente de l'actuelle. Google, comme nous le répétons régulièrement, est l'un des agents les plus actifs et performants de ce qu'il nomme lui-même la société « augmentée » ou posthumaine. A cette fin, tous les moyens sont bons pour capter et utiliser en la domestiquant la capacité humaine à générer des individus autonomes et créatifs.

Il faut pour cela faire appel aux avantages indéniables que trouvent les individus et les entreprises dans la société numérique: capacités d'expression, de communication, de dialogue et de créativité. Ceci en leur offrant – gratuitement – des outils et supports en perfectionnement constant leur permettant d'exercer ces capacités. Mais il n'y a pas de gratuité sans contrepartie: un prix à payer largement supérieur aux services rendus. Les individus et les entreprises le payent en offrant gratuitement aux GAFA l'accès aux produits de leurs activités numériques productives. S'y ajoute aujourd'hui l'accès aux données privées les concernant. Tout ceci pour le plus grand bénéfice, au delà des GAFA, du Système américain à ambition mondiale monopolaire.

Bien évidemment, pour accéder sans difficultés aux activités et données individuelles, il faut proposer, outre des services de communication, des outils ludiques séduisants. Les individus les plus soucieux de leur liberté les utiliseront sans méfiance. Quel mal y-a-t-il à se distraire, dans un monde n'offrant guère d'autres distractions que celle d'une consommation standardisée? Seuls des esprits chagrins y trouveraient à redire.

C'est ainsi selon nous qu'il faut interpréter le succès actuel du jeu Pokemon GO. Ce succès n'est sans doute pas aussi général que ne le prétendent ses créateurs, derrière lesquels se tient le groupe Google Mais il existe. De nouveaux jeux encore plus attirants lui feront nécessairement suite. Autrement dit de nouveaux outils encore plus efficaces permettront d'asservir les créativités individuelles.

Les individus voulant rester indépendants le pourront-ils? Dans les sociétés comme la nôtre, soumise entièrement aux impératifs du capitalisme néo-libéral, ce serait impossible. En dehors de protestations marginales, sans effets, il n'apparait pas possible au niveau des sociétés numériques dites « occidentales » d'offrir la moindre résistance. Des interdictions seraient sans effets. Tout au plus peut on espérer que certains dédaigneront les « plaisirs » offerts par ces jeux, comme ils dédaignent ceux des jeux de loterie. Mais ils resteront marginaux.

Dans des sociétés toutes différentes, où existeraient des Pouvoirs Publics ou des militants associatifs capables d'encourager de nouvelles activités de création et de dialogue, notamment dans les domaines artistiques et scientifiques, ce serait certainement possible. Mais de telles sociétés relèvent actuellement de l'utopie.

Pour en savoir plus

* Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Pok%C3%A9mon_Go

* Réalité virtuelle http://www.realite-virtuelle.com/pokemon-go-quels-risques-pour-la-securite-et-la-confidentialite-0308

Post scriptum.

Avec Pokemon Go a été franchi peut-être quelque chose d'irréversible et qui est très dangereux. A qui appartient maintenant l'espace virtuel superposé à l'espace réél. Les propriétaires d'un bâtiment possèdent-ils son double dans l'espace virtuel ? L'ensemble des lieux transformés en "Pokéstop" sont stockés dans la base géographique de Niantic et les propriétaires doivent faire une démarche pour en être retirés. Ceci est à l'opposé du fonctionnement du droit de propriété classique "Il faut l'autorisation préalable du titulaire du droit de propriété pour obtenir la possibilités d'effectuer l'usage envisagé du bien", explique un expert. "Ainsi, avec son Pokémon Go, le fait que Niantic ait mis en place un formulaire de retrait constitue une manière de dénier sur l'espace virtuel l'existence d'un droit de propriété qui lui serait opposable".

Ajoutons que les cyber-criminels n'ont pas tardé à exploiter les nouvelles facilités qui leur sont ainsi offertes.

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