Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 173
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubrique

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).

 

Géopolitique. Inde et Philippine: évolution en sens inverse
Jean-Paul Baquiast 11/09/2016

La géopolitique se doit d'être attentive à l'évolution des relations politiques intéressant 4 pays qui représentent plus d'un tiers de la population mondiale.

Détérioration des relations entre l'Inde et le Pakistan.

Ces relations n'ont jamais été bonnes. Depuis la partition en 1947 de l'ancien Empire de l'Inde entre un Pakistan musulman et une fédération indienne majoritairement hindouiste, les conflits ont été nombreux. Des guerres territoriales locales ont souvent éclatées. De plus, aux différences religieuses se sont ajoutées des oppositions de type ethnique et de nombreux conflits d'intérêts.

Il faut rappeler qu'aujourd'hui ces deux puissances sont dotées de l'arme atomique. Les risques d'un conflit nucléaire restent faibles, la raison devant l'emporter, mais ils ne sont pas nuls. Inutile de souligner que l'Asie, l'Orient et même l'Europe en seraient gravement affectés.

Mais pourquoi cette détérioration des relations aujourd'hui. En simplifiant beaucoup, nous pourrions dire qu'elle reflète très largement les affrontements croissants entre les Etats-Unis et la Chine.

Le « pivot vers l'Asie » décidé récemment par Barack Obama signifiait essentiellement la constitution contre la Chine d'une sorte d'Otan asiatique comprenant notamment le Japon et la Corée du sud, ainsi que différents Etats voisins de la Chine, notamment (jusqu'à nouvel ordre) l'Indonésie, l'Australie et le Vietnam. Il est évident que si l'Inde restait en dehors de cet axe, celui-ci perdrait beaucoup de son efficacité anti-chinoise.

Aussi, comme nous l'avons noté nous-mêmes, Barack Obama a multiplié les efforts, visites et offres diverses de coopération à l'égard de l'Inde. Son actuel président Narendra Modi n'a rien fait pour garder ses distances, contrairement à la politique de neutralité suivie par son prédécesseur, grâce à laquelle l'Inde était devenu un membre important du Brics. Participer au Brics signifiait de relatives bonnes relations avec la Russie et la Chine, très mal perçues à Washington.

Le Pakistan et la Chine

En ce qui concerne le Pakistan, pour différentes raisons géopolitiques, il s'efforce aujourd'hui d'établir de bonnes relations avec la Chine. Certes ses élites dominantes traditionnelles souhaitent rester dans l'orbite de Washington, mais plus en profondeur le pays cherchera à exploiter les opportunités d'investissement et aussi de désenclavement qui résulteront des propositions de coopération économiques chinoises. Celles-ci se sont traduites récemment par l'offre chinoise de participer au China-Pakistan Economic Corridor (CPEC), un grand projet d'infrastructure de liaison soutenu par 50 milliards d'investissement qui reliera à travers le Pakistan et le Balouchistan la Chine et le port de Gwadar en mer d'Arabie (voir image).

Il suffit de regarder la carte pour apprécier les nombreux avantages que le Pakistan retirera de ce projet, au détriment de l'Inde voisine si celle-ci n'en fait pas partie. Les récents efforts indiens pour dénoncer des abus de droits de l'homme dont le Pakistan se serait rendue coupable au Baloutchistan visent évidemment à détacher cette province chinoise des projets de CPEC. Au delà de cela, New Dehli exige d'Islamabad qu'il cesse de soutenir les mouvements séparatistes qui au Kashmir indien réclament une prise de distance avec l'Inde. Le Pakistan pour sa part, très récemment encore au sommet du G20 et au sommet ASEAN-India, accuse l'Inde d'être un Etat terroriste qui finance des activités subversives au Pakistan. Concernant une éventuelle participation de l'Inde au CPEC, Modi pour sa part a réaffirmé que l'Inde considérait ce projet comme une atteinte à ses intérêts stratégiques.

Les Etats-Unis se sont saisis de cette tension, qui aurait pu normalement s'apaiser d'elle-même, comme les précédentes, pour l'encourager. Ils ont décidé de faire de l'Inde un Partenaire Majeur de Défense, « Major Defense Partner » . Des développements communs de systèmes d'armes ont été décidés. Le mois dernier, les deux pays ont signé un « India-US Logistics Exchange Memorandum of Agreement » (LEMOA) donnant à l'aviation et à la marine américaines la possibilité d'accéder à des bases militaires indiennes pour entretien et réapprovisionnement. Sous prétexte enfin que le Pakistan ne s'engageait pas suffisamment contre les Talibans en Afghanistan, les Etats-Unis ont suspendu toutes négociations avec Islamabad dans le domaine de la fourniture d'armement, notamment un contrat concernant la vente d'avions de combat F 16.

Il est clair que la Chine ne pourra que profiter de cette détérioration. Ainsi, selon le journal pakistanais Express Tribune le cabinet (Premier ministre ) pakistanais a donné son accord pour la négociation d'un Accord de Sécurité à long terme avec la Chine http://tribune.com.pk/story/1175690/cabinet-gives-nod-security-pact-china/

On craindra peut-être en Europe que cela soit une mauvaise nouvelle dans la lutte que celle-ci mène contre le terrorisme islamique, le Pakistan étant un pays profondément musulman. Mais on peut penser qu'étant lui-même en lutte contre ce terrorisme, il ne fera rien pour l'encourager dans le reste du monde. De toutes façons, sa coopération avec la Chine le lui interdirait.



2. Rapprochement entre les Philippines et la Chine


Tous les commentaires faits sur le « pivot vers l'Asie » décidé il y a quelques mois par Obama insistent sur le fait que les Philippines sont un élément important de la coalition anti-chinoise mise en place par les Etats-Unis. Elles partagent ce douteux privilège avec l'Australie, la Corée du Sud, le Japon et quelques autres.

Ceci n'est pas étonnant car depuis la fin de la guerre dans le Pacifique en 1945, les forces militaires américaines en ont fait une de leurs bases arrières. Sur le plan politique, diplomatique et économique, il est généralement admis qu'elles servent docilement les intérêts américains.

Cette situation est-elle en train de changer? Rien n'est certain évidemment mais des informations récentes montre que la République des Philippines commence à se lasser du rôle de fidèle exécutant des stratégies du Pentagone et du Département d'Etat.

Un événement très récent a attiré l'attention. Rodrigo Duterte, élu président depuis mai 2016, était supposé devoir rencontrer Barack Obama au Laos le 5 mai, dans le cadre de la réunion de l'ASEAN. Or dans une conférence de presse, il a qualifié ce dernier de « fils de pute » ( putang ina). Certains ont pensé qu'il s'en prenait aux critiques d'homophobie venant des Etats-Unis et généralement utilisée par la Maison Blanche pour discréditer ses adversaires. C'est ainsi que Vladimir Poutine se fait régulièrement accusé d'homophobie alors que l'homosexualité y est librement pratiquée, comme peuvent en témoigner les touristes.

Mais au delà de ce point Duterte réagissait aux critiques selon lesquelles il avait fait exécuter en dehors des procédures judiciaires un certain nombre des trafiquants de drogue qui infestent le pays. Il a répondu aux journalistes qu'il n'avait de compte à rendre qu'aux citoyens philippins et que Obama , putang ina, n'avait rien à y voir. A Pékin, lors du dernier G20, Obama avait paru prendre l'incident sur le plan de la plaisanterie. Duterte n'en avait pas moins annoncé qu'il ne rencontrerait pas le président américain. Celui-ci avait du se consoler en rencontrant le représentant de la Corée du Sud. Depuis, Duterte avait dit qu'il regrettait son expression, mais l'alerte étant donnée dans les chancelleries.

L'incident avait rappelé que les Philippines sont profondément « anti-impérialistes » en fait très méfiantes vis-à-vis de l'Empire américain. Pendant 50 ans, le pays avait accepté la présence du Communist Party of the Philippines. Le gouvernement avait combattu New People's Army, émanant de celui-ci, qui menait des opérations de guérilla. Mais sa conviction n'avait pas paru inébranlable. Lors des négociations menées à Oslo en août dernier entre les rebelles et le gouvernement de Manille (voir Libération http://www.liberation.fr/planete/2016/08/22/manille-se-donne-un-an-pour-faire-la-paix-avec-les-rebelles-communistes_1473979 ), celui-ci a offert aux Communistes plusieurs postes ministériels importants, notamment dans le domaine de la réforme agraire, de la protection de l'environnement, du travail et de l'emploi. Dans le même temps, Washington considère que le Parti communiste et la Nouvelle Armée du Peuple sont des organisations terroristes qui doivent être combattues.

Concernant les conflits territoriaux en mer de Chine, malgré le jugement de la Cour internationale de Justice reconnaissant les droits des Philippins sur certains des ilots contestés, Duterte, au lieu d'embrasser la position des Etats-Unis, s'est rapproché de la Chine pour examiner comment des solutions communes pourraient être trouvées.

Le peuple philippin, apparemment, n'a pas oublié le fait que les Etats-Unis à partir de la guerre hispano -américaine de 1898, a fait des Philippines une de leurs colonies de fait et massacré un dixième de la population des iles. Depuis, les gouvernements successifs des Philippines, même après l'indépendance de ces dernière en 1946, avaient été traités par les Etats-Unis comme des « puppets » aux ordres. Evoquons sur ce plan Ferdinand Marcos et Cory Aquino qui lui a succédé à la présidence. Celle-ci , après avoir cherché un accord avec le Parti communiste et son leader Jose Maria Sison, l'avait obligé sous la pression américaine à se réfugier en Hollande. Or Duterte avait récemment envisagé son retour.

Dans le cadre de son pivot vers l'Asie, Washington avait imposé aux Philippines en avril la co-signature d'un Enhanced Defense Cooperation Agreement. Récemment, il leur avait confié un rôle important dans la Southeast Asia Maritime Security Initiative dirigé contre la Chine. Face au nouveau désir d'indépendance récemment manifesté par les Philippines, que va faire Obama, et surtout que va faire le futur président? Certains pensent qu'ils vont relancer l'ancienne guerre coloniale contre la République. Dans l'immédiat, l'entourage de Rodrigo Duterte lui conseille de se méfier. Un accident est vite arrivé.

Pour en savoir plus

Sur les Philippines, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippines


Retour au sommaire