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La Revue mensuelle n° 173
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Article. Avenir de la métaphysique
Jean-Paul Baquiast 09/09/2016

Nous avons plusieurs fois rappelé ici que la science ne pouvait pas, de l'aveu même des scientifiques, répondre autrement que par des suppositions invérifiables aux grandes questions philosophiques que se pose l'humanité depuis au moins l'antiquité grecque dite des Lumières 600 ans avant JC.

C'est ce que rappelle un petit dossier publié sous le titre de Let's get metaphysical par le NewScientist du 3 septembre 2016, p. 29.
L'article énumère quelques unes des questions concernées: Comment puis-je savoir que j'existe? Qu'est-ce que la conscience? Pourquoi il y a-t-il quelque chose plutôt que rien? Quelle est la signification de la vie? D'où proviennent le Bien et le Mal? Disposons-nous de libre-arbitre? De quoi la réalité est-elle faite? Pourrons-nous jamais savoir si Dieu existe?

Celui qui a un peu suivi l'évolution de la réflexion scientifique depuis une quinzaine d'années peut constater que pendant cette période aucune réponse nouvelle n'a été suggérée. Au contraire, les difficultés se sont épaissies, notamment avec la plus grande diffusion de la physique quantique.

Certes, les réponses proposées – imposées - par les religions sont plus abondantes que jamais, avec l'extension de la religiosité, mais elles ne sont pas plus scientifiquement vérifiables aujourd'hui qu'il y a plusieurs millénaires. L'islam va jusqu'à décourager le croyant de se poser de telles questions. Des correspondants musulmans nous écrivent parfois pour dire qu'il n'est pas nécessaire de chercher, car « tout est dans le Coran ».

Dans ces conditions, les scientifiques qui se hasardent dans ces domaines de la métaphysique ont tendance à conclure que, pour le moment, la science ne sait que répondre. Certains pensent même qu'elle ne le pourra jamais, soit que les questions soient en fait mal posées, soit qu'il n'y a pas lieu de les poser.

Il reste que même dans nos sociétés où la science se veut officiellement agnostique, pratiquement tous les individus continuent à s'interroger sur ces questions. Certains suggèrent qu'il faudrait à tout le moins poser les questions autrement, dans l'espoir d'inciter la science à chercher dans des directions jusqu'alors inexplorées.

Poser les questions autrement, avec d'autres cerveaux.

Certaines de ces directions pourraient être intéressantes. L'une d'elle consiste à questionner la capacité du cerveau humain à traiter de telles abstractions. L'évolution et la compétition entre espèces en découlant n'avaient pas organisé le cerveau pour faire face à des questions non liées à la survie immédiate. Les mécanismes cérébraux n'ont pas encore eu le temps de s'adapter au questionnement philosophique ou métaphysique, d'autant plus que celui-ci n'est toujours pas, sauf exception, d'une importance vitale.

Plus précisément, les mécanismes cérébraux ont acquis – d'ailleurs très récemment – l'aptitude à ce type de questionnement, mais ils sont loin de permettre aux humains d'aujourd'hui d'y apporter des réponses scientifiques, autrement dit expérimentalement et collectivement vérifiables. Ce n'est d'ailleurs pas le cerveau qui est seul en cause, mais l'organisme humain tout entier et au plan collectif, les sociétés humaines.

Les évolutionnistes les plus convaincus pensent cependant que les humains de demain, à force de se poser les questions concernées et à force de ne pas y apporter de réponses satisfaisantes, pourront voir leur cerveau évoluer de façon à leur permettre de voir le monde d'une façon telle que ces questions ne se poseront plus ou trouveront tout naturellement des réponses nouvelles inattendues. Cependant, le processus risque d'être long s'il fait appel à l'intelligence biologique.

Un certain nombre de chercheurs en intelligence artificielle espèrent par contre que prochainement des types évolués de cerveaux artificiels pourraient aborder questions et réponses d'une façon radicalement neuve. Mais si de tels cerveaux se bornent à imiter en les améliorant les mécanismes cognitifs des cerveaux humains, ils ne pourront même pas imaginer de nouvelles questions plus appropriées, et moins encore des réponses réellement innovantes. Ceci sera certainement le cas avec les robots d'aujourd'hui, qui sont trop proche de l'humain, et pas assez évolutifs, pour trouver de l'indépendance à l'égard de celui-ci.

Il faudrait réaliser de nouvelles espèces de robots intelligents et conscients, en interaction avec les difficultés du monde, capables de se comporter comme les humains au début de l'ère scientifique, c'est-à-dire créer une nouvelle science et une nouvelle métaphysique auprès desquelles les nôtres apparaitraient bien rudimentaires. Mais il y a peu de chance que ceci se produise, vu la crainte qu'auront les humains de se voir détrôner par de tels robots. Ils les « débrancheront » dès qu'ils commenceront à devenir inquiétants

.Il est possible cependant que dans l'avenir de telles intelligences artificielles superhumaines apparaissent spontanément, dans un monde où la complexité des systèmes artificiels devient telle qu'elle apparaît de moins en moins maitrisable par leurs concepteurs et utilisateurs.

On parle quelque fois de post-humains. Il n'y aura de tels post-humains que s'ils savent s'allier avec de tels post-robots, plutôt que d'en avoir peur.

 

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